vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209427 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SIDIBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Sidibe, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de l'Essonne du 23 septembre 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît son droit à être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 février 2023.
Des pièces complémentaires produites pour M. B, enregistrées le 6 mars 2023, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,
- et les observations de Me Sidibe, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D B, ressortissant malien né le 24 octobre 1988, est entré sur le territoire français en septembre 2008, avec un visa de long séjour étudiant, selon ses déclarations.
Le 3 octobre 2016, il s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 2 octobre 2017. Il a ensuite conclu un pacte civil de solidarité avec Mme A, de nationalité française, le 7 décembre 2020. Le 30 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 23 septembre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
2. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué selon lequel M. B est entré sur le territoire français en 2017, le requérant est présent en France depuis au moins 2010. Il a entamé des études universitaires en France pendant l'année universitaire 2010-2011 à l'université de Nice-Sophia-Antipolis où il a obtenu une licence de droit, économie et gestion, puis les a poursuivies à l'université Paris VIII lors des années universitaires 2012-2013 et 2013-2014 à l'issue desquelles il a obtenu successivement une maîtrise en droit, économie et gestion puis un master dans la même discipline, à finalité recherche. Il justifie également s'être ensuite inscrit en master II " culture société hébraïque " lors de l'année universitaire 2015-2016. Le requérant produit non seulement ses diplômes mais également des avis d'impôt sur le revenu à compter de l'année 2009 ainsi qu'un relevé de carrière témoignant qu'il a commencé à cotiser à l'assurance retraite à partir de 2009 pour les emplois qu'il a occupés parallèlement à ses études. Par suite, la décision attaquée, qui ne fait mention de sa situation qu'à compter d'avril 2017, est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
3. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être également annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, l'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 23 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
La présidente,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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