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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2410710

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2410710

lundi 31 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2410710
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAIK

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A, un ressortissant ivoirien, qui contestait les décisions du préfet de police de Paris du 22 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour de 24 mois. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut d'examen de sa situation personnelle, et la violation de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). Il a jugé que les décisions étaient suffisamment motivées et que le préfet avait procédé à un examen complet de la situation de M. A. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 décembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. C A.

Par cette requête, enregistrée le 22 novembre 2024, M. C A, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 octobre 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires, présentées pour M. A par Me Haik, ont été enregistrées le 14 mars 2025 postérieurement à la clôture automatique de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien, né le 23 décembre 1996, est entré en France à une date inconnue. Le 21 octobre 2024, il a fait l'objet d'un signalement pour conduite d'un véhicule sans permis et exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre. Par des décisions du 22 octobre 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01455 du 1er octobre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture sous le n° 75-2024-625, le préfet de police a donné à M. B D, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestes auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. A, en mentionnant notamment les conditions de son séjour sur le territoire français et des faits relatifs à son comportement. En particulier, si le requérant soutient qu'il a effectué une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture des Yvelines en vue du dépôt d'un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige au regard de sa motivation. De plus, l'arrêté en litige vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1 1°, fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué contient, ainsi, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et permet au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, mais il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A a été interpellé par les services de police le 21 octobre 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis et exploitation de transport avec chauffeur sans inscription au registre. Par ailleurs, s'il se prévaut de son insertion professionnelle sur le territoire français, il ne produit à l'appui de ses allégations qu'une seule fiche de paye pour le mois de décembre 2021 et ne démontre ainsi pas une insertion professionnelle suffisante. De plus, s'il soutient avoir déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, la seule production d'échanges de mails avec les services de la préfecture des Yvelines ne permet pas d'établir que son dossier de demande de titre aurait effectivement été enregistré par les services de la préfecture. Par ailleurs, s'il allègue être pacsé avec une ressortissante étrangère en situation régulière, la seule production d'un contrat de location et d'une facture d'un opérateur téléphonique, ne saurait davantage établir la réalité et l'intensité des liens qu'il entretient avec sa conjointe. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a pas ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des décisions du 22 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Fraisseix, premier conseiller,

Mme Marc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2025.

La rapporteure,

signé

E. Marc

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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