mercredi 16 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2502936 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CARDOSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2025, M. B A, représenté par Me Cardoso, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer, à titre provisoire et conservatoire, la carte de résident portant la mention " Réfugié " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance ;
4°) subsidiairement, lui délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, ou une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'examen de sa demande de carte de résident et ce à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Cardoso en application du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle ; de lui verser la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
Ile soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence de titre de séjour le place dans une situation d'extrême précarité administrative et économique, dès lors que le renouvellement d'une attestation de prolongation d'instruction n'est pas garanti, qu'il risque l'éloignement et que son employeur ne peut l'embaucher en CDI, et qu'il est dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale;
- les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision.
La préfète de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 mars 2025 sous le numéro 2502935 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jauffret, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Jauffret a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 10 janvier 1997, a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 31 janvier 2023. Il a déposé le 23 février 2023 une demande de délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié et s'est vu remettre plusieurs attestations de prolongation d'instruction successives. N'ayant pu obtenir le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, ni la délivrance du titre de séjour sollicité, M. A demande, par la présente requête, au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. La décision attaquée, refusant implicitement à M. A la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié, le place dans une situation de précarité administrative et financière l'empêchant de séjourner régulièrement et de pourvoir à ses besoins, alors même que l'OFPRA lui a reconnu la qualité de réfugié par une décision du 31 janvier 2023. En l'absence par ailleurs de toute observation en défense de la part de la préfète de l'Essonne, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.
6. Les moyens tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Yvelines a implicitement refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
9. La suspension des effets de l'exécution de la décision en litige implique que la préfète de l'Essonne procède à un réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre dans un délai de quinze jours et durant le temps de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. M. A, ainsi qu'il a été dit, est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cardoso, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cardoso de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros précitée sera versée à l'intéressé.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Essonne refusant de délivrer à M. A une carte de résident en qualité de réfugié est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de M. A et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cardoso renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Cardso, avocat de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 16 avril 2025 .
Le juge des référés,
signé
E. Jauffret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.