mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2302197 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, la société unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) RC LOC représentée par Me Coudert, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle s'estime titulaire au titre au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 pour un montant de 56 601 euros et de 1 755 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à compter de l'année 2019 elle proposait à la location meublée une villa dont elle est propriétaire, sise en Corse du Sud, cette location étant assortie de prestations para-hôtelières, ce qui lui ouvrait droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé cette activité sur le fondement des dispositions du 4° b de l'article 261 D du code général des impôts ;
- cette activité remplit l'ensemble des conditions essentielles d'une entreprise hôtelière proposant un hébergement de courte durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2023 à 10h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kaczynski,
- et les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : / () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle. () ".
2. Il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
3. Par ailleurs, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
4. Il résulte de l'instruction que l'EURL RC LOC, créée en 2016, qui a pour activité déclarée, notamment, l'achat et la revente de tous biens immobiliers et l'exploitation commerciale de tous immeubles en relation avec des activités touristiques dont les locations meublées ou non-meublées et hébergement en tout genre, a acquis en 2017 en l'état futur d'achèvement une maison d'habitation à Zonza (Corse du Sud), dont la construction a été achevée, selon la société requérante, en 2018. L'EURL RC LOC soutient que, à compter de l'année 2019 elle proposait ce bien à la location saisonnière meublée, la mise à disposition de la maison étant accompagnée de la fourniture de linge de maison, de la réception de la clientèle ainsi que de la prestation de nettoyage régulier des locaux. Par suite, selon la société, en fournissant trois des quatre prestations mentionnées au b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts, elle relevait de plein droit du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et bénéficiait donc du droit à déduction. En conséquence, la société a déposé, le 15 septembre 2022 des déclarations rectificatives de taxe sur la valeur ajoutée faisant apparaitre un crédit de taxe de 56 601 euros au titre de l'année 2020 et de 1 755 euros au titre de l'année 2021 et a demandé le remboursement du crédit de taxe dont elle s'estimait titulaire. Le 17 janvier 2023 l'administration a rejeté sa demande au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions permettant de faire exception à l'exonération de plein droit prévue à l'article 261 du code général des impôts.
5. L'EURL RC LOC a produit trois contrats de location saisonnière meublée, afférents à l'année 2019, pour des périodes de location comprises entre une et deux semaines. Les trois contrats précisent que les draps et les serviettes de toilette sont fournies, mais un seul d'entre eux mentionne que le " ménage " est compris dans le prix de location, sans toutefois préciser la périodicité de ce service. Par ailleurs, au titre de l'année 2019 la facture établie de façon globale par Mme A, entrepreneur individuel, pour un montant de 3 901 euros correspondant à " entretien villa saison 2019 - ménage, linge de maison, conciergerie " ne permet pas, pour cette année, qui au demeurant n'est pas en litige, d'identifier avec suffisamment de précision la teneur du service rendu au titre de la prestation " ménage " et de s'assurer ainsi que la société requérante était en mesure de proposer à ses clients un service régulier de nettoyage des locaux. Pour l'année 2020, l'EURL RC LOC a eu recours à la société SC Immobilier Conciergerie avec laquelle elle est liée par un contrat conclu le 4 février 2020. Ce contrat prévoit la fourniture optionnelle d'un service de ménage, au prix horaire de 22 euros, à la demande du loueur ou du locataire. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, en pratique, la prestation de ménage n'a été effectuée qu'en début et en fin de séjour. Dans ces conditions il y a lieu de considérer que si la prestation de nettoyage des locaux, qui n'était pas proposée en 2019 a pu l'être en 2020, c'est, en tout état de cause, dans des conditions qui ne sont pas celles d'une prestation hôtelière. Enfin, s'il n'est pas contesté par l'administration que la société requérante assurait les services de fourniture de linge de maison et d'accueil, cette société n'apporte aucune précision relative aux modalités selon lesquelles ce dernier service était fourni.
6. Enfin, la société requérante n'apporte aucun élément sur la durée minimale de séjour proposé aux clients ou sur les modalités de mise en location de son bien. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité de l'EURL RC LOC serait exercée dans des conditions de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières du secteur, notamment en termes de prix.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'EURL RC LOC doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL RC LOC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société l'EURL RC LOC et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
M. Kaczynski, premier conseiller,
Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. Kaczynski
Le président,
Signé
R. Féral Le greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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