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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305722

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305722

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305722
TypeDécision
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BREMARD BARADEZ & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Baradez, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 18 577,50 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son accident du 27 mai 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il a été victime le 27 mai 2018 d'une chute en scooter alors qu'il roulait dans un parking en raison de la présence de nids de poule et de gravillons ;

- la responsabilité de l'AP-HP, propriétaire du parking, est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- il a subi des préjudices qu'il évalue à 18 577,50 euros, qui se décomposent comme suit : 337,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 7 000 euros au titre des souffrances endurées, 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 9 240 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), représentée par son directeur général, conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur le litige, à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le terrain sur lequel le requérant indique avoir eu son accident appartient au domaine privé de l'AP-HP ;

- M. B est occupant sans droit ni titre de la parcelle AY 7 sur laquelle il indique avoir eu son accident ;

- le requérant ne démontre pas que l'accident a eu lieu sur une parcelle appartenant à l'AP-HP, ni qu'il existerait un lien de causalité entre un défaut d'entretien normal du terrain et les préjudices allégués.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles du 16 novembre 2020.

Vu :

- l'ordonnance du 8 février 2022 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le Dr A ;

- le rapport d'expertise déposé par le Dr A le 12 janvier 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B déclare avoir été victime d'une chute le 27 mai 2018, alors qu'il circulait en scooter, sur un parking situé rue du Port aux malades à Draveil. Estimant que les conditions de cet accident étaient de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP, il a présenté le 21 février 2019 une demande préalable indemnitaire, rejetée par une décision du 18 mars 2019, et a saisi le juge des référés d'une demande d'expertise médicale. Le docteur A, désigné en qualité d'expert par une ordonnance du juge des référés du 28 juillet 2021, a remis son rapport le 12 janvier 2022. M. B a présenté une nouvelle demande préalable indemnitaire, par un courrier du 29 mars 2023 réceptionné le 5 avril suivant, que l'AP-HP a implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une indemnité de 18 577,50 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'accident dont il a été victime le 27 mai 2018.

Sur l'exception d'incompétence :

2. Si l'AP-HP fait valoir que la parcelle sur laquelle M. B indique avoir chuté appartiendrait à son domaine privé, une telle circonstance ne permet pas d'exclure que cette parcelle soit susceptible de revêtir le caractère d'un ouvrage public. Aucun élément du dossier ne permet de se prononcer sur le point de savoir si la parcelle sur laquelle aurait eu lieu l'accident, que le requérant décrit comme un parking, est affectée à l'usage direct du public. Dès lors, l'exception d'incompétence opposée en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu dans un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre cet ouvrage et le dommage dont il demande réparation. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage faisait l'objet d'un entretien normal ou démontrer que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. M. B ne produit pas d'élément permettant de déterminer le lieu et les circonstances exactes de sa chute et d'apprécier la réalité de la défectuosité invoquée. Dès lors, et à supposer même que cet accident se serait produit sur la parcelle AY 7 de la commune de Draveil appartenant à l'AP-HP, et que cette parcelle occupée sans droit ni titre depuis plusieurs années par M. B, qui fait l'objet d'une ordonnance d'expulsion, revête le caractère d'un ouvrage public, le requérant n'apporte aucun élément susceptible d'établir un lien de causalité direct et certain entre son accident et l'ouvrage sur lequel il indique avoir chuté. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise du docteur A, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros par ordonnance de la présidente du tribunal du 8 février 2022, à la charge définitive de M. B, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

6. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Me Baradez au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme totale de 1 800 euros par l'ordonnance du 8 février 2022, sont mis à la charge définitive de M. B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Baradez et à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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