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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2502488

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2502488

vendredi 4 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2502488
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMASILU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a examiné la requête de M. A, ressortissant italien, contestant l'arrêté préfectoral du 4 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de circulation de trois ans. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes d'annulation, estimant que la décision était suffisamment motivée et ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue se fonde notamment sur l'existence de condamnations pénales et de signalements pour des faits de violence, justifiant la mesure d'éloignement au regard de la menace à l'ordre public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par deux requêtes enregistrées le 10 mars 2025 sous les n° 2502488 et 2502619, M. B A, alors détenu au centre pénitentiaire de Fleury-Merogis et représenté par Me Masilu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2025 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de retirer le signalement aux fins de non-admission ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire souffre d'une insuffisante motivation en droit et en fait et ne procède pas d'un examen approfondi de sa situation ;

-elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'il n'a été à aucun moment mis en mesure de présenter des observations pertinentes susceptibles d'influer sur son sens ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'existence de condamnations pénales antérieures ne saurait à elle seule justifier une telle mesure tandis qu'il n'est pas fait référence à sa situation individuelle, à sa durée de séjour sur le territoire pas plus qu'à sa situation familiale et économique et alors que les infractions ne sont pas répétées ;

-elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit depuis dix ans en France avec sa mère et son frère de nationalité italienne et justifie d'une excellente insertion sociale et professionnelle sur le territoire ;

-la décision lui interdisant la circulation sur le territoire pendant une durée de trois ans est illégale par voie d'exception et souffre d'une incompétence de son auteur ;

-elle est insuffisamment motivée, en violation des dispositions des articles L.211-2 et L.211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne procède pas d'un examen individuel de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2025 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Masilu, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant toutefois retirer les moyens tenant à l'incompétence de l'auteur de l'acte et à la méconnaissance du droit d'être entendu, et en insistant sur le caractère de première condamnation dont le rquérant a fait l'objet et sur l'absence totale de liens dans le pays d'origine.

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes n°2502488 et 2502619 présentées par M. B A concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions d'annulation :

2. M. B A, ressortissant italien né le 5 novembre 2001, a été condamné le 10 février 2025 par le tribunal correctionnel de Bobigny à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour transport sans motif légitime d'arme, munition, ou de leurs éléments de catégorie B, dégradation ou détérioration de bien d'autrui commise en réunion, détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B. Antérieurement, il a fait l'objet de plusieurs signalisations pour vol et violences. Par une décision du 24 février 2025, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, telles notamment qu'exposées par l'intéressé lors de son audition administrative du 21 janvier 2025, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui interdire la circulation sur le territoire pour une durée de trois ans. Dès lors, cet arrêté, qui notamment fait état de la condamnation dont le requérant a fait l'objet et décrit sa situation familiale, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. De même, il ne ressort ni des mentions de la décision ni des autres pièces du dossier que la préfète ne se serait pas livrée à un examen individuel de la situation de M. A.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 10 février 2025 par le tribunal correctionnel de Bobigny à deux ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, pour transport sans motif légitime d'arme, munition, ou de leurs éléments de catégorie B, dégradation ou détérioration de bien d'autrui commise en réunion, détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, tandis qu'il avait déjà fait l'objet de plusieurs signalisations, notamment pour des faits de vol et violence. Dans ces conditions, la préfète de l'Essonne a pu, sans erreur d'appréciation, considérer que le comportement de M. A, tel que sanctionné par le tribunal correctionnel, constituait toujours une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant son éloignement du territoire français alors même qu'il n'aurait fait l'objet que d'une première condamnation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des disposions précitées ne peut qu'être écarté.

7. Par ailleurs, si le requérant expose que l'ensemble de sa famille réside sur le territoire français, il est lui-même célibataire, sans charge de famille et ne justifie, depuis sa période de formation en milieu professionnel réalisée en 2018 dans le cadre d'une convention passée avec le lycée professionnel Théodore Monod, d'aucune insertion sociale ou professionnelle sérieuse en se bornant à produire deux bulletins de salaires établis par la société Teamex en 2021 et une lettre valant promesse d'embauche datée du 20 février 2025 émise par la société KLP Distribution. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de son comportement d'ensemble sur le sol français, la décision de la préfète de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus qu'elle n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Essonne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai.

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision du 24 février 2025 de la préfète de l'Essonne n'est pas illégale. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision de la préfète de l'Essonne lui interdisant la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

10.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2502488 et 2502619 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.

La magistrate désignée,

Signé

M. C Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2502488-2502619

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