mardi 25 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2415736 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | D'HERBOMEZ LAGRENADE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, le préfet de police demande au juge des référés :
1°) de désigner un expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en lui confiant une mission portant sur les désordres affectant le piège à balles du stand de tir Sud situé 1 rue du Pont des Halles à Chevilly-Larue (94550), conformément à ses écritures ;
2°) de réserver les dépens.
Il soutient qu'une expertise est utile pour déterminer les causes des désordres affectant le piège à balles du stand de tir Sud situé 1 rue du Pont des Halles à Chevilly-Larue, déterminer la nature et l'importance des dommages en lien avec ceux-ci et se prononcer sur les responsabilités et imputabilités des parties.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, la société SMA, prise en sa qualité d'assureur de la société Socea Centre, représentée par Me Feldman, demande au juge des référés de donner acte de ses protestations et réserves sur la mesure sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2025, la société Etablissements Lacourt doit être regardée comme ne s'opposant pas à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2025, la société Sogea Centre, représentée par Me d'Herbomez, demande au juge des référés de de donner acte de ses protestations et réserves sur la mesure sollicitée.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, comme juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. En application de ces dispositions, et à condition, d'une part que la demande ne soit pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, et, d'autre part, qu'elle apparaisse utile, le juge des référés peut désigner un expert chargé de procéder à l'expertise demandée.
3. La préfecture de police, en qualité de maître d'ouvrage, a conclu le 10 décembre 2019 un marché public ayant pour objet la conception, la réalisation, l'entretien et la maintenance d'un stand de tir fermé situé sur le terrain du parc Sud de Chevilly-Larue (94550), au 1 rue du Pont des Halles. La maîtrise d'oeuvre a été confiée à un groupement conjoint composé de la société Sogea Centre, mandataire dudit groupement, et des sociétés Heude et Associés Architectes, Egis Bâtiment, Ghanta, CMB, et Arteis. La société Sogea Centre a sous-traité à la société Etablissements Lacourt
la réalisation de la conception des équipements de sûreté, et notamment la mise en œuvre d'un piège à balles et des blindages muraux. Les sociétés SMA et Allianz Iard avaient quant à elles la qualité d'assureur, respectivement, des sociétés Sogea Centre et Etablissements Lacourt. Les travaux ont été réceptionnés le 16 décembre 2021 avec des réserves qui ont été levées le 18 mars 2022.
Des désordres concernant le piège à balles, en particulier touchant les points de fixation des tôles de protection, sont apparus dès le mois de décembre 2022. L'aggravation des désordres ayant conduit à la fermeture du stand de tir, la préfecture de police sollicite du juge des référés la désignation d'un expert, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de constater les désordres affectant le piège à balles du stand de tir, et de déterminer les causes des dommages ainsi que leur imputabilité.
4. D'une part, la demande d'expertise présentée par le préfet de police n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et ne préjuge en rien des responsabilités encourues.
5. D'autre part, dans la mesure où il importe de pouvoir constater et décrire la réalité, la nature, l'étendue et les causes et conséquences des désordres matériels ci-dessus, la demande d'expertise présente, en l'état de l'instruction et en l'absence d'accord amiable entre les protagonistes, un caractère utile, notamment au regard de l'origine des désordres, qui reste à déterminer.
6. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise présentée par la préfecture de police sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
7. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux
dépens. " ; et aux termes de l'article R.621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R.621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires () ".
8. Il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne, ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions de la préfecture de police tendant à réserver les dépens ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1° convoquer les parties ;
2° se rendre sur les lieux, entendre les parties et tout sachant et prendre connaissance de tous éléments nécessaires sinon utiles à sa compréhension des faits de la cause ;
3° se faire communiquer tous documents et pièces nécessaires sinon utiles à l'accomplissement de sa mission d'expertise ;
4° constater et décrire précisément les désordres mentionnés dans la requête, affectant le piège à balles du stand de tir Sud situé 1 rue du Pont des Halles à Chevilly-Larue (94550) ;
5° déterminer l'origine et les causes ainsi que l'étendue et les conséquences des désordres constatés ;
6° indiquer les mesures propres à remédier définitivement aux désordres ; en évaluer le coût et
la durée ;
7° fournir tous éléments techniques et de fait permettant à la juridiction du fond ultérieurement saisie de se prononcer sur les responsabilités et imputabilités respectives des parties, sur les dommages matériels et sur les préjudices subis ;
8° concilier éventuellement les parties sur la base d'une transaction qui pourrait se révéler en cours d'expertise et engager éventuellement une médiation entre les parties ;
9° formuler toutes observations utiles ;
10° déposer son rapport au greffe du tribunal administratif de Melun au terme de la mission d'expertise.
Article 2 : L'expertise se déroulera contradictoirement en présence, outre de l'expert désigné, de
la préfecture de police, de la société Sogea Centre et son assureur, la société SMA, et de la société Etablissements Lacourt et son assureur, la société Allianz Iard.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9.
Article 4 : La première réunion d'expertise interviendra au plus vite à la diligence de l'expert.
Article 5 : L'expert déposera au greffe son rapport exclusivement sous forme électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées ; avec l'accord de celles-ci, la notification est faite par voie électronique par un procédé garantissant, dans des conditions prévues par l'article 748-6 du code de procédure civile, la fiabilité de l'identification des parties à la communication électronique, l'intégrité des documents adressés, la sécurité et la confidentialité des échanges, la conservation des transmissions opérées et permettant d'établir de manière certaine la date d'envoi ainsi que celle de la mise à disposition ou celle de la réception par le destinataire.
Article 6 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.
Article 7: Le surplus des conclusions de la requête de la préfecture de police est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de police, aux sociétés Sogea Centre, SMA, Etablissements Lacourt et Allianz Iard, et à M. A B, expert.
Fait à Melun, le 25 mars 2025.
Le juge des référés
Signé : O. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
le greffier,