jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406262 |
| Type | Décision |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BOULEGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 25 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Boulegue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a classé sans suite sa demande de rendez-vous pour renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui fixer un rendez-vous pour déposer un dossier de demande de titre de séjour portant une telle mention et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est contraint de saisir le juge administratif dès lors que les trois refus qui lui ont été successivement opposés l'empêchent de déposer une demande de renouvellement de titre et de changement de statut sur la plafeforme démarches simplifiée ;
- la décision attaquée ne comporte ni l'identité ni la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne permettant pas de s'assurer de la compétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la préfète a entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant que ses trois demandes ont été formulées au moyen d'un mauvais lien ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a produit aucune observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 29 mars 1991, est entré en France en 2018 muni d'un visa portant la mention " étudiant ". Le 24 juillet 2023, il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " valable jusqu'au 23 juillet 2024. Le 2 avril 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut vers un titre portant la mention " vie privée et familiale " sur le site demarches-simplifiees.fr, demande qui a été classée sans suite le 24 mai 2024 au motif qu'elle n'avait pas été présentée via le bon lien internet. L'intéressé a présenté le 27 juin 2024 une nouvelle demande de rendez-vous, qui a été de nouveau classée sans suite pour le même motif le 1er juillet 2024. L'intéressé a alors présenté une troisième demande le 5 juillet, classée sans suite le 8 juillet suivant. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour et de changement de statut.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. A doit être regardé comme soutenant que la préfète l'a privé de son droit à voir sa demande de changement de statut examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande de rendez-vous afin de renouveler son titre de séjour avec un changement de statut, d'un titre de séjour portant la mention " salarié " vers un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Cette première demande a été classée sans suite, l'agent instructeur indiquant que la demande était déposée au titre de la vie privée et familiale et devait être présentée via le lien dédié aux demandes de titre de séjour présentées au titre de l'activité professionnelle. M. A, après avoir saisi les services préfectoraux pour rappeler qu'il sollicitait le renouvellement de son titre de séjour avec un changement de statut vers un titre " vie privée et familiale ", a présenté le 27 juin 2024 une nouvelle demande de rendez-vous pour obtenir un titre de séjour en cette qualité, en suivant ces instructions. Toutefois, sa demande a cette fois été classée sans suite au motif qu'il avait sollicité un rendez-vous pour l'obtention d'un titre de séjour au titre de la " vie professionnelle " et non de la " vie privée et familiale ". M. A a réitéré une troisième fois sa demande en sélectionnant le lien internet " vie privée et familiale " conformément aux indications des services instructeurs à l'occasion du dernier classement sans suite, en accompagnant sa demande d'un courriel dans lequel il expliquait l'impasse dans laquelle il se trouvait. Cependant, l'administration a de nouveau refusé un rendez-vous à l'intéressé et cette demande a été classée sans suite pour le motif erroné qu'elle aurait dû se faire " en professionnelle ", c'est-à-dire via le lien internet dédié aux demandes de titres portant la mention " salarié " présentées au titre de l'activité professionnelle. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que cette décision est illégale en ce qu'elle méconnaît son droit à voir sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
3. Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer au requérant un rendez-vous pour enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut pour obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui remettre, pour autant que le dossier soit complet, un récépissé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
6. M. A n'ayant pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat ne peut prétendre au versement d'une quelconque somme d'argent sur le fondement combiné des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qu'il versera à M. A, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a classé sans suite la demande de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement afin d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, si le dossier présenté est complet, le récépissé correspondant.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.