vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408461 |
| Type | Décision |
| Formation | Urgences |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires enregistrés les 1er et 3 octobre 2024, M. B D et M. C F, ayant pour avocat Me Candon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne les a mis en demeure de quitter les lieux qu'ils occupent 140 avenue Charles de Gaulle à Morangis dans un délai de 48 heures ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- L'arrêté du 27 septembre 2024 porte atteinte à l'autorité de la chose jugée par le jugement du 30 août 2024 ;
- M. A, signataire de l'acte, n'avait pas de délégation de pouvoirs de la préfète de l'Essonne;
- L'arrêté du maire de Morangis en date du 11 juillet 2019 interdisant le stationnement des résidences mobiles est illégal et non exécutoire, car il n'avait pas été préalablement affiché ni publié au recueil des actes administratifs de cette commune, ni transmis au préfet de l'Essonne pour contrôle de légalité ; le préfet ne pouvait donc pas mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 ; de plus, le maire de Morangis n'avait pas compétence pour prendre un tel arrêté, le président de la MGP exerçant à cette date les pouvoirs de police des gens du voyage en application de l'article L. 5211-9-2-I du code général des collectivités territoriales ; si la préfète considère désormais que le président de l'EPCI compétent ne serait pas celui de la MGP, mais celui de l'EPCI Grand Orly Seine Bièvre, qui aurait pris un arrêté de renonciation au transfert des pouvoirs de police spéciale, l'arrêté de renonciation du 13 janvier 2021 est postérieur à l'arrêté du maire de Morangis du 11 juillet 2019 ;
- L'arrêté du maire de Morangis interdisant le stationnement des gens du voyage en dehors des aires aménagées est illégal faute pour cette commune et pour la MGP d'avoir satisfait à toutes leurs obligations d'accueil des gens du voyage énoncées à l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 et au schéma départemental d'accueil des gens du voyage de Paris et de l'Essonne ; en effet, l'aire d'accueil située à Morangis, qui n'a été ouverte qu'en 2019, est occupée exclusivement par des familles sédentarisées qui restent toute l'année ; la destination de l'aire de Morangis a donc été détournée de sa vocation légale et cette aire ne peut être regardée comme remplissant sa mission ; de plus, l'aire de Morangis n'a pas été mise à la disposition des gens du voyage de manière effective le 11 juillet 20196, puisqu'elle a été rapidement fermée et réouverte le 11 février 2020 ;
- L'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 a été méconnu, car l'occupation litigieuse n'est pas de nature à porter atteinte à la salubrité, à la tranquillité ou à l'ordre public, tant en ce qui concerne les branchements d'eau et d'électricité que les eaux usées et les poubelles ;
- Le délai de 24 heures fixé pour quitter les lieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024 la préfète de l'Essonne au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé ;
Elle fait valoir que :
- Les ordonnances rendues en référé ne sont pas revêtues de l'autorité de chose jugée et l'arrêté du 27 septembre 2024 a été pris après avoir été purgé du vice d'incompétence ;
- La décision a été signée par M. A, bénéficiant d'une délégation de signature en date du 24 juin 2024 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de l'Etat ;
- L'arrêté municipal interdisant le stationnement des résidences mobiles est légal ;
- L'occupation illicite en cause fait porter un risque majeur à la sécurité publique justifiant de l'urgence de l'exécution de l'arrêté de mise en demeure d'évacuation.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Descours-Gatin, magistrat honoraire, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience
-le rapport de Mme Descours-Gatin,
- et les observations de M. D qui reprend ses écritures, et précise que les enfants sont scolarisés à proximité du terrain, que les autres aires d'accueil sont remplies, que le terrain est parfaitement propre.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience le 3 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 27 septembre 2024, pris en application de l'article 9-1 de la loi visée ci-dessus du 5 juillet 2000, relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la préfète de l'Essonne a mis en demeure les gens du voyage stationnés illégalement sur un terrain situé 140 avenue Charles de Gaulle à Morangis de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, en raison des risques pour la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques résultant de cette occupation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, si elles sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée. Il en résulte notamment que l'administration peut légalement reprendre une même décision après avoir remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension. En l'espèce, si le juge des référés a retenu, pour prononcer la suspension de l'arrêté du 30 août 2024, le moyen tiré de l'incompétence du maire de Morangis pour interdire le stationnement des véhicules des gens du voyage en dehors des aires aménagées à cet effet sur le territoire de sa commune, l'arrêté attaqué en date du 27 septembre 2024 précise que, par arrêté du 13 janvier 2021, l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre renonce au transfert des pouvoirs de police spéciale mentionnés à l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales. Le moyen tiré de la méconnaissance de la chose jugée doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. E A, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de l'Essonne, bénéficiant à cet effet d'une délégation de signature donnée par arrêté de la préfète de l'Essonne n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-192 en date du 24 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Ainsi le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la loi visée ci-dessus du 5 juillet 2000 : " I.-Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie :/ 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ;/2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ;/ 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ;/4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ;/ 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ;/ 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations.// ".
5. En l'espèce, par arrêté en date du 11 juillet 2019, toujours en vigueur, en l'absence de modification ou d'abrogation, mentionnant sa transmission aux services du contrôle de légalité de la préfecture ainsi que son affichage en mairie le même jour, conformément aux prescriptions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, le maire de Morangis a, sur le fondement des dispositions des articles L. 2212-1, L. 2212-2 et suivant du code général des collectivités territoriales relatifs à son pouvoir de police générale qu'il n'a pas pu transférer à l'établissement public territorial dont il est membre, a interdit le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du maire de Morangis doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que l'aire d'accueil de Morangis est indûment occupée par des familles sédentarisées et qu'ainsi la commune ne peut être regardée comme ayant satisfait à ses obligations d'accueil des gens du voyage énoncées à l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000, d'une part la préfète de l'Essonne fait valoir que, seules, quelques familles disposent d'une dérogation spécifique pour occuper de façon permanente cette aire dans l'attente de relogement, d'autre part, et en tout état de cause, les requérants n'établissent pas, et d'ailleurs n'allèguent même pas, avoir présenté une demande d'installation sur cette aire qui aurait été rejetée. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la commune de Morangis n'aurait pas satisfait à son obligation de disposer d'une aire d'accueil.
7. En cinquième et dernier lieu, pour prendre la décision attaquée, la préfète s'est fondée sur ce que l'occupation illicite par 55 caravanes et 39 véhicules, ainsi que de 124 occupants adultes et 186 enfants sur un terrain ne comportant aucune organisation de collecte de déchets, aucun dispositif d'évacuation des eaux usées adapté à cette situation, sur lequel sont stockés de nombreux sacs en plastique dont s'échappent des déchets entassés, et qui comporte plusieurs raccordements sauvages et non sécurisés au réseau électrique, situés à même le sol, sans protection contre les intempéries, est de nature à porter atteinte à la salubrité publique pour les personnes présentes sur le site, ainsi qu'à leur sécurité, compte tenu notamment des risques d'incendie ou d'électrocution. En outre, il ressort du rapport de constatation établi par le chef de la circonscription de la police nationale de Savigny-sur-Orge le 17 septembre 2024 que les occupants ont intimidé la maire de la commune qui tentait de s'opposer à leur installation sur un site situé au pied d'un immeuble d'habitation, engendrant des conflits avec les riverains. Dans ces conditions, compte-tenu également de la situation du terrain en bordure d'une artère particulièrement empruntée, cette installation est de nature à porter atteinte à la tranquillité publique. Dans ces conditions, la préfète, qui a fixé un délai suffisant aux requérants pour quitter les lieux, a pu légalement en déduire, sans erreur d'appréciation, que le stationnement non autorisé de résidences mobiles sur le terrain en cause était de nature à porter atteinte à la tranquillité, la salubrité et la sécurité publiques, et à justifier l'édiction de la mise en demeure.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté de la préfète de l'Essonne en date du 27 septembre 2024 serait entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. D et F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B D et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles le 4 octobre 2024 .
Le magistrat désigné,
Signé
Ch. Descours-Gatin La greffière,
Signé
N. Gilbert
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2408461
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2601014
Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé, a été saisi d'une demande de liquidation d'une astreinte pour inexécution tardive d'une injonction de réexaminer une demande de titre de séjour. Le juge a constaté l'exécution tardive de l'injonction par la préfète de l'Essonne et a procédé à la liquidation définitive de l'astreinte, en modulant son montant. Il a condamné l'État à verser 2 000 euros au requérant au titre de cette astreinte, en application des articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.
05/02/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2512648
Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en urgence sur le fondement de l’article L. 779-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C. et autres demandant l’annulation de l’arrêté préfectoral du 22 octobre 2025 les mettant en demeure de quitter un terrain à Lisses. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment le défaut de motivation et la méconnaissance de la loi du 5 juillet 2000 relative à l’accueil des gens du voyage, après avoir constaté que les requérants avaient renoncé au moyen d’incompétence. La solution retenue confirme la légalité de la procédure d’évacuation forcée engagée par la préfète de l’Essonne.
27/10/2025
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2512512
Le Tribunal administratif de Versailles a été saisi en référé par M. B... pour contester l'arrêté du 20 octobre 2025 du préfet des Yvelines ordonnant l'évacuation sous 24 heures de gens du voyage stationnés illégalement sur la commune d'Épône. Le juge des référés a annulé cette décision, estimant que le préfet n'avait pas démontré de manière suffisante que le stationnement portait une atteinte grave et immédiate à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, au sens de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000. Il a notamment relevé que les branchements électriques et sur la borne incendie ne présentaient pas de risque avéré d'incendie ou d'obstacle à l'usage des secours.
22/10/2025