jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2309021 |
| Type | Décision |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2023, M. B, représenté par Me Amsellem, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfecture des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de fait, qui a eu une influence sur son sens, en tant qu'elle indique qu'il a quitté son pays d'origine à l'âge de 30 ans ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lellouch a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais né le 25 mars 1989, déclare être entré en France le 8 juillet 2019, après avoir séjourné plusieurs années en Allemagne. En exécution d'un jugement du tribunal administratif de Versailles du 18 novembre 2021, il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 1er décembre 2022, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en cette même qualité. Le préfet des Yvelines, par un arrêté en date du 2 octobre 2023, a refusé sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). "
3.Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4.Dans son avis du 17 février 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement adapté et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, il pouvait voyager sans risque.
5.Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une pathologie psychiatrique qui a rendu nécessaire une hospitalisation d'office du 7 mars au 28 avril 2020. Toutefois, l'attestation, établie par le psychiatre du centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain qui le suit régulièrement, selon lequel les médicaments qui lui sont prescrits n'existent pas au Cameroun, ne suffit pas à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII sur la possibilité pour M. B de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié, lequel n'est pas nécessairement identique à celui dont il bénéficie en France, du moment qu'il est adapté à son état de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6.En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7.Il est constant que M. B, entré en France en 2019 après un séjour de plusieurs années en Allemagne, est célibataire sans enfant à charge. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur, qui représente un soutien important pour lui, et de son neveu, dont il affirme s'occuper pendant que sa sœur travaille, il ressort des pièces du dossier ainsi qu'il a été dit ci-dessus qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents ainsi que plusieurs membres de sa fratrie et le requérant ne justifie pas qu'eu égard à son état de santé, la présence de sa sœur résidant en France lui est indispensable. Dans ces conditions, eu égard à ce qui a été dit au point 5, et bien que M. B justifie avoir suivi une formation professionnelle au métier de développeur Web de février à octobre 2021, au terme de laquelle il a obtenu une certification, et avoir travaillé en qualité de web designer junior entre février et décembre 2022, ces éléments ainsi que l'intensité de ses liens avec sa sœur et son neveu ne suffisent pas à considérer que le refus de séjour litigieux porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de M. B.
8.En troisième lieu, M. B soutient que le préfet des Yvelines a commis une erreur de fait en affirmant qu'il avait quitté son pays d'origine à l'âge de 30 ans alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il l'a quitté à l'âge de 23 ans pour s'installer en Allemagne où il a séjourné régulièrement entre 2013 et 2019. Toutefois, pour les motifs qui viennent d'être exposés au point précédent, l'erreur de fait commise par le préfet des Yvelines n'a pas exercé une influence sur le sens de la décision. Entre outre, et alors que le requérant a sollicité un droit au séjour en raison de son état de santé, une telle erreur ne permet pas de caractériser un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9.La présente décision, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.
Sur les frais de l'instance :
10.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau
signé
F. Gibelin
La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23090212