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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2503751

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2503751

mardi 18 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2503751
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Suspension d'une décision implicite de rejet de titre de séjour. Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A B. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car le requérant ne bénéficie pas de la présomption d'urgence applicable aux refus de renouvellement ou retraits de titres, et ne justifie pas de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire à très bref délai. La situation de précarité prolongée et les difficultés professionnelles et familiales invoquées ne sont pas jugées suffisantes pour caractériser l'urgence requise.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2025, M. C A B, représenté par Me Soster Harir, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. M. A B, ressortissant marocain né le 2 mai 1982 et entré en France le 16 avril 2013 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 15 avril au 15 mai 2013, a déposé une demande de première délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 13 novembre 2023. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet en litige, M. A B, qui ne se trouve pas, en l'espèce, dans le cas où il pourrait bénéficier de la présomption mentionnée au point précédent, fait d'abord valoir qu'en s'abstenant de prendre une décision sur sa demande de titre de séjour du 13 novembre 2023 depuis plus d'un an, en lui délivrant deux récépissés de demande de titre de séjour qui lui ont permis de justifier de la régularité de son séjour du 13 novembre 2023 au 12 mai 2024 puis du 13 juin au 12 septembre 2024, soit durant près d'un an, et en ne renouvelant pas son dernier récépissé de demande de titre de séjour depuis le 12 septembre 2024, l'administration l'a placé dans une situation précaire prolongée pendant une durée anormalement longue, alors qu'il a déposé un dossier complet et qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une Française ou, subsidiairement, en qualité de parent d'un Français ou, plus subsidiairement, en raison de ses liens personnels et familiaux en France. Le requérant fait ensuite valoir qu'en raison de l'intervention du refus de titre de séjour en litige et de l'absence de renouvellement de son dernier récépissé de demande de titre de séjour, il lui est impossible de travailler et de percevoir des ressources et qu'il risque de perdre

définitivement son emploi à bref délai. Il fait enfin valoir que la décision implicite de rejet en litige porte une atteinte excessive à son de droit de mener une vie privée et familiale normale, dès lors qu'il réside en France depuis le 16 avril 2023, soit depuis près de douze ans, qu'il est marié avec une Française depuis le 28 mai 2022, soit depuis près de trois ans, et qu'il vit avec celle-ci et l'enfant de nationalité française qu'ils ont eu ensemble le 20 décembre 2022. Toutefois, en premier lieu, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est distincte de celle tenant à l'invocation d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision administrative dont la suspension de l'exécution est demandée. En deuxième lieu, la décision implicite de rejet en litige est née, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 13 mars 2024. Il était donc loisible au requérant, nonobstant la circonstance qu'il s'est ultérieurement vu remettre un nouveau récépissé de demande de titre de séjour valable du 13 juin au 12 septembre 2024, de contester cette décision à compter de cette date. Or il a attendu le 17 mars 2025, soit plus de six mois après l'expiration de son dernier récépissé, pour saisir le tribunal d'une requête en annulation de la décision en litige, assortie d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plus de dix années avant de déposer une première demande de titre de séjour le 13 novembre 2023. En dernier lieu, le requérant n'établit par aucune pièce que son employeur, qui l'a recruté en qualité d'électricien polyvalent le 1er mai 2021, alors qu'il était en situation irrégulière, aurait manifesté l'intention de suspendre voire de rompre son contrat de travail à plus ou moins brève échéance et, en tout cas, avant qu'il ne soit statué au fond sur la légalité de la décision implicite de rejet en litige. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par l'intéressé ne peuvent être regardées comme étant de nature, en l'état de l'instruction, à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A B, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B.

Fait à Melun, le 18 mars 2025.

Le juge des référés,

Signé : P. ZANELLA

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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