lundi 17 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2503640 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BRAUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 14 mars 2025, Mme F A,
M. J D, Mme E B, Mme C D, M. H, M. I D, Mme G D et M. K D, représentés par Me Braun, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Seine-et-Marne (sous-préfet de Meaux) en date du 13 mars 2025 les mettant en demeure de quitter la parcelle cadastrée XD/0003 et située Route du Parc à Fresne-sur-Marne, avant le 14 mars 2025 à 14 heures, sous peine d'évacuation forcée avec le concours de la force publique ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent :
- que la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur liberté d'aller et de venir, ainsi qu'à leur droit au logement et à un recours effectif ;
- que l'urgence est constituée dès lors que l'arrêté litigieux prévoit son exécution forcée dès le lendemain de son édiction.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2025, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la décision attaquée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Combes, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Combes, juge des référés ;
- et les observations de Me Braun, représentant les requérants, absents, qui demandent en outre au juge des référés d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de prendre toute mesure nécessaire à la mise en œuvre d'un véritable diagnostic social et d'un accompagnement comprenant leur mise à l'abri dans une structure leur permettant de poursuivre leur activité dans la ferraillerie, la scolarisation de leurs enfants, ainsi qu'une prise en charge vers l'insertion ; et soutiennent par ailleurs que l'arrêté du 13 mars 2025 contient des mentions discriminantes envers la communauté Rom, et porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à mener une vie privée et familiale normale.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de deux rapports de gendarmerie établis les 22 février et 10 mars 2025 constatant l'occupation illégale par au moins onze personnes de la parcelle cadastrée XD/0003 et située Route du Parc à Fresne-sur-Marne, depuis au moins le 10 mars 2025, et une mise en demeure restée sans effet adressée au maire de cette commune le 6 mars 2025 au titre des dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, le préfet de Seine-et-Marne
(sous-préfet de Meaux), se substituant à cette autorité, a, par un arrêté en date du 13 mars 2025, mis en demeure ces occupants de quitter celle-ci avant le 14 mars 2025 à 14 heures, sous peine de d'évacuation forcée avec le concours de la force publique. MM. et Mmes A, D, B, et Gaman demandent au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, et d'ordonner toute mesure nécessaire à la mise en œuvre d'un accompagnement comprenant leur mise à l'abri dans une structure adaptée à leur activité dans la ferraillerie, la scolarisation de leurs enfants, ainsi qu'une prise en charge vers l'insertion.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'Etat dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites ". Le maire peut, sur le fondement de ces dispositions, mettre en demeure les habitants d'un terrain situé dans la commune de le quitter lorsque cette mesure est nécessitée par le danger grave ou imminent que cette occupation fait peser sur eux-mêmes ou sur des tiers. Enfin, aux termes de l'article L. 2215-1 de ce code : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : /1° Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, et dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques. Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l'Etat dans le département à l'égard d'une seule commune qu'après une mise en demeure au maire restée sans résultat () ".
6. En l'espèce, il ressort des éléments versés aux débats par le préfet de Seine-et-Marne, confirmés par les requérants lors de l'audience publique, que l'arrêté du 13 mars 2025, fondé sur des considérations de salubrité et de sécurité non contestées, a été effectivement exécuté le
14 mars 2025, au terme du délai de la mise en demeure. Dès lors, à la date de la présente ordonnance, aucune des considérations invoquées par les requérants, au demeurant non assorties précision ni de justificatif, n'est de nature à justifier que soit ordonnées, en extrême urgence, les mesures sollicitées.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et par voie de conséquences celles présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requérants sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A, M. J D, Mme E B, Mme C D, M. H, M. I D, Mme G D, M. K D, et au préfet de
Seine-et-Marne.
Le juge des référés,
Signé : R. CombesLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,