Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414535

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414535
TypeDécision
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a constaté que la décision du 26 septembre 2024 du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) infligeant à la société AOL Sécurité Privée une interdiction d’exercer de 36 mois et une pénalité de 25 000 euros avait été retirée le 14 novembre 2024, avant l’audience. Ce retrait, notifié le 29 novembre, a privé d’objet la demande de suspension fondée sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative. En conséquence, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d’injonction, tout en condamnant le CNAPS à verser 1 500 euros à la société requérante au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, la société par actions simplifiée AOL Sécurité Privée, représentée par Me Hamani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 septembre 2024 par laquelle la commission de discipline du conseil national des activités privées de sécurité a prononcé à son encontre une interdiction d'exercer toute activité de sécurité privée pour une durée de trente-six mois et une pénalité financière de 25 000 euros ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de réhabiliter son agrément ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige a eu pour conséquence de mettre fin à l'ensemble de ses contrats, ce qui représente 80 % de son chiffre d'affaires alors qu'elle emploie 46 salariés, et risque d'entraîner sa liquidation judiciaire ;

- l'urgence est également caractérisée par l'atteinte portée à sa réputation ainsi qu'à sa liberté d'entreprendre ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas reçu de convocation devant la commission de discipline et n'a pas été en mesure de lui présenter des observations ;

- elle est manifestement illégale, alors que l'ensemble de ses employés disposent d'un agrément délivré par le conseil national des activités privées de sécurité, délivré à la condition qu'ils soient en situation régulière ;

- les supposés manquements relevés pouvaient être régularisés et auraient pu faire l'objet d'un avertissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction, et au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir que :

- en conséquence du courriel de la société requérante du 29 octobre 2024 selon lequel la lettre de convocation devant la commission de discipline ne lui est pas parvenue, la commission de discipline a retiré la décision en litige par une décision du 14 novembre 2024, notifiée le 29 novembre suivant ;

- la société AOL Sécurité Privée est de nouveau convoquée devant la commission de discipline le 18 décembre 2024.

Vu :

- la requête enregistrée le 24 octobre 2024 sous le n° 2413226 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 décembre 2024 à 14h00, Mme Letort a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. La société AOL Sécurité Privée, immatriculée le 11 mai 2019, a fait l'objet d'un contrôle des services du conseil national des activités privées de sécurité du 19 janvier au 13 février 2024. Le 2 septembre 2024, la société requérante a été convoquée devant la commission de discipline, et par une décision du 26 septembre 2024, cette commission a prononcé à son encontre une interdiction d'exercer toute activité privée de sécurité pour une durée de trente-six mois ainsi qu'une pénalité financière d'un montant de 25 000 euros. La société AOL Sécurité Privée demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

3. Toutefois, le conseil national des activités privées de sécurité fait valoir qu'en conséquence d'une nouvelle convocation de la société requérante devant la commission de discipline, le 18 décembre prochain, la décision en litige a été retirée par une décision en date du 14 novembre 2024. Si cette décision est antérieure à l'enregistrement de la requête, il résulte de l'instruction qu'elle n'a fait l'objet d'une notification à la société requérante que par une lettre du 29 novembre. Dès lors, les conclusions de la société AOL Sécurité Privée tendant à la suspension de l'exécution de cette première décision ont désormais perdu leur objet.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société AOL Sécurité Privée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi, par voie de conséquence, que sur celles présentées à fin d'injonction.

Sur les frais de justice :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société AOL Sécurité Privée aux fins de suspension et d'injonction.

Article 2 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à la société AOL Sécurité Privée une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société AOL Sécurité Privée et au conseil national des activités privées de sécurité.

La juge des référés,

C. LETORT

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,