jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407502 |
| Type | Décision |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DEBORD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2024 et 4 novembre 2024, Mme D C, représentée par Me Debord, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer son dossier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire méconnaissent le principe du contradictoire, en particulier le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont illégales dès lors qu'elle peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour prévu par les dispositions du 7° de l'article L. 311-11, désormais reprises à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est mépris sur le fondement de sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lellouch a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.Mme D C, née le 13 mars 1961, de nationalité camerounaise, est entrée sur le territoire français le 27 avril 2014 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 mai 2014, et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire à compter de cette date. Le 3 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'ascendante à charge d'une personne dénommée Mme A B, ressortissante française. Par un arrêté du 31 juillet 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2.En premier lieu, après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, en particulier les articles L. 423-11 et le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, l'arrêté attaqué énonce les éléments de faits déterminants relatifs à la situation de Mme C qui ont conduit le préfet des Yvelines à rejeter sa demande de titre de séjour, à savoir l'absence de visa de long séjour et l'insuffisance des éléments produits pour justifier de la qualité d'ascendante à charge de Français. Ainsi, le refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En application du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces deux décisions doit être écarté.
4.En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
5.Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
6.Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
7.Il ne ressort pas des pièces du dossier soumis aux juges du fond que Mme C ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle ait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. La requérante, qui se borne à invoquer la méconnaissance du droit d'être entendue, ne fait valoir, dans la présente instance, aucun élément tenant à sa situation personnelle qui, s'il avait été communiqué en temps utile à l'administration, aurait été de nature à faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
8.En troisième lieu, alors que Mme C a indiqué elle-même dans le rappel des faits de sa requête avoir sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, régissant les cartes de résident en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, il ressort du formulaire de demande de titre de séjour qu'elle a renseigné qu'elle s'est prévalu de la qualité de membre de famille d'un ressortissant européen non français tout en indiquant comme unique membre de sa famille une fille, Mme A B, résidant en France, de nationalité camerounaise, et en précisant qu'elle était à charge d'un membre de sa famille. Il est constant que Mme A B est de nationalité française. Dès lors, en regardant la demande de titre de séjour de Mme C comme présentée en qualité d'ascendante à charge d'une ressortissante Française, sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines ne peut être regardé comme s'étant mépris sur le fondement de la demande de Mme C et n'a pas commis d'erreur de droit.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifié au 7° de l'article L. 313-11 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / (). ".
10.Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis onze ans, soit depuis le 27 avril 2014, date de son entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour. Mme C, qui se maintient irrégulièrement en France depuis lors, ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le sol français et ne se prévaut pas d'attaches personnelles ou familiales en France, en dehors de Mme A B qu'elle présente comme sa fille sans au demeurant établir le lien de filiation qu'elle revendique, ni l'intensité des liens qu'elle aurait avec elle. Si la requérante a justifié dans le cadre de sa demande de titre de séjour que Mme B lui a versé, en janvier, février et mars 2024, une somme d'environ 100 euros, le versement de ces sommes ne suffit pas à lui conférer la qualité d'ascendante à charge et ne fait pas obstacle à un retour dans son pays d'origine où le salaire minimum interprofessionnel est de 43 969 Francs CFA. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-trois ans. Dès lors, bien qu'elle témoigne d'une présence en France depuis plus de dix ans, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. L'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C. Pour les mêmes motifs, Mme C ne peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
11.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.