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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004601

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004601

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004601
TypeDécision
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMORANDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2020, Mme A B, représentée par Me Catry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Oiseaux a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable adressée le 10 avril 2020 ;

2°) de condamner l'EHPAD Les Oiseaux au paiement de la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral et du trouble subi dans ses conditions d'existence et au paiement de la somme de 1 267 euros en remboursement de ses frais de conseil au cours de la procédure précontentieuse ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Oiseaux la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'absence de versement des indemnités de licenciement dues après la réduction de sa quotité de travail constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'EHPAD Les Oiseaux ;

- la signature de l'avenant à son contrat de travail le 2 janvier 2017 prévoyant la réduction de son temps de travail, ne la prive pas du bénéfice d'indemnités de licenciement dès lors d'une part, que le versement de ces indemnités a été décidé unilatéralement par l'établissement qui a porté sa décision à la connaissance de son agent par un courrier daté du 8 décembre 2016 et d'autre part, que l'avenant n° 3 ne vient en aucun cas annuler ou neutraliser les effets de cette décision puisqu'il ne porte que sur la fixation de la nouvelle base de sa rémunération et non sur l'allocation d'indemnités accessoires telles que l'est celle promise par le courrier du 8 décembre 2016 ;

- elle entend uniquement faire valoir l'exécution de son droit au versement de son indemnité de licenciement qui découle purement et simplement de la décision qui la lui a accordée mais qui n'a jamais été exécutée ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnité de licenciement accordée le 8 décembre 2016 pour toute la durée de son engagement à compter de cette date, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'introduction de sa requête ; l'indemnité de licenciement s'élèvera à la somme de 2 000 euros ;

- elle est également fondée à demander le versement des indemnités chômage y afférentes dont elle aurait dû bénéficier si l'EHPAD Les Oiseaux lui avait transmis l'attestation de licenciement partiel réclamé par Pôle emploi ;

- cette carence de l'EHPAD Les Oiseaux est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le préjudice moral et le trouble dans les conditions d'existence attachés à cette situation peuvent être évalués à la somme de 5 000 euros ;

- la responsabilité de l'EHPAD Les Oiseaux est également engagée pour faits de harcèlement moral à son égard dès lors que d'une part sa quotité de travail a été diminuée sans que son employeur n'adapte son travail à ce temps de travail de sorte qu'elle a dû réaliser les mêmes tâches qu'avant la signature de l'avenant n° 3 en étant pourtant payée à 60 %, et d'autre part, que l'EHPAD Les Oiseaux n'a tiré aucune conséquences des multiples signalements que Mme B lui a pourtant fait quant à la dégradation de ses conditions de travail ainsi que de celle de sa préparatrice ; l'EHPAD Les Oiseaux n'a pas respecté son devoir de sécurité et de protection à son égard ; Son dommage devra être réparé à hauteur de 5 000 euros ;

- ses frais de conseil lors de la phase précontentieuse s'élèvent à la somme de 1 267 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2021, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Oiseaux, représenté par Me Morandi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les préjudices financiers et moraux ne sont pas établis ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre les prétendues fautes de l'établissement et les prétendus préjudices de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Catry, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A B a été recrutée par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Oiseaux par un contrat de travail à durée indéterminée daté du 1er juillet 2013. Elle a pris ses fonctions à temps plein le 14 août jusqu'au 30 septembre 2013 puis les a poursuivies à partir du 1er octobre 2013 à temps partiel, à hauteur de 50%. Par un avenant du 28 mai 2014, sa rémunération a été portée à 80%. Par un deuxième avenant du 2 janvier 2015, cette modification a été prolongée. Par une lettre remise en mains propres contre signature du 8 décembre 2016, Mme B a été informée de la modification de sa quotité de temps de travail au 1er janvier 2017, passant de 0,80 à 0,60, et de ce que ce changement constituait un licenciement partiel ouvrant droit à indemnités de licenciement. Par un troisième avenant du 2 janvier 2017, sa rémunération a été portée à 60%. Mme B a sollicité de l'EHPAD Les Oiseaux le versement des indemnités de licenciement promises par une demande indemnitaire préalable du 10 avril 2020. L'EHPAD Les Oiseaux a refusé de faire droit à cette demande par un courrier du 12 juin 2020. Mme B demande au tribunal l'engagement de la responsabilité pour faute de l'établissement et l'indemnisation de ses préjudices et, à ce titre, le versement d'indemnités de licenciement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 41-4 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : En cas de transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent contractuel recruté pour un besoin permanent, l'administration peut proposer la modification d'un élément substantiel du contrat de travail tel que la quotité de temps de travail de l'agent, ou un changement de son lieu de travail. Elle peut proposer dans les mêmes conditions une modification des fonctions de l'agent, sous réserve que celle-ci soit compatible avec la qualification professionnelle de l'agent. / Lorsqu'une telle modification est envisagée, la proposition est adressée à l'agent par lettre recommandée avec avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. / Cette lettre informe l'agent qu'il dispose d'un mois à compter de sa réception pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. / A défaut de réponse dans le délai d'un mois, l'agent est réputé avoir refusé la modification proposée.

3. Il résulte de l'instruction que le 8 décembre 2016 s'est tenue à l'EHPAD Les Oiseaux entre la présidente du conseil d'administration de l'établissement, le directeur de l'établissement et Mme B, une réunion qui avait pour objet " la réorganisation imposée par la mise en place du plan de retour à l'équilibre financier demandé par les autorités de tarifications (Agence Régionale de Santé et Conseil départemental) ". Ainsi, c'est constatant que le besoin permanent ayant justifié le recrutement de Mme B en contrat à durée indéterminée se transformait, que l'EHPAD Les Oiseaux, par sa direction, a proposé à Mme B par lettre remise en mains propres contre signature, une modification substantielle de son contrat de travail portant sur la quotité de son temps de travail. L'avenant signé le 2 janvier 2017, soit moins d'un mois après la remise de la lettre, doit s'analyser comme l'accord donné par la requérante à la proposition de modification substantielle de son contrat de travail. Dans ces conditions, et malgré les informations erronées contenues dans la lettre du 8 décembre 2016, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait fait l'objet d'un " licenciement partiel " et qu'elle aurait, à ce titre, droit au versement d'indemnités de licenciement.

4. Si Mme B entend se prévaloir du courrier du 8 décembre 2016 qu'elle estime être une décision ayant créé à son profit un droit au versement d'indemnités de licenciement que l'EHPAD ne pouvait lui refuser sans commettre une illégalité fautive, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la réduction du temps de travail de Mme B à compter du 1er janvier 2017 constitue une modification substantielle du contrat de travail de l'agent à l'initiative de l'employeur dans l'intérêt du service, accepté par l'agent et qu'ainsi aucune indemnité de licenciement n'était due à la requérante à raison de cette modification de ses conditions d'emploi. Ainsi, dès lors que les décisions qui accordent un avantage financier à un agent public peuvent être abrogées à tout moment dès lors que les conditions pour bénéficier de cet avantage financier ne sont plus remplies, l'EHPAD pouvait abroger à tout moment cette décision d'octroi de l'indemnité de licenciement mentionnée dans la décision du 8 décembre 2016.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'a fait l'objet d'aucun licenciement et qu'ainsi, aucune illégalité fautive ne peut être retenue. La requérante n'est donc pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'EHPAD Les Oiseaux.

Sur le harcèlement moral :

6. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, introduit par la loi du 17 janvier 2002 de modernisation sociale : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

7. Mme B demande au tribunal de condamner l'EHPAD Les Oiseaux à la réparation de son préjudice résultant du harcèlement moral dont elle se dit victime de la part de sa hiérarchie depuis le courrier du 8 décembre 2016. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction de faits permettant d'établir la réalité d'une situation de harcèlement. En effet, si sa quotité de travail a été diminuée sans adaptation de ses conditions de travail et si aucune conséquence n'a été tirée de ses signalements sur la dégradation de ses conditions de travail, ces seules circonstances ne suffisent pas à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. Par ailleurs, l'allégation d'un comportement hostile de sa hiérarchie à son égard ne fait pas l'objet d'un commencement de preuve. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait la victime d'une situation de harcèlement moral et que son employeur aurait manqué à son devoir de sécurité et de protection à son égard. Partant, elle n'est pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité pour faute de l'EHPAD Les Oiseaux sur ce fondement.

Sur le remboursement des frais engagés avant l'introduction de la requête :

8. Mme B demande le remboursement des frais qu'elle a exposés pour prendre connaissance de ses droits et mandater un conseil notamment à l'occasion de sa demande indemnitaire préalable. Toutefois, les frais engagés, avant l'introduction de l'instance, ne peuvent être inclus au titre des frais irrépétibles. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général du droit n'impose le remboursement des frais de cette nature. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EHPAD Les Oiseaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'EHPAH Les Oiseaux tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Oiseaux.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022 où siégeaient :

Mme Mégret, présidente

Mme Rivet, première conseillère.

Mme Raymond-Andujar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

S. C

La présidente,

signé

S. Mégret

Le président,

A. Le Méhauté

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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