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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2504178

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2504178

lundi 31 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2504178
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B veuve C, ressortissante moldave, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge estime que la requérante, qui a déposé sa demande en mai 2022 et n'a pas obtenu de récépissé renouvelé, ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens de cette procédure, dès lors qu'elle ne démontre pas que l'absence de titre l'empêche de se rendre auprès de sa famille en Moldavie ou de trouver un emploi. La solution retenue est fondée sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles R. 431-12 et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2025, Mme A B veuve C, représentée par Me Mahgoub, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 350 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne d'examiner son dossier afin qu'une décision soit prise et que lui soit délivré son titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- il y a urgence à ce qu'un titre de séjour lui soit délivré alors qu'elle souhaite se rendre auprès de sa famille en Moldavie, entourage dont elle a particulièrement besoin après le décès de son conjoint intervenu le 11 mars 2025 ;

- elle souhaite trouver rapidement un emploi afin d'être financièrement autonome, alors qu'elle vit actuellement des économies de son défunt époux ;

- le refus de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour est grave et incompréhensible, alors que son dossier était complet et qu'elle a alerté les services préfectoraux à de nombreuses reprises sur le caractère précaire de son état ;

- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit de travailler, alors qu'elle est mariée depuis 2020 à un ressortissant français et qu'elle a déposé un dossier complet le 12 mai 2022 ;

- un récépissé lui a été délivré à cette occasion, sans avoir été renouvelé, et une demande de compléments lui a finalement été adressée en décembre 2023, à laquelle il a été répondu par un courriel du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Selon l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

5. Mme B veuve C, ressortissante moldave née le 22 septembre 1977 à Edinet (Moldavie), entrée en France au cours de l'année 2014, s'est mariée le 11 janvier 2020 avec M. C, de nationalité française. Après de longues démarches, la requérante a obtenu un rendez-vous le 12 mai 2022 pour le dépôt d'une première demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ", fondée sur sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. Mme B veuve C demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de se prononcer sur sa demande afin de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

6. Toutefois, d'une part, il n'appartient pas au juge des référés d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme B veuve C, dès lors que les mesures qu'il prononce doivent présenter un caractère provisoire, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de justice administrative. D'autre part, il ressort des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande de titre de séjour présentée par la requérante le 12 mai 2022 auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, née de son silence gardé pendant quatre mois et révélé par l'absence de renouvellement du récépissé délivré à

Mme B épouse C à cette occasion, et arrivé à expiration le 11 novembre 2022. S'il résulte de l'instruction que la requérante a été rendue destinataire d'une demande de compléments d'information par un courriel du 15 décembre 2023, la réponse à cette demande n'est intervenue que le 22 avril 2024, circonstance susceptible d'entraîner la clôture d'une demande de titre de séjour. Dans de telles conditions, le silence gardé par les services de la préfecture du Val-de-Marne ne saurait être regardé comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B veuve C sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B veuve C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B veuve C.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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