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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409706

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409706

lundi 17 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409706
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantVANDERLYNDEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B A, ressortissant sénégalais, qui contestait l'arrêté du 10 octobre 2024 de la préfète de l'Essonne refusant le renouvellement de sa carte de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable en l'espèce. Il a également jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu des sept condamnations pénales de l'intéressé entre 2016 et 2020 pour des infractions liées aux stupéfiants et à l'ordre public, établissant une menace pour l'ordre public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 novembre 2024 et 25 février 2025, M. B A, représenté par Me Vanderlynden, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au renouvellement de sa carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouardes, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 14 novembre 1997, est entré en France en mars 2003. Il a obtenu deux documents de circulation pour étranger mineur valables de juin 2005 à juin 2010 puis de juillet 2010 à juillet 2015. Il a ensuite obtenu trois titres de séjour, valables d'octobre 2016 à octobre 2019. Enfin, il a obtenu une carte de séjour valable du 21 octobre 2019 au 20 octobre 2023. Il est depuis maintenu sous récépissé. Il a déposé le 11 décembre 2023 une demande de renouvellement de sa carte de séjour. Par un arrêté du 10 octobre 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué n'étant pas une mesure d'expulsion prise sur le fondement de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du même code, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 631-3 de ce code.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient qu'il est entré en France à l'âge de cinq ans et produit pour en justifier des certificats attestant qu'il a été scolarisé dans une école maternelle en France dès 2002, puis qu'il a suivi une formation de BTS Comptabilité et Gestion pour l'année scolaire 2016/2017, et enfin qu'il a travaillé en produisant deux contrats de travail allant du 18 octobre 2024 au 31 octobre 2024 et du 1er novembre 2024 au 30 novembre 2024. Il produit également une attestation d'employeur, datée du 4 février 2025, selon laquelle il travaille toujours au sein de Hercule Insertion, en contrat à durée déterminée depuis le 18 octobre 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de sept condamnations entre 2016 et 2020, à savoir une condamnation à quatre mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants, une condamnation à 6 mois d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants, une condamnation à une peine de 600 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants, une condamnation à 400 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants, une condamnation à une peine de 200 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants, une condamnation à une peine de 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants et, enfin, une condamnation à trois mois d'emprisonnement pour dégradation ou détérioration du bien d'autrui, menace de crime ou délit, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Au surplus, la préfète de l'Essonne relève que la consultation du traitement des antécédents judiciaires laisse apparaître treize signalements. Dans ces conditions, compte tenu du nombre de condamnations prononcées contre le requérant pour de nombreuses infractions commises sur une longue période, dont la dernière en date du 4 novembre 2020 pour détention non autorisée de stupéfiants, la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne peut être regardé, par les pièces qu'il produit, comme justifiant d'une réelle insertion sociale et professionnelle en France, la décision de refus de renouvellement de sa carte de séjour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 10 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Fraisseix, premier conseiller

Mme Marc, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

P. Ouardes

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Fraisseix

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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