jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2502821 |
| Type | Décision |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2025, complétée par une pièce enregistrée le 18 mars 2025, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet des Hauts de Seine a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français d'une durée de trois ans ainsi que les conséquences de cette dernière décision s'agissant de l'inscription de son nom dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, celle-ci :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que sa sœur est franco-tunisienne et ses parents sont titulaires d'un titre de séjour de 10 ans ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
s'agissant de la décision fixant le pays de destination, celle-ci :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, celle-ci :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée car il n'a jamais fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français,
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés le 17 mars 2025, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier et notamment la demande du requérant d'être assisté par l'avocat de permanence et de bénéficier d'un interprète.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mars 2025 tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme Gosselin ;
- les observations de Me Maio, avocat de permanence qui précise que le requérant accepte de partir en Tunisie, mais avec un délai et sans interdiction de retour sur le territoire français ; donc il n'y a pas de risque objectif ; que les quatre critères de l'interdiction de retour sur le territoire français ne sont pas analysés, qu'il a de la famille en France et qu'il ne constitue pas de menace à l'ordre public ;
- les observations de M. A, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui indique qu'il voulait se faire régulariser, mais n'a pas pu et qu'il n'a jamais pu apprendre le français, faute de place.
- le préfet des Hauts de Seine n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant de nationalité tunisienne, né le 1er août 1982 à Médine (Tunisie). Il est entré en France en mai 2022 muni d'un visa court séjour. Par un arrêté du 12 mars 2025 dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Hauts de Seine a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, attachée de l'administration de l'Etat, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et des examens spécialisés, qui bénéficiait, par arrêté SGAD n°2025-01 du 15 janvier 2025, d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, après avoir visé les textes applicables, mentionne l'état civil du requérant ainsi que sa situation tant administrative que familiale ; ces données ne sont pas contestées par le requérant qui peut ainsi contester utilement la décision attaquée. Celle-ci est donc parfaitement motivée en droit et en fait.
4. En troisième lieu il ressort tant des pièces du dossier que des propos tenus à la barre que M. A est célibataire, sans enfant, que contrairement à ses écritures, ses parents ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence, mais résident toujours en Tunisie, avec les huit frères et sœurs de l'intéressé. Celui-ci est sans travail régulier, n'a aucune charge de famille et ne témoigne d'aucune intégration professionnelle, sociale ou associative. Par suite, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En quatrième lieu et pour les mêmes raisons, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
6. Pour les motifs rappelés au point 2, la décision attaquée a été prise par une autorité compétente pour ce faire.
7. Pour les motifs rappelés au point 3, cette décision est également suffisamment motivée.
8. Compte tenu de ce qui précède, M. A ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
S'agissant de la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Pour les motifs rappelés au point 2, la décision attaquée a été prise par une autorité compétente.
10. Aux termes du paragraphe III de l'article L. 511-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée au premier alinéa du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent au huitième alinéa du III de l'article cité ci-dessus, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
12. Or, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français tient compte de la durée de présence de M. A sur le territoire français et de son absence de liens anciens familiaux ou personnels avec la France. Au surplus, le préfet a visé l'article L.612-3 2° et a rappelé que le requérant s'est maintenu en France au-delà du délai de son visa ; s'agissant du risque de fuite, les dispositions de l'article L.612-3 2° du même code rappellent qu'un étranger présente un risque s'il se soustrait à une obligation de quitter le territoire français, notamment s'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de la validité de son visa, ce qui est le cas de M. A. Le préfet des Hauts de Seine a donc suffisamment motivé sa décision.
13. Compte tenu de ce qui précède, M. A ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
14. Enfin l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". M. A se prévaut de ces dispositions pour invoquer l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. Compte tenu de ce qui précède, notamment au point n° 12, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, ses conclusions en injonction et en astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts de Seine.
Lu en audience publique le 20 mars 2025
Le magistrat désigné,
signé
C. Gosselin Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2503074
Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A B, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines du 4 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait pas les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, y compris les demandes d'injonction et de frais de justice.
30/06/2025
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2503029
Le Tribunal Administratif de VERSAILLES a rejeté la requête de M. D, ressortissant afghan, qui contestait un arrêté préfectoral du 31 janvier 2025 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'incompétence de la signataire, le défaut de motivation et le défaut d'examen de sa situation personnelle. Il a également jugé que la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'était pas applicable aux décisions d'obligation de quitter le territoire français, régies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme a été rejeté, le requérant n'apportant pas d'éléments suffisants démontrant un risque réel de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Afghanistan.
30/06/2025
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502884
Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant que l'arrêté était régulier et fondé sur les textes applicables, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. C, confirmant la légalité des décisions préfectorales.
30/06/2025