jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407480 |
| Type | Décision |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | POIRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 août 2024, 1er novembre 2024 et 8 novembre 2024, M. B D, représenté par Me Poirier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 de la préfète de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, et fixant le pays de destination et la décision du même jour par laquelle cette même autorité lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine suivant la notification du jugement, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de mettre fin à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier approfondi de sa situation ;
- la décision méconnait l'article L. 611-1 et suivants du code de l'étranger et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision méconnait l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle considère qu'il présente un risque de fuite ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;
- la décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à tout le moins, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée et elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait le principe de proportionnalité et la liberté d'aller et venir ;
- la décision méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lellouch,
- les observations de Me Poirier, représentant M. D, requérant.
Considérant ce qui suit :
1.M. B D, né le 29 juin 1977, de nationalité tunisienne, déclare être entré sur le territoire français au mois d'octobre 2017 avec son épouse et leurs enfants. A la suite de son interpellation le 28 août 2024, la préfète de l'Essonne a pris à son encontre, par un arrêté du 28 août 2024, une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le moyen commun :
2.En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-079 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme E A, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer toutes les décisions contenues dans l'arrêté attaqué en cas d'empêchement du directeur de l'immigration et de l'intégration, et des chefs des bureaux de l'acquisition de la nationalité française, de l'asile, du séjour des étrangers, de l'éloignement du territoire et du contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3.Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / ()"
4. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et après avoir rappelé les éléments de fait déterminants relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, indique que M. D n'a pas été en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire français et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Ainsi, et alors même qu'elle ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui, s'il doit être pris en compte par l'autorité administrative, ne constitue pas le fondement légal de la décision litigieuse, la mesure d'éloignement énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5.Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne, qui n'avait pas à reprendre dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. D, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.
6.Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ()".
7. Si M. C produit un passeport en cours de validité à la date à laquelle il affirme être entré en France, il ne produit pas de visa d'entrée sur le territoire français. Dès lors, il ne justifie pas d'une entrée régulière en France et relevait bien de l'hypothèse prévue par le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour en France dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire. Il s'ensuit qu'en admettant que la circonstance qu'il ait conduit un scooter sans permis de conduire ne suffise pas à considérer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public au sens et pour l'application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9.M. D fait valoir qu'il réside en France depuis sept ans, soit depuis le mois d'octobre 2017, date à laquelle il est entré irrégulièrement sur le territoire français avec son épouse et leurs trois premiers enfants. Si le requérant justifie que ses enfants étaient scolarisés au titre de l'année scolaire 2023-2024 et qu'en 2022, le quatrième enfant du couple est né en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse serait en situation régulière et il ne fait valoir aucune circonstance qui s'opposerait à ce que la vie familiale du couple et de leurs quatre enfants se poursuive hors de France. Par ailleurs, si M. D établit résider en France depuis sept ans, et être actuellement domicilié sur la commune d'Arpajon dans l'Essonne, il n'a jamais réalisé de démarches visant à régulariser sa situation ou celle de sa famille. En outre, M. D a été interpellé pour des faits de conduite sans permis dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle irrégulière. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. D de quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la mesure d'éloignement n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.
10.Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11.Pour les motifs exposés au point 9, alors que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de M. D, de son épouse et de leurs quatre enfants se poursuive hors de France et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces enfants, âgés de dix, neuf, sept et deux ans à la date de la décision contestée, seraient dans l'impossibilité de poursuivre leur scolarité en Tunisie, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
12.En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire n'étant pas annulée par le présent jugement, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
13.En deuxième lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que compte tenu de ses faibles garanties de représentation, de son maintien en situation irrégulière en France et de l'absence de passeport valide, il existe un risque que M. D se soustraie à la mesure d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. La décision attaquée, qui comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.
14.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
15.Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire au requérant, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur ce qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement litigieuse. Il ressort des pièces du dossier que M. D qui ne peut justifier d'une entrée régulière en France, y demeurait irrégulièrement depuis sept ans sans avoir entamé de démarches visant à la régularisation de sa situation administrative. Il s'ensuit que la préfète de l'Essonne a fait une exacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en estimant qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement litigieuse et en lui refusant pour ce motif un délai de départ volontaire, bien qu'il justifie d'un passeport en cours de validité, qu'il dispose d'une adresse stable avec sa famille et que ses enfants soient scolarisés et même en considérant que l'infraction de conduite sans permis à l'occasion de laquelle il a été interpelé ne suffise pas à le regarder comme constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16.En dernier lieu, eu égard au risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement caractérisé au point précédent, et alors que l'exécution de la mesure d'éloignement n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la cellule familiale et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient pas être scolarisés en Tunisie, le refus de lui accorder un délai de départ volontaire ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :
17.La décision fixant le pays de destination de l'obligation de quitter le territoire français vise les article L. 721-3 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. D n'allègue pas être exposé à des traitements ou peines contraires à cette convention. Par suite, elle est suffisamment motivée.
18.Il ressort des pièces du dossier qu'avant l'intervention de l'arrêté attaqué, M. D a été entendu sur sa situation administrative par les services de police et a notamment indiqué qu'il était de nationalité tunisienne, qu'entré en France en octobre 2017, il n'avait pas entamé de démarches pour régulariser sa situation et qu'il était prêt à regagner son pays d'origine après avoir réglé sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas pu présenter ses observations manque en fait et ne peut qu'être écarté.
19.Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () ".
20.M. D soutient que la décision contestée, qui fait référence à son " pays d'origine ", n'indique pas de manière claire et précise le pays de destination de la mesure d'éloignement. Toutefois, il est constant que cette formule fait référence au pays dont il a la nationalité, en l'espèce la Tunisie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français dans pour une durée d'un an :
21. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
22.La décision portant interdiction de retour en France vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et indique que M. D ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire particulière justifiant qu'alors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé, il ne fasse pas l'objet d'une interdiction de retour en France. Ainsi, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an répond aux exigences de motivation posées par les dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort pas des termes de la décision que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.
23.Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Par ailleurs, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
24.D'une part, il ressort des termes de la décision contestée que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations en 2017, et s'y est maintenu depuis en situation irrégulière, sans avoir présenté aucune demande de régularisation de sa situation. De plus, la mesure d'éloignement n'a pas pour effet de le séparer de son épouse, qui ne justifie pas résider régulièrement en France, et de ses enfants. Enfin, M. D a été interpellé pour des faits de conduite sans permis de conduire. Dès lors, la préfète de l'Essonne, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit être écarté. Alors que la mesure d'interdiction de retour en France est prévue par la loi, le moyen tiré de la méconnaissance de la liberté d'aller et venir n'est pas fondé.
25.Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnait pas les stipulations des articles 3-1 et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En effet, il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale du couple et de leurs quatre enfants se poursuive hors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant par la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
26.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. D est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.