lundi 17 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2502918 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DEBUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2025, la SARL Le relais de la Benerie, représentée par Me Debut, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision du maire de la commune de Limours en Hurepoix en date du 13 février 2025 ainsi que les décisions des 27 février et 10 mars 2025 de ce maire refusant de faire examiner par la commission communale de sécurité les diligences exécutées par elle aux fins de remplir les obligations mises à sa charge par l'avis de la commission communale de sécurité du 5 février 2025 ou de suspendre l'exécution de ces décisions ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Limours en Hurepoix dans un délai de huit jours à compter de la date de la notification de l'ordonnance à intervenir de convoquer la commission de sécurité communale aux fins de procéder à une nouvelle visite des installations exploitées par elle situées ferme de la Benerie à Limours en Hurepoix, de faire constater par cette commission les diligences et aménagements opérés suite à l'avis du 5 février 2025 notifiées et justifiées par elle le 25 février 2025, de demander à cette commission un nouvel avis sur l'établissement en distinguant et en situant clairement les aménagements relevant des dispositions de l'articles GN10 du règlement de sécurité approuvé par l'arrêté ministériel du 25 juin 1980 et à l'issue du nouvel avis de prendre une nouvelle décision sur l'autorisant d'exploitation en assortissant les éventuelles obligations de la société exploitante au titre de la législation sur les établissements revenant du public qui resteraient à exécuter dans un délai raisonnable d'exécution ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Limours en Hurepoix la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la notification préalable du procès-verbal de visite de la commission de sécurité du 5 février 2025 ne remplit pas les obligations posées par l'article R. 143-42 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il désigne, comme l'arrêté de fermeture du 13 février 2025 et la décision de maintien de la fermeture du 27 février 2025, l'association de la Benerie et non la société exploitante ; l'arrêté du 13 février 2025 n'est pas motivé en fait et en droit, la lettre du 27 février 2025 mentionne " d'autres points " sans les préciser, la décision du 10 mars 2025 ne comporte aucune motivation précise ; par ailleurs, elle n'a pas été mise en demeure préalable de procéder aux obligations mises à sa charge en méconnaissance des articles L. 143-3 I 2ème alinéa du code précité et de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la procédure contradictoire n'a pas été mise en œuvre car la connaissance de M. A des avis de la commission ne signifie pas qu'il avait en revanche connaissance de la décision du 13 février 2025 et le maire ne pouvait pas maintenir l'arrêté de fermeture sans avoir préalablement saisi à nouveau la commission de sécurité pour constater les travaux réalisés ; les décisions sont disproportionnées et les prétendues non conformités sont dépourvues d'urgence et ont été levées ;
- la fermeture administrative en litige porte atteinte au droit de disposer d'un bien corolaire du droit de propriété, au droit à la liberté du commerce corolaire de la liberté d'entreprendre, au droit à la liberté du travail, au droit à l'équité processuelle portée par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la condition de l'urgence est remplie en raison de l'arrêt total de l'activité de la société avec des conséquences sociales et économiques graves car M. A a demandé au tribunal de commerce d'Evry-Courcouronnes une mesure de sauvegarde en application de l'article L. 620-1 du code de commerce avec un passif de 61 227,44 euros et des salaires du mois de mars pris en charge par l'agence de la garantie des salaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.
3. À la suite de la visite périodique de la commission communale de sécurité de la commune de Limours en Hurepoix des locaux d'exploitation de la SARL Le relais de la Benerie réalisée le 3 février 2025, ayant donné lieu à un procès-verbal le 5 février 2025, cette commission a émis un avis défavorable à la poursuite de l'activité de la société ainsi qu'une demande d'arrêt immédiat. Le maire de la commune de Limours en Hurepoix a pris le 13 février 2025 un arrêté de fermeture administrative puis a maintenu le 27 février cette fermeture en refusant une nouvelle visite.
4. En premier lieu, il résulte des dispositions citées au point 1 de la présente ordonnance que le juge des référés qui statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire, ne peut, sans excéder sa compétence, prononcer l'annulation d'une décision administrative ou mettre fin, à titre définitif, à des mesures que l'administration a prises. Par suite, les conclusions présentées à ces fins dans le cadre de la présente instance sont irrecevables.
5. En second lieu, si la liberté d'entreprendre, le droit au travail ainsi que la liberté du commerce et de l'industrie, auxquels la société requérante estime que les décisions litigieuses portent une atteinte grave et manifeste, constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ces libertés s'entendent de celles d'exercer une activité économique dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur et conformément aux prescriptions qui leur sont légalement imposées.
6. D'une part, l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. / La vérification de la conformité aux règles prévues à l'article L. 161-1 n'est pas exigée lorsque les travaux n'ont pas d'incidence sur l'accessibilité du cadre bâti. Il en va de même pour la vérification de la conformité aux règles prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2 lorsque les travaux n'ont pas d'incidence sur le niveau de sécurité contre l'incendie. / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire doit être obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public ". En outre, l'article L. 143-3 du même code dispose que : " I. - Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. / L'arrêté de fermeture est pris après mise en demeure restée sans effet de l'exploitant ou du propriétaire de se conformer aux aménagements et travaux prescrits ou de fermer son établissement dans le délai imparti () ".
7. Il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée, que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de la décision administrative en cause et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. La seule circonstance que les décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, à la supposer établie, ne saurait par elle-même porter une atteinte grave à la liberté d'entreprendre, au droit au travail et à la liberté du commerce et de l'industrie, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
8. D'autre part, la société requérante ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire dans le cadre du présent recours, qui ne sauraient, par lui-même porter une atteinte grave à une liberté fondamentale.
9. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du contrôle effectué le 3 février 2025, qu'ont été mis en évidence des non-conformités majeures à la réglementation en vigueur en matière de sécurité des locaux de la partie hôtellerie de l'établissement Le relais de la Benerie comme notamment la non-conformité du rapport électrique du bureau de contrôle, le dysfonctionnement de la coupure d'urgence électrique, le dysfonctionnement de la mise au repos de l'éclairage de sécurité ou encore des travaux en cours et un stockage anarchique dans la zone dite désaffectée, de la partie restaurant de l'établissement précité, comme le caractère non praticable de l'une des issues de secours, de la partie grande salle " La grange " de l'établissement, comme l'absence de vérifications des appareils de chauffage utilisant un combustible gazeux. En outre, différentes observations provenant de la dernière visite de la commission communale de sécurité n'ont pas été levées notamment pour la grande salle " La grange " et la mezzanine de cette salle. Ces faits établis sont susceptibles de présenter de graves et imminents dangers pour la sécurité publique dans le cadre d'un établissement recevant du public. Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas, qu'à la date de la présente ordonnance, l'ensemble des non-conformités en matière de sécurité ayant justifié la fermeture au public ont été régularisées ou ne seraient pas de nature à exposer le public à des risques d'une particulière gravité en cas d'incendie ou de panique. La mesure demandée au juge des référés tend donc à faire cesser l'atteinte portée à la liberté de la société requérante à poursuivre l'exploitation de son établissement sans se conformer à des prescriptions légalement imposées, dans l'intérêt de la sécurité publique, par l'autorité compétente. Compte tenu du risque sérieux pour la sécurité du public accueilli, la fermeture de l'établissement Le relais de la Benerie jusqu'à sa mise en conformité n'apparaît pas disproportionnée. Par suite, la requérante ne justifie pas, en l'état de l'instruction, d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
10. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, la présente requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE:
Article 1er : La requête de la SARL Le relais de la Benerie est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Le relais de la Benerie.
Copie en sera adressée au maire de la commune de Limours en Hurepoix.
Fait à Versailles, le 17 mars 2025.
Le juge des référés
signé
P. Fraisseix
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.