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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302430

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302430

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302430
TypeDécision
Formation6ème chambre
Avocat requérantCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Cheron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet des Yvelines a décidé de procéder au retrait de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de résident, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors que le préfet des Yvelines s'est cru à tort en situation de compétence liée en estimant devoir décider le retrait de sa carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'elle a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive alors que ce n'est qu'une possibilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 433-6 du code pénal dès lors qu'elle se fonde sur une condamnation pénale réprimant une infraction qui ne relève pas de l'article L. 432-12 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 433-5 du code pénal dès lors qu'elle constitue une sanction administrative disproportionnée au regard des faits en cause et de l'ensemble des éléments de sa situation particulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 13 juin 1976 au Congo, de nationalité congolaise, est entrée sur le territoire français en 1987, alors âgée de 11 ans. Une carte de résident valable du 17 juin 2016 au 16 juin 2026 lui a été délivrée. Par un arrêté du 30 janvier 2023, le préfet des Yvelines a décidé de procéder au retrait de sa carte de résident et lui a octroyé une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. ". Aux termes de l'article 433-6 du code pénal : " Constitue une rébellion le fait d'opposer une résistance violente à une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public agissant, dans l'exercice de ses fonctions, pour l'exécution des lois, des ordres de l'autorité publique, des décisions ou mandats de justice. ".

3. La mesure de retrait de la carte de résident prévue par les dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile revêt le caractère d'une sanction dont la contestation conduit le juge à vérifier la proportionnalité à la gravité des faits reprochés.

4. En l'espèce, pour décider le retrait de la carte de résident de Mme A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines s'est fondé sur la condamnation de celle-ci, le 6 novembre 2019, par le tribunal correctionnel de Versailles, à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de rébellion, réprimés par l'article 433-6 du code pénal. Il ressort des pièces du dossier que ce délit de rébellion a été commis le 22 septembre 2018, à une période très troublée de la vie de Mme A au cours de laquelle elle rencontrait d'importantes difficultés familiales, notamment une séparation conflictuelle avec le père de son plus jeune fils, et que les violences n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours, commises sur sa fille mineure de quinze ans, sont intervenues quelques mois plus tard, à cette même période. Or, il ressort de ces mêmes pièces que Mme A est entrée en France à l'âge de onze ans, qu'elle y résidait depuis plus de trente-cinq ans à la date de la décision attaquée et qu'elle y a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ses trois enfants de nationalité française y sont nés en 2001, 2005 et 2011 et Mme A justifie d'une insertion professionnelle stable dès lors qu'elle exerce depuis 2004 un emploi d'hôtesse de caisse chez le même employeur. Enfin, il est constant que les infractions mentionnées ci-dessus commises en septembre 2018 et février 2019, dont seule celle de rébellion permet de justifier légalement le retrait attaqué, sont les seules commises par Mme A depuis son entrée en France en 1987. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressée, la sanction de retrait litigieuse, qui en dépit de l'octroi concomitant d'une carte de séjour temporaire d'un an, fragilise les conditions de séjour en France de Mme A, apparaît disproportionnée par rapport à la gravité des faits qui en fondent l'application.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 30 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement la restitution à Mme A de la carte de résident dont elle était titulaire valable jusqu'au 16 juin 2026. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet des Yvelines de restituer à Mme A sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de Mme A, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet des Yvelines du 30 janvier 2023 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet des Yvelines de restituer à Mme A sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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