mercredi 5 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2104188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre - Juge unique |
| Avocat requérant | AARPI GHEDIR FRANCOIS JACQUEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2021, la société par actions simplifiée (SAS) CIS BIO international, représentée par Me Ghedir, demande au tribunal :
1°) la réduction à hauteur de 165 723 euros et de 167 530 euros des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie à raison de l'établissement industriel situé 5998 route d'Orsay à Saclay (Essonne) au titre des années 2019 et 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- la décision rejetant sa réclamation est insuffisamment motivée ;
- les biens ne faisant pas corps avec la construction, qui sont déplaçables démontables et non incorporés à la construction, qu'elle a immobilisés d'un montant de 2 668 651 euros, doivent être exclus de la base d'imposition en application de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-TFB-10-10-10 du 12 septembre 2012 qui prévoit que, pour être retenus dans la base d'imposition, les investissements doivent être fixés au sol à perpétuelle demeure et doivent présenter le caractère de véritables bâtiments ;
- les dépenses liées à des prestations de services réalisées par des prestataires extérieurs d'un montant de 459 900 euros qui portent soit sur des biens meubles, soit sur des immeubles mais dont la nature " ne répond pas aux critères pour être qualifiés de construction " doivent être exclus de la base d'imposition ;
- les actifs de démantèlement, qui correspondent à la valeur actualisée du coût de démantèlement spécifique futur de certaines de ses installations nucléaires et qui sont la contrepartie, au passif, de la provision passée pour couvrir les coûts futurs de démantèlement des installations radionucléaires et de permettre la réutilisation du site pour d'autres usages, sont inscrites à l'actif du bilan pour un montant de 6 366 603 euros mais ne constituent pas des constructions au sens de la taxe foncière et doivent ainsi être exclus de la base d'imposition ;
- les dispositions du 11° de l'article 1382 du code général des impôts exonérant de la taxe foncière sur les propriétés bâties les outillages et autres moyens matériels d'exploitation des établissements industriels, il doit en être de même pour ses biens d'équipements spécialisés, c'est-à-dire ses immobilisations qui sont intégrées directement et matériellement dans son processus de fabrication, de transformation ou de manutention et servent spécifiquement à l'exercice de son activité professionnelle :
* s'agissant des installations électriques et de son réseau, ils sont à usage spécifiquement industriel ce qui implique que les immobilisations correspondant au réseau électrique d'un montant de 3 659 598 euros, soient exonérées de taxe foncière ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n°170 du BOI-TF-TFB-10-50-30 ;
* il en va de même, selon cette même doctrine, des immobilisations correspondant aux postes d'appels téléphoniques d'un montant de 72 581 euros, ainsi que des immobilisations correspondant aux installations incendie des locaux traitant des produits radioactifs d'un montant de 1 829 861 euros qui doivent être exonérées de taxe foncière en ce qu'elles diffèrent des simples portes coupe-feu et autres systèmes présents dans tous les établissements industriels, leur objet étant spécifiquement d'étouffer le feu dès son apparition et d'être hermétiques afin d'empêcher toute fuite radioactive ;
* les immobilisations correspondant aux installations de ventilation des locaux traitant des produits radioactifs d'un montant de 1 229 374 euros doivent également être exclus des bases de la taxe foncière dès lors que ces installations ne sont pas de simples équipements de ventilation présents dans tous les établissements industriels mais disposent de capteurs spéciaux pour permettre aux équipes de prévention des risques nucléaires d'être en mesure de connaitre en temps réel le taux de radioactivité dans chaque pièce, que ces systèmes doivent être hermétiques pour qu'en cas de fuite radioactive, la menace puisse être confinée et la radioactivité émise absorbée et qu'enfin ces systèmes visent à contrôler le niveau de radioactivité libéré à l'extérieur de l'enceinte afin d'alerter la population ;
* doivent enfin être exclus certaines autres installations spécifiques et notamment les cyclotrons qui permettent la production de produits radioactifs d'une valeur totale de 8 649 615 euros, ainsi que des éléments nécessaires soit à la protection radioactive des lieux, soit à la production des produits pharmaceutiques d'un montant total de 9 456 239 euros ;
- il convient d'exclure de la base imposable, d'une part, les immobilisations d'entretien et de renouvellement d'immobilisations déjà présentes d'un total de 2 946 213 euros sur le fondement de la doctrine administrative exprimée aux paragraphes 150 et 160 du BOI-IF-TFB-20-20-10-10 dès lors que celles-ci constituent des réparations courantes des constructions qui doivent être renouvelées fréquemment pour l'entretien de la propriété et qui ne sont pas assimilées par cette doctrine à des changements de caractéristiques physiques des immobilisations, d'autre part, les travaux de peinture immobilisés à hauteur de 447 477 euros qui n'apportent pas une valeur supplémentaire au local, mais servent uniquement à le maintenir en état ; l'ensemble des autres immobilisations d'entretien des locaux d'un montant de 2 238 145 euros dont l'intitulé ne mentionne pas expressément qu'il s'agit de réparation ou de renouvellement, mais dont le montant modique indique qu'il s'agit de simples travaux d'entretien ; enfin, un certain nombre d'immobilisations qui n'apportent aucune plus-value doivent être exclues pour un montant de 2 348 774 euros ;
- certains gros travaux retenus par l'administration fiscale pour le calcul de la valeur locative doivent être pris pour une base inférieure à celle enregistrée dans le bilan en application de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 230 du BOI-IF-TFB-20-20-10-20 :
* en particulier, la valeur retenue pour le local n°553 dit " salle blanche " doit correspondre uniquement aux travaux réalisés depuis 2009 soit 1 681 943 euros et sans qu'il soit tenu compte de la valeur d'apport de cette immobilisation, ni des travaux successifs entrepris en 1985 puis en 1989 qui ne correspondent plus à la réalité du bâtiment ;
* pour la détermination de la valeur comptable des immobilisations relatives au laboratoire de préparation des produits pharmaceutiques, il ne peut être tenu compte ni des installations de sécurité réalisées en 2006, ni des lots de génie civil de 218 277 euros et 102 875 euros qui sont rattachés à des biens d'équipements spécifiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire, enregistré le 16 juin 2023, a été présenté pour la SAS CIS BIO international.
Vu :
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. de Miguel, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel, magistrat désigné,
- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,
- et les observations de M. A représentant la société CIS BIO International.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) CIS BIO international qui a pour activité le développement et la fabrication de produits radionucléaires de diagnostic et de radiothérapie, est propriétaire d'un établissement industriel situé 5998 route d'Orsay à Saclay (Essonne). La base imposable de cet établissement a été évaluée en 2015 par l'administration selon la méthode comptable prévue à l'article 1499 du code général des impôts sur la base des immobilisations inscrites à son actif jusqu'en 2013 inclus. Cette société a ensuite été assujettie à raison de cet établissement et sur ces mêmes bases, à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020, pour des montants respectifs de 638 198 euros et 645 312 euros. Estimant que les bases d'impositions retenues par l'administration étaient excessives, la SAS CIS BIO international a présenté, le 21 décembre 2020, une réclamation par laquelle elle contestait ces impositions et sollicitait un dégrèvement à hauteur de 165 723 euros pour 2019 et de 167 530 euros pour 2020. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision de l'administration fiscale du 30 mars 2021, la SAS CIS BIO international demande la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des mêmes années à hauteur des montants réclamés dans sa réclamation contentieuse.
2. Les irrégularités qui peuvent entacher la décision statuant sur la réclamation d'un contribuable sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé des impositions. Par suite, le moyen tiré par la SAS CIS BIO international de ce que la décision de rejet de sa réclamation ne serait pas suffisamment motivée, doit être écarté comme inopérant.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
4. Le prix de revient des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière, évalué selon la méthode comptable, est celui qui est inscrit à l'actif du bilan. L'administration peut se fonder sur les énonciations comptables opposables à la société pour inclure dans la valeur locative des immobilisations le montant des travaux inscrits en tant qu'immobilisations, sauf pour la société à démontrer que ces travaux constitueraient en réalité des charges déductibles, ou qu'elle aurait inscrit en tant qu'immobilisations des biens exclus par nature des bases imposables à la taxe foncière pour les propriétés bâties ou exonérés de celles-ci.
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ". Selon l'article 1382 du même code : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381 1° et 2° ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ".
6. D'une part, il n'existe aucune corrélation entre les immobilisations dont la liste figure dans les tableaux figurant en pièces jointes n°7 et n°8 de la requête de la SAS CIS BIO international récapitulant, d'une part, les biens ne faisant pas corps avec la construction et, d'autre part, les dépenses liées à des prestations de services portant sur des biens meubles ou des immeubles dont la nature ne répond pas aux critères pour être qualifiés de construction, dont la société requérante demande l'exclusion de ses bases imposables à la taxe foncière sur la propriété bâtie au titre des années 2019 et 2020, à hauteur respectivement de 2 668 651 euros et de 459 900 euros, et le montant des travaux mentionnés dans les différentes pièces jointes présentées par la requérante comme justificatives de la nature des dépenses concernées. De plus, la société requérante se borne à produire des tableaux listant des types de travaux et leurs montants, sans produire les factures justificatives de ces travaux. Enfin, comme il a été dit au point 1, il est constant que les impositions litigieuses ont été établies sur la base des immobilisations inscrites à l'actif de la société requérante jusqu'en 2013 inclus ce qui implique que cette dernière ne peut demander l'exclusion de ses bases d'imposition des immobilisations acquises ultérieurement qui n'ont pas été intégrées par l'administration fiscales dans ses bases imposables. Par suite, la société requérante n'est pas fondée, sur le terrain de la loi fiscale, à demander que ses bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties soient réduites des sommes susmentionnées de 2 668 651 euros et de 459 900 euros.
7. D'autre part, si la SAS CIS BIO international conteste les bases imposables retenues par l'administration pour les années 2019 et 2020 en tant que celles-ci comprennent des actifs " de démantèlement " d'un montant de 6 366 603 euros qui seraient, selon elle, la contrepartie comptable de la provision passée pour couvrir les coûts futurs de démantèlement de certaines de ses installations radionucléaires, et ne constitueraient donc pas de véritables propriétés bâties au sens des dispositions précitées de l'article 1380 du code général des impôts, elle n'apporte, à l'exception d'un simple tableau figurant en pièce jointe n°9 à sa requête, établi par ses soins et dépourvu de toute pièce justificative, aucun élément permettant d'identifier les mouvements comptables dont elle fait état, pas plus que la nature exacte des opérations auxquels ceux-ci se rapportent. Au surplus, comme il a été dit au point précédent, les impositions litigieuses ayant été établies sur la base des immobilisations inscrites à l'actif de la société requérante jusqu'en 2013 inclus, celle-ci n'est, en toute hypothèse, pas fondée à demander l'exclusion de ses bases d'immobilisations des " actifs de démantèlement " qu'elle aurait comptabilisés au titre des années 2014 et 2015. La SAS CIS BIO international ne peut, par suite, obtenir sur ce point la réduction de base dont elle se prévaut.
8. Enfin, pour apprécier la consistance des propriétés qui entrent, en vertu des articles 1380 et 1381 du code général des impôts, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.
9. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce qu'indique la société requérante, le service a bien exclu de ces bases l'ensemble des immobilisations d'un montant total de 2 610 313 euros au titre des biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel.
10. S'agissant du surplus des immobilisations dont la société requérante demande l'exclusion de ses bases d'imposition, la seule circonstance que les matériaux et outillages nécessaires à l'exploitation de la SAS CIS BIO international, fonctionnent à l'électricité, ne suffit pas à établir que les immobilisations correspondantes d'un montant de 3 659 598 euros, la société se contentant au surplus de fournir une liste de travaux par année et de montants sans produire les justificatifs correspondants, ce qui ne met pas le tribunal en mesure d'identifier l'affectation, la nature exacte de ces installations, ni le fait qu'elles pourraient être utilisées en cas d'affectation des locaux à d'autres activités ni, par suite, que ces immobilisations pourraient bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 1382 du code général des impôts ou qu'elles n'entreraient pas dans les bases imposables de la société requérante sur le fondement des dispositions du 1° de l'article 1381 de ce code.
11. De la même manière, et à défaut pour la requérante de justifier de la nature exacte des opérations faisant l'objet des factures qu'elle produit, il ne résulte pas de l'instruction que le surplus des immobilisations de la requérante se rapportant à son réseau téléphonique d'un montant de 72 581 euros, aux systèmes de protection contre l'incendie des locaux traitant des produits radioactifs d'un montant de 1 829 861 euros ainsi qu'aux installations de ventilation des locaux traitant des produits radioactifs d'un montant de 1 229 374 euros dont elle n'établit ni la nature, ni l'affectation, serait spécifiquement adapté à ses activités industrielles et, plus particulièrement, à celles de ses activités mettant en œuvre des techniques radionucléaires. Enfin, la société requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que les travaux des deux lots de génie civil réalisés en 2006 dans son laboratoire de préparation des produits pharmaceutiques d'un montant de 218 277 euros et de 102 875 euros seraient spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'y être exercées. Au surplus, et comme il a déjà été dit aux points 6 et 7, la SAS CIS BIO international ne peut, en tout état de cause, demander l'exclusion de ses bases imposition à la taxe foncière de celles de ces immobilisations qui concernent ses dépenses de protection contre l'incendie comptabilisées de 2014 à 2016 et ses dépenses de ventilation qui ont été comptabilisées de 2014 à 2017 qui n'ont pas été retenues par l'administration lors de l'évaluation de ses bases imposables.
12. Enfin, il résulte de l'instruction et notamment du tableau des immobilisations non retenues par l'administration pour la détermination des bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties, que le service a bien exclu de ces bases les immobilisations relatives, notamment, aux cloisons de protection, aux portes coupe-feu et à la sécurité des locaux affectés à la production d'éléments radioactifs. Pour le surplus, les documents produits ne permettent pas de déterminer la nature exacte et l'affectation des biens immobilisés d'un montant de 9 456 239 euros dont la société requérante allègue qu'ils seraient indispensables à la protection radioactive de ses locaux d'exploitation ou à la production des produits de radiothérapie, et ne permettent pas davantage de savoir si certaines des postes de dépenses concernés n'ont pas déjà été exclus par l'administration de ses bases imposables. Enfin, il ressort du tableau des immobilisations retenues par l'administration pour la détermination des bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties, que certaines des dépenses dont la déduction est demandée n'ont jamais été incluses dans ces bases taxables à l'instar, notamment, de la dépense relative à l'acquisition en 1998 d'un cyclotron d'une valeur comptable de 6 027 400 euros.
13. En revanche, il résulte de l'instruction et notamment de ce dernier tableau que figurent parmi les biens retenus par l'administration ceux apportés par le CEA à la société requérante en 1985 sous la forme d'un cyclotron d'une valeur comptable de 2 619 557 euros. Il est manifeste qu'un tel équipement, même s'il est indissociable des bâtiments dans lesquels il est installé, est spécifiquement adapté aux activités de fabrication de produits de radiothérapie exercées par la SAS CIS BIO international dans son établissement de Saclay. Celle-ci est par suite fondée à demander que ses bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties soient réduites à hauteur de ce montant au titre des années 2019 et 2020.
14. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 1517 du code général des impôts : " I. 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement quand ils entraînent une modification de plus d'un dixième de la valeur locative () ". La SAS CIS BIO international ne peut utilement soutenir que les impositions en litige, en tant qu'elles concernent des travaux d'entretien d'un montant total de 2 946 213 euros, des travaux de peinture à hauteur de 447 477 euros et, enfin, des travaux de faibles importance d'un montant de 2 238 145 euros auraient été établies en méconnaissance de ces dispositions, dès lors qu'il est constant que la réévaluation de son assiette imposable résulte, non de l'un des changements mentionnés à l'article 1517 du code général des impôts, mais de l'application de la méthode d'évaluation comptable.
15. Au surplus, en l'absence de pièces ou factures de nature à déterminer si les immobilisations sont soumises ou pas à la taxe foncière sur les propriétés bâties, la société requérante n'établit pas que les travaux ne seraient pas au nombre des changements de caractéristiques physiques à prendre en compte pour la mise à jour de la valeur locative du bâtiment au titre des années 2019 et 2020 en application de l'article 1517 du code général des impôts. Enfin, comme il a été dit plus haut, les impositions litigieuses ayant été établies sur la base des immobilisations inscrites à l'actif de la société requérante jusqu'en 2013 inclus, celle-ci n'est, en toute hypothèse, pas fondée à demander l'exclusion de ses bases d'immobilisations des immobilisations qu'elle a comptabilisées au titre des années 2015 à 2017. Par suite, la société requérante n'est pas, en toute hypothèse, fondée à soutenir que les immobilisations correspondantes seraient exclues de ses bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020.
16. En troisième et dernier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que le complément de valeur locative résultant de travaux de grosses réparations soit calculé sur une base inférieure à la valeur d'immobilisation ajoutée au bilan à l'issue de ces travaux lorsque ceux-ci ont pour objet de conforter une immobilisation ancienne sans créer une immobilisation nouvelle. Par suite, la seule circonstance que le local n°553 dit " salle blanche " a fait l'objet en 2009 et en 2013 de travaux d'un montant total de 1 681 943 euros, presque équivalent à sa précédente valeur comptable fixée, jusqu'en 2009, à 1 618 282 euros, ne suffit pas à établir que la valeur comptable de cette installation devrait être fixée à seulement 1 681 943 euros.
En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :
17. En premier lieu, la SAS CIS BIO international à laquelle il appartient d'apporter des précisions suffisantes relatives à l'existence, au contenu ainsi qu'à la référence de la doctrine administrative qu'elle invoque, n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-TFB-10-10-10 du 12 septembre 2012 dont elle n'indique pas le paragraphe auquel elle fait référence et qui ferait, selon elle, une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application au point 6 en ce qui concerne les biens ne faisant pas corps avec la construction.
18. En deuxième lieu, la SAS CIS BIO international n'est pas non plus fondée à se prévaloir au même titre de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n°170 du BOI-IF-TFB-10-50-30 du 12 septembre 2012 qui ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application aux points 9 à 11 en ce qui concerne les biens d'équipements spécialisés.
19. En troisième lieu, la SAS CIS BIO international dont la réévaluation de l'assiette imposable résulte, comme il a été dit au point 14, non de l'un des changements mentionnés à l'article 1517 du code général des impôts, mais de l'application de la méthode d'évaluation comptable, n'est pas davantage fondée à se prévaloir au même titre de la doctrine administrative exprimée aux paragraphes n°150 et n°160 du BOI-IF-TFB-20-20-10-10-20 qui ne concerne que l'interprétation des dispositions de l'article 1517 du code général des impôts.
20. En quatrième et dernier lieu, la SAS CIS BIO international qui n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue, que les travaux de grosses réparations effectués en 2009 et en 2013 sur sa " salle blanche " ou que les travaux de génie civil de 218 277 euros et 102 875 euros réalisés en 2006 sur le bâtiment abritant son laboratoire de préparation des produits pharmaceutiques, n'auraient apporté aucune amélioration à ces deux installations, n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n°230 du BOI-IF-TFB-20-20-10-20 du 22 juillet 2014 qui, si elle admet que le complément de valeur locative résultant de grosses réparations ne soit pas calculé sur la base de la valeur d'immobilisation ajoutée au bilan à l'issue des travaux mais sur une base inférieure, précise néanmoins qu'il ne peut en aller ainsi que lorsque les travaux de réparation considérés n'apportent aucune amélioration à l'établissement.
21. Il résulte de tout ce qui précède, d'une part, que la SAS CIS BIO international est fondée à demander que ses bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties de 2019 et 2020 soient réduites de 2 619 557 euros et à être déchargée des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties correspondantes et, d'autre part, que le surplus de ses conclusions à fin de décharge doit être rejeté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme que réclame la SAS CIS BIO international au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: Les bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties de la SAS CIS BIO international sont réduites de 2 619 557 euros au titre des années 2019 et 2020.
Article 2 : La SAS CIS BIO international est déchargée des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à proportion de la réduction de bases prononcée à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS CIS BIO international est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée CIS BIO international et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
F-X de Miguel
La greffière,
C. Benoit-LamaitrieLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026