lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206043 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHELIP ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 3 août 2022, 7 mai 2024 et 28 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Gourvennec, Me Quéré et Me Bouvier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement la commune de Leuville-sur-Orge et l'établissement public de coopération Cœur d'Essonne Agglomération à lui verser la somme de 71 800 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, somme à parfaire ;
2°) d'enjoindre à la commune de Leuville-sur-Orge et l'établissement public de coopération Cœur d'Essonne Agglomération de créer un trottoir le long de son habitation, d'enfouir la descente pluviale, de déplacer le tampon regard et de supprimer les places de stationnement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise au contradictoire de la commune de Leuville-sur-Orge et de l'établissement public Cœur d'Essonne Agglomération ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Leuville-sur-Orge une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les écritures de Cœur d'Essonne Agglomération ne sont accompagnées d'aucune délibération, générale ou spéciale, autorisant son président à la représenter dans cette instance et sont donc irrecevables ;
- la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge peut être engagée sur le fondement de la responsabilité sans faute en raison des dommages de travaux publics permanents qui lui ont été causés en sa qualité de tiers ;
- la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge peut être engagée en raison de la carence fautive de son maire à prendre les mesures nécessaires pour rétablir la sûreté et la commodité du passage de la rue Alphonse Réault ;
- la responsabilité de l'établissement public de coopération Cœur d'Essonne Agglomération doit être engagée au titre de la mauvaise gestion des eaux pluviales ;
- il est fondé à demander qu'il soit enjoint à la commune de Leuville-sur-Orge et à Cœur d'Essonne Agglomération de prendre des mesures destinées à mettre fin aux dommages ;
- il est fondé à réclamer une indemnité de 24 800 euros au titre de ses préjudices matériels, de 15 000 euros au titre de son préjudice de jouissance de l'utilisation normale de sa maison d'habitation, de 30 000 euros au titre de la perte de valeur vénale de sa maison d'habitation et de 2 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi du fait des difficultés rencontrées afin de faire valoir ses droits.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 12 novembre 2024 et 14 novembre 2024, l'établissement public de coopération intercommunale Cœur d'Essonne Agglomération, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- elle doit être mise hors de cause dès lors que l'ensemble des préjudices dont le requérant demande l'indemnisation relèvent de la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge ;
- aucune disposition légale ou règlementaire n'impose à l'administration de créer des ouvrages destinés à protéger les propriétés riveraines situées de part et d'autre de la voie publique contre les ruissellements ;
- le requérant n'est pas fondé à soutenir que les travaux de voirie auraient rendu l'accès à sa propriété difficile et dangereuse ;
- le préjudice matériel n'est établi ni dans son principe, ni dans son quantum ;
- outre qu'elle est en partie prescrite, l'indemnité demandée par le requérant au titre des troubles dans ses conditions d'existence n'est pas justifiée ;
- la perte de valeur vénale de sa propriété n'est établi par aucun élément justificatif probant.
L'ensemble de la procédure a été communiquée à la commune de Leuville-sur-Orge qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 28 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Brunaud pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est propriétaire d'un pavillon sis 6 rue Alphonse Réault à Leuville-sur-Orge. Au cours des années 2011 et 2012, la commune de Leuville-sur-Orge a procédé à des travaux tendant notamment à la suppression du trottoir qui bordait son habitation. A la suite de ces travaux, le requérant a constaté que les eaux pluviales de la rue ne s'évacuaient plus correctement et que les véhicules passaient désormais trop près de son habitation, occasionnant des problèmes de sécurité, des dégâts et des nuisances sonores. Par courriers des 12 avril 2022 et 7 mai 2024, il a adressé à la commune de Leuville-sur-Orge et à la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une demande préalable tendant à l'indemnisation de ses préjudices et les mettait en demeure de réaliser des travaux mettant fin à ces désordres. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de la commune de Leuville-sur-Orge et de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération à lui verser une indemnisation de 71 800 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis et à ce qu'il leur soit enjoint de procéder à divers travaux.
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. Aux termes de l'article L. 5211-2 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre II du titre II du livre premier de la deuxième partie relative au maire et aux adjoints sont applicables au président et aux membres de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale () ". Aux termes de l'article L. 5211-9 du même code : " Le président est l'organe exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale. () Il représente en justice l'établissement public de coopération intercommunale () ". Aux termes de l'article L. 5211-10 de ce code : " Le président, les vice-présidents ayant reçu délégation ou le bureau dans son ensemble peuvent recevoir délégation d'une partie des attributions de l'organe délibérant () ". En application des dispositions de l'article L. 2122-22 inclus dans le chapitre II du titre II du livre premier du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale peut légalement donner à l'organe exécutif une délégation générale pour ester en justice au nom de l'établissement.
3. Alors que M. A, dans son dernier mémoire enregistré le 28 novembre 2024, communiqué le même jour, a opposé l'absence d'habilitation du président de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, par son organe délibérant, à la défendre dans les actions en justice intentées contre elle, cette dernière ne verse aux débats aucune délibération en ce sens. Par suite, M. A est fondé à faire valoir que les écritures de Cœur d'Essonne agglomération sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité des personnes publiques au titre du régime des dommages de travaux publics :
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers sont tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent. Ne sont ainsi pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
S'agissant de la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge :
5. M. A étant riverain du trottoir que la commune de Leuville-sur-Orge a supprimé lors de l'opération de travaux publics qu'elle a fait réaliser au cours des années 2011 et 2012, les préjudices et les troubles occasionnés par la suppression de ce trottoir, à les supposer établis, sont ainsi susceptibles d'engager, même sans faute, la responsabilité de la commune.
6. En l'espèce, le requérant soutient que la suppression du trottoir au droit de son habitation a engendré un risque pour sa sécurité et celle de sa famille, sa porte d'entrée donnant directement sur la voirie routière. Il soutient également qu'elle a créé des nuisances sonores, en raison de la proximité plus grande du passage des véhicules ainsi que des dégâts matériels causés à son lustre et ses volets. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le trottoir qui a été supprimé par la commune était plus large que la bande délimitée par les poteaux de sécurité mis en place par la commune pour réduire l'espacement entre la maison de M. A et la voie de circulation. Par suite, le requérant ne démontre pas utilement que la suppression du trottoir a engendré une insécurité et des nuisances sonores ou matérielles plus importantes que celles engendrées par la situation de son habitation. Le requérant n'apparaît donc pas susceptible d'engager la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge à raison de ces préjudices qui ne résultent pas de la suppression du trottoir.
S'agissant de la responsabilité de Cœur d'Essonne agglomération :
7. Aux termes de l'article 20 du règlement d'assainissement de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération dispose que : " Les eaux pluviales collectées à l'échelle des parcelles privées ne sont pas admises directement dans le réseau d'eaux pluviales. Elles seront infiltrées, régulées et traitées le cas échéant. Tout dispositif susceptible de favoriser l'infiltration des eaux pluviales dans le sol, l'absorption et l'évapotranspiration par la végétation, ou le ralentissement de l'écoulement, devra être privilégié. Dans tous les cas, la recherche de solutions permettant l'absence de rejet d'eaux pluviales sera la règle générale (Notion de " zéro rejet) ". S'agissant d'un acte règlementaire librement consultable par tout public, ce règlement d'assainissement n'a pas nécessairement à être produit dans la présente instance.
8. M. A soutient que la suppression du trottoir engendre la stagnation des eaux pluviales devant sa maison entraînant, après de fortes pluies, des inondations de son habitation et des éclaboussures de boue et d'eau sur les murs de son pavillon et sur sa porte d'entrée. Il résulte toutefois du rapport de l'expertise amiable diligentée au contradictoire de la commune de Leuville-sur-Orge à l'initiative de l'assureur du requérant, qu'en l'absence de dauphin et d'enfouissement canalisé de la gouttière du requérant, les eaux pluviales tombent directement de son toit sur la chaussée. Alors qu'il appartient au requérant, conformément au règlement d'assainissement de la communauté d'agglomération, d'infiltrer, de réguler et de traiter lui-même ses eaux pluviales pour qu'elles ne se déversent pas sur la chaussée, le préjudice dont il se prévaut n'est donc pas susceptible d'engager la responsabilité de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne agglomération.
En ce qui concerne la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police :
9. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ".
10. La carence du maire à faire usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions précitées n'est fautive, et par suite de nature à engager la responsabilité de la commune, que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publiques, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.
11. En l'espèce, s'il est constant que la porte d'entrée de la maison de M. A donne directement sur la voirie routière, il résulte de l'instruction que la commune de Leuville-sur-Orge a installé des poteaux permettant de délimiter une bande sécurisée entre l'habitation du requérant et la voie de circulation. Par suite, la situation de la porte d'entrée du requérant, par rapport à la voirie, n'apparaît ni particulièrement dangereuse, ni constitutive d'un péril grave permettant d'engager la responsabilité pour faute de la commune à raison de la carence de son maire à exercer ses pouvoirs de police. Par ailleurs, si le requérant soutient que les véhicules rasent au quotidien sa propriété en roulant à une vitesse excessive, occasionnant notamment la dégradation de la suspension lumineuse qu'il a installée au-dessus de sa porte d'entrée et de ses volets, il ne verse aux débats aucune pièce permettant d'établir ces préjudices, la seule photographie de sa lampe abîmée ne permettant pas d'établir un lien direct et certain avec la carence qu'il reproche au maire.
Sur la demande d'expertise :
12. Le présent jugement rejette les conclusions indemnitaires présentées par M. A. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de diligenter une mesure d'expertise aux fins de déterminer les préjudices de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. En l'absence de fautes commises par la commune de Leuville-sur-Orge et de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction tendant à ce que ces deux collectivités procèdent aux travaux d'aménagement demandés par M. A.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Leuville-sur-Orge et de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Leuville-sur-Orge et à la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLa présidente,
signé
J. Sauvageot
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026