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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400848

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400848

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400848
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation2ème chambre
Avocat requérantTORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 janvier et le 9 mai 2024, Mme A H, représentée par Me Tordo puis par Me De Clerck, demande au tribunal dans ses dernières écritures:

1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulier dès lors, en premier lieu, que le médecin instructeur n'est pas identifiable, en deuxième lieu, que la preuve de la transmission du rapport médical aux membres du collège de médecins n'est pas rapportée, en troisième lieu, que l'avis n'a pas été rendu de manière collégiale et, en dernier lieu, que l'avis ne comporte pas les éléments de la procédure ;

- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 425-9 et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 1er et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable.

Par un mémoire produit le 31 mai 2024, le préfet de l'Essonne a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens exposés sont infondés.

Par des pièces et un mémoire enregistrés les 30 mai et le 14 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il soutient que c'est à bon droit qu'il a émis son avis médical.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin

- et les observations de Me De Clerck.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante marocaine née le 29 août 1988 à Marrakech (Maroc), a obtenu, en raison de son état de santé, une carte de séjour temporaire à compter du 26 juin 2019 pour une durée d'un an, puis, à compter du 2 décembre 2020, une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 1er décembre 2022. Après avoir sollicité le 10 novembre 2022 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès du préfet de la seine Saint Denis qui le lui a refusé par un arrêté du 9 mars 2023, elle a déposé une nouvelle demande le 18 juillet 2023 auprès du préfet de l'Essonne. Celui-ci a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée par arrêté du 26 décembre 2023 dont la requérante demande l'annulation par la présente instance.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. E C, sous-préfet de Palaiseau, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet de l'Essonne par un arrêté du 16 novembre 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles chacune des décisions attaquées a été prise et mentionne les éléments de la situation personnelle de la requérante ainsi que le sens de l'avis émis le 21 octobre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont le préfet a entendu s'approprier la teneur. Il mentionne en outre que l'intéressée, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas en France d'une situation personnelle et familiale à laquelle l'arrêté porterait une atteinte disproportionnée. Il indique enfin que Mme H n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux comporte ainsi, pour chacune des décisions attaquées, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles ces décisions ont été prises et satisfait, ainsi, à l'obligation de motivation. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressent non aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur méconnaissance par l'arrêté attaqué, pris par une autorité d'un Etat membre, est inopérant.

5. Par ailleurs et en quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme H, qui a présenté une demande d'admission au séjour, ne pouvait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qu'en cas de rejet de sa demande, elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartenait dès lors d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'elle jugeait utiles pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait été empêchée de faire connaître les éléments pertinents sur sa situation personnelle et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

7. Les articles L. 425-9, R. 425-11 à R. 412-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé ont institué une procédure particulière au terme de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'OFII, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci.

8. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII, composé de trois membres, les docteurs Delprat-Chatton, Ortega et Signol s'est prononcé le 21 octobre 2023 sur le cas de la requérante au vu du rapport médical du docteur B qui a transmis son rapport aux membres du collège précité. Mme H n'est dès lors pas fondée à se prévaloir de l'irrégularité de la composition du collège de médecins. Elle ne peut par ailleurs utilement soutenir que l'avis dudit collège doit résulter d'une délibération collégiale de ses membres dès lors que les médecins signataires de cet avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun d'eux à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Enfin, la circonstance que les cases de l'avis médical relatives aux rubriques " Convocation pour examen ", " Examen complémentaire demandé " et " Justification d'identité " qui figurent sous les intitulés " Au stade de l'élaboration du rapport " et " Au stade de l'élaboration de l'avis " n'aient pas été cochées n'a exercé aucune influence sur le sens de l'avis ni n'a privé l'intéressée d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'irrégularité dont serait entaché l'avis médical du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne sont pas applicables dans les cas où il est statué sur une demande. Mme H ne peut donc utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration pour contester la décision par laquelle le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour. Il résulte par ailleurs des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative notifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient donc davantage être utilement invoquées par la requérante à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi. Les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure du contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent donc être écartés comme inopérants.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne se serait cru lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, alors qu'il s'est également fondé sur la situation tant familiale que professionnelle de Mme H.

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

12. Pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi, le préfet de l'Essonne a relevé que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il a estimé, au regard de l'avis du 21 octobre 2023 du collège de médecins précité dont il s'est approprié la teneur, que le traitement que requiert l'état de santé de Mme H existe dans son pays d'origine et qu'elle peut y être prise en charge. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'un diabète de type 1, apparu à l'âge de seize ans, associé à de nombreuses complications dégénératives telles qu'une rétinopathie diabétique qui a entraîné la cécité de son œil droit en 2018, une insuffisance rénale qui a justifié une dialyse puis une greffe rénale le 7 août 2020, une neuropathie sensitive bilatérale de grade 1, ainsi qu'une hypertension artérielle. Mme H bénéficie d'un traitement quotidien à base d'Abasaglar et de Novorapid pour la prise en charge de son diabète, d'un traitement immunosuppresseur à base de Prograf, de Cellcept, de Cortancyl et de Bactrim pour prévenir le rejet du greffon et d'un traitement à base d'Amlodipine et d'Atenolol s'agissant de sa pathologie liée à son hypertension artérielle. Pour établir l'indisponibilité de son traitement, la requérante produit des certificats médicaux du

12 avril 2023 du docteur F, spécialiste en endocrinologie diabétologie et maladie métabolique " au centre médical de Stalingrad, des 11 avril 2023 et 9 janvier 2024 du docteur G néphrologue praticien attaché à l'hôpital de Tenon, et du 30 avril 2024 du docteur D, médecin généraliste. Toutefois, s'ils attestent la gravité, non contestée, des pathologies dont est atteinte l'intéressée, ces certificats, des termes desquels il ressort que la disponibilité du traitement au Maroc " n'est pas avérée ", que " ces traitements sont financièrement inaccessibles sans couverture sociale " et que les " suivis et traitements spécialisés requérant un haut niveau technique semblent hautement improbables à mettre en place dans son pays natal ", ne permettent pas, compte tenu de leur imprécision, de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur la disponibilité effective d'un traitement approprié au Maroc. Mme H ne fait par ailleurs état d'aucun élément, notamment sur les ressources dont elle pourrait disposer dans son pays d'origine, de nature à établir que, compte tenu notamment du coût du traitement qui n'est pas précisé et du régime d'assistance médicale existant au Maroc, elle serait dans l'impossibilité financière de se procurer le traitement que requiert son état de santé et notamment son traitement à base de Prograf, de Cellcept, de Cortancyl et de Bactrim. Enfin, les extraits d'articles de presse cités par la requérante dans ses écritures ne sont pas de nature, compte tenu de leur caractère général sur le système de soins au Maroc, à démontrer que la requérante ne pourrait pas, personnellement, bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié à son état de santé dans ce pays. Dans ces conditions, en refusant de renouveler son titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il ressort des pièces du dossier que Mme H réside depuis six ans en France où elle est entrée pour la première fois à l'âge de trente-et un ans. Elle ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français ni ne démontre y être intégrée par le travail. Si elle produit le titre de séjour pluri annuel d'une personne qu'elle présente comme son concubin, elle n'établit aucune vie commune avec lui. Il ressort enfin des pièces du dossier que ses parents et les membres de sa fratrie vivent au Maroc. Dans ces conditions, compte tenu de la situation personnelle de la requérante, l'arrêté litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

14. Mme H ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 qui a été transposé dans le droit national par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration.

15. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, est susceptible de soulever un problème au regard de l'article 3 les cas d'éloignement d'une personne gravement malade dans lesquels il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie. Aux termes de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ". Enfin, aux termes de l'article 4 de la même charte : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que Mme H n'établit pas être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait exposée à un risque de déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé en cas de retour au Maroc. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 1er et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.

17. Par suite, l'exception d'illégalité de la décision qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme H, soulevée par celle-ci au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions qui lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel elle doit être éloignée, doit être écartée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme H tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H, au préfet de l'Essonne et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

C. Gosselin

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Br. Maitre

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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