Le Tribunal administratif de Versailles, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler un titre de recette pour une redevance spéciale sur les déchets commerciaux et artisanaux. Le tribunal a estimé que ce litige, relatif à l'assiette et au recouvrement d'une redevance instituée en vertu de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, relevait de la compétence de la juridiction judiciaire. Il a fondé sa décision d'incompétence sur l'article R. 222-1 du code de justice administrative, considérant que le service en cause avait un caractère industriel et commercial.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, Mme B... A... demande au tribunal de prononcer l’annulation d’un titre de recette d’un montant total de 45,09 euros relatif au paiement de la redevance spéciale pour la collecte, le traitement et la valorisation des déchets commerciaux et artisanaux concernant l’année 2024, émis à son encontre le 25 mars 2024 par la communauté de communes de Gally-Mauldre (Yvelines).
Elle soutient que la redevance litigieuse est mal fondée.
Par un mémoire en défense du 19 mars 2026, la communauté de communes de Gally-Mauldre, représentée par son président en exercice, représenté par Me Corneloup, conclut à l’incompétence de la juridiction administrative pour en connaître ainsi qu’à la mise à la charge de Mme A... d’une somme de 1 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) ; / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; (…) 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; (…). ».
2. Aux termes de l’article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales : « Les communes, la métropole de Lyon ou les établissements publics de coopération intercommunale assurent, éventuellement en liaison avec les départements et les régions, l’élimination des déchets des ménages. / Les communes peuvent transférer à un établissement public de coopération intercommunale ou à un syndicat mixte soit l'ensemble de la compétence de collecte et de traitement des déchets des ménages, soit la partie de cette compétence comprenant le traitement, ainsi que les opérations de transport qui s'y rapportent. Les opérations de transport, de transit ou de regroupement qui se situent à la jonction de la collecte et du traitement peuvent être intégrées à l'une ou l'autre de ces deux missions (…) ». Aux termes de l’article L. 2224-14 du même code : « Les collectivités visées à l'article L. 2224-13 assurent la collecte et le traitement des autres déchets définis par décret, qu'elles peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. ». Selon l’article L. 2333-76 de ce code : « Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes qui bénéficient de la compétence prévue à l'article L. 2224-13 peuvent instituer une redevance d'enlèvement des ordures ménagères calculée en fonction du service rendu dès lors qu'ils assurent au moins la collecte des déchets des ménages (…) ». Enfin, l’article L. 2333-78 du même code dispose : « Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l’article L. 2224-14. / (…) Elle est calculée en fonction de l’importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets. ».
3. Il résulte de ces dispositions que les communes, leurs groupements ou les établissements publics locaux assurant l'enlèvement des ordures, déchets et résidus qui n'ont pas institué la redevance d'enlèvement des ordures ménagères pour permettre le financement du service d'élimination des ordures ménagères par les usagers sont tenus de créer une redevance spéciale afin d'assurer la collecte et le traitement des déchets autres que les déchets ménagers mais qui peuvent être traités dans les mêmes conditions que ces derniers. Le législateur, en ordonnant la création de cette redevance spéciale, destinée à assurer le financement direct du service par les usagers et calculée en fonction de l’importance du service rendu, a entendu imposer aux collectivités concernées de gérer le service en cause comme une activité industrielle et commerciale. Par suite, ce service, qu'il soit géré en régie ou par voie de délégation, doit être regardé comme ayant un caractère industriel et commercial. Ainsi, il n’appartient qu’à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs à l’assiette et au recouvrement des redevances réclamées aux usagers de ce service.
4. Le litige soumis au tribunal par Mme A... est relatif à la redevance spéciale instituée en application de l’article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales par la commune de Chavenay, désormais membre de la communauté de communes de Gally-Mauldre. Or, il résulte de ce qui a été décrit au point précédent qu’un tel litige relève de la compétence de la juridiction judiciaire. Par suite, la requête de Mme A... échappe manifestement à la compétence du tribunal administratif et doit être rejetée sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
5. Il n’y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la communauté de communes de Gally-Mauldre sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes de Gally-Mauldre au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et à la communauté de communes Gally-Mauldre.
Fait à Versailles, le 30 mars 2026.
Le premier conseiller faisant fonction de président de la 5ème chambre,
Signé
D. Kaczynski
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.