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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2504058

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2504058

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2504058
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A B. Ce dernier contestait la décision du ministre de l'intérieur du 24 janvier 2025 ajournant pour deux ans sa demande de naturalisation, en raison d'une aide au séjour irrégulier de sa conjointe. Le juge a rappelé que le référé-liberté ne peut être utilisé pour prononcer l'annulation d'une décision administrative ou ordonner une mesure aux effets identiques. En l'absence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la demande a été rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2025, M. A B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'annuler la décision du 24 janvier 2025 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'ajournement de sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- il a reçu le 24 janvier 2025 une décision d'ajournement de sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans au motif d'une aide au séjour irrégulier, alors que sa conjointe n'a pas pu obtenir de titre de séjour dans les délais normaux en raison de dysfonctionnements répétés de la préfecture ;

- l'illégalité manifeste de cette décision remet en cause sa situation administrative et ses droits fondamentaux ;

- la sous-direction de l'accès à la nationalité française s'est fondée sur des erreurs administratives intervenues dans le dossier de sa conjointe, dont le traitement a été retardé par des retards et des dysfonctionnements administratifs qui ne sauraient justifier l'ajournement de sa demande de naturalisation ;

- cette situation porte atteinte au droit à une procédure équitable et transparente dès lors que l'administration n'a pas respecté les délais raisonnables de traitement des demandes de titre de séjour ;

- la première demande de renouvellement du titre de séjour de sa conjointe a été présentée en septembre 2023, dans les délais légaux, mais a été rapidement clôturée au motif erroné de devoir attendre la validité de son propre titre de séjour ;

- une deuxième demande a été présentée en décembre 2023, après la délivrance de son titre de séjour ;

- après une longue attente de neuf mois sans informations, la préfecture a prononcé la clôture de cette demande, au motif qu'elle n'était pas conforme et qu'il fallait présenter une demande de changement de statut vers celui de " vie privée et familiale " ;

- de septembre 2024 à février 2025, il a été impossible de présenter une nouvelle demande sur ANEF, et un rendez-vous a finalement été obtenu grâce au Défenseur des droits ;

- l'urgence est caractérisée par la nécessité de rétablir rapidement sa situation administrative, au regard de l'impact considérable de la décision en litige sur ses projets professionnels, personnels et familiaux ;

- la décision d'ajournement de sa demande de naturalisation porte une atteinte directe et injustifiée à une liberté fondamentale, son droit à une reconnaissance pleine et entière de sa situation administrative ;

- cette situation crée un sentiment d'incertitude et d'insécurité juridique qui porte atteinte à sa stabilité administrative et à ses projets de vie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Selon l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut prescrire " toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale ", de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ". Il suit de là que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni prononcer l'annulation d'une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant pour défaut de base légale une telle décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article 35 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " La demande en vue d'obtenir la naturalisation ou la réintégration est présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article 5 si le demandeur réside dans un département ou une collectivité figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé des naturalisations ()./ Les services placés auprès du préfet mentionné au précédent alinéa procèdent à l'instruction de la demande () ". Selon l'article 36 de ce décret : " Toute demande de naturalisation () fait l'objet d'une enquête () ". L'article 44 du même décret dispose que " Si le préfet désigné par arrêté du ministre chargé des naturalisations en application de l'article 35 ou, à Paris, le préfet de police estime, même si la demande est recevable, qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande./ Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient au demandeur, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande ". Enfin, aux termes de l'article 45 de ce décret : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant marocain né le 22 décembre 1986, a présenté une demande de naturalisation. Par une décision du 24 octobre 2024, le préfet du Val-de-Marne a décidé d'ajourner cette demande pour une durée de deux ans, décision contre laquelle le requérant a formé le recours défini par l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, par une lettre du 27 décembre 2024. Par une décision que M. B indique avoir reçue le 24 janvier 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement de la demande de naturalisation présentée par le requérant, à compter du 24 octobre 2024. M. B demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'annulation de la décision d'ajournement de sa demande de naturalisation.

5. Toutefois, d'une part, il n'appartient pas au juge des référés de prononcer l'annulation d'une décision administrative dès lors que les mesures qu'il prononce doivent présenter un caractère provisoire, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de justice administrative. D'autre part, si M. B devait être entendu comme sollicitant en réalité la suspension des effets de la décision par laquelle sa demande de naturalisation a été ajournée pour une durée de deux ans, le requérant ne produit ni la décision prise par le préfet du Val-de-Marne en date du 24 octobre 2024, ni le courrier du 27 décembre suivant par lequel il a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Dans de telles conditions, M. B ne permet pas au juge des référés d'apprécier les circonstances dans lesquelles la décision d'ajournement prise par le préfet du Val-de-Marne a été confirmée par le ministre de l'intérieur, dès lors que cette dernière décision n'expose pas les motifs ayant justifié l'ajournement initialement prononcé par le préfet. Enfin, il appartient à M. B, s'il s'y croit fondé, de contester la légalité de la décision prise par le ministre de l'intérieur par la voie du recours en excès de pouvoir, à condition de pouvoir justifier de l'introduction de cette requête dans le respect du délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision, ainsi que le précise la mention figurant en bas de cette décision.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

La juge des référés,

Signé : C. LETORT

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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