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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2502986

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2502986

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2502986
TypeDécision
Avocat requérantBULAJIC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 4 février 2025 refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B, présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Le juge des référés a estimé que la requête en annulation de cette décision était irrecevable, ce qui empêchait de caractériser un doute sérieux sur sa légalité. En conséquence, la condition d'urgence n'a pas été examinée. La décision s'appuie sur les articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Bulajic, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 février 2025 refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de la convoquer afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la prive de son droit de voir sa situation examinée et d'accéder au titre de séjour alors qu'elle remplit les conditions prévues par la loi ; en outre, cette décision la place dans une situation de précarité absolue en ce qu'elle l'expose à un risque d'éloignement et qu'elle compromet directement la poursuite de sa scolarité alors qu'elle prépare activement son baccalauréat, dès lors qu'un titre de séjour lui est nécessaire pour effectuer sa formation en milieu professionnel, elle-même nécessaire à la validation de son année scolaire ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que cette décision est entachée d'un défaut de motivation, et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle est entachée d'une inexacte application de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur de droit dès lors que ni les dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11, ni l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers en France n'impose la production des avis d'imposition des cinq dernières années et que son dossier était parfaitement complet ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle est entachée de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 février 2025 sous le numéro 2501588 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Lellouch a lu son rapport et entendu les observations de Me Bulajic, représentant Mme B, en présence de l'intéressée.

La préfète de l'Essonne n'était ni présente ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 15h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 12 janvier 2007, de nationalité serbe, déclare être entrée en France le 1er décembre 2019 et y résider depuis lors auprès de sa mère et de son beau-père. Elle a sollicité sur le site " démarches simplifiées " la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " jeune majeure " sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France. Par une décision du 4 février 2025, l'agent au guichet de la préfecture d'Evry-Courcouronnes a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur la décision de refus d'enregistrement :

2. Lorsque la requête en annulation d'une décision administrative, faisant l'objet d'une demande de suspension présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est irrecevable, cette demande de suspension doit être rejetée comme non fondée. Dans ce cas, aucun des moyens soulevés à l'appui de la requête formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". L'annexe 10 au même code fixe la liste des pièces requises, pour l'enregistrement d'une demande, pour chaque catégorie de titre de séjour.

4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 433-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

5. Aux termes de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 35 / Titre de séjour pour motif familial / CST portant la mention " vie privée et familiale " délivrée à l'étranger résidant habituellement en France depuis l'âge de treize ans / L. 423-21 : 2. 2. Pièces à fournir en première demande : - justificatifs de résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans : inscription dans un établissement scolaire, bulletins scolaires, documents administratifs ; - justificatifs de résidence en France d'un ou des parents depuis que l'enfant a eu treize ans : tout justificatif probant (un par semestre) ; - document de séjour de l'un des parents à Mayotte depuis que l'enfant a eu treize ans. ".

6. Il résulte de l'instruction que les services préfectoraux de l'Essonne ont refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B au motif que l'intéressée ne fournissait pas la preuve de la régularité du séjour de ses parents. Toutefois, la liste fixée par l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas, pour l'enregistrement d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 de ce code, la production des avis d'imposition relatives aux cinq dernières années. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le dossier présenté par l'intéressée était dépourvu d'un autre document requis par l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit qu'en exigeant la production de tels justificatifs et en refusant ainsi d'enregistrer la demande de titre de séjour, le préfet a pris une mesure qui a le caractère d'un acte faisant grief dont l'intéressée est recevable à demander la suspension.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

8. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

9. Il résulte de l'instruction que Mme A B est entrée en France le 1er décembre 2019 à l'âge de 12 ans et qu'elle y réside depuis avec sa mère et son beau-père. Elle est actuellement scolarisée en classe de première professionnelle. Elle a été convoquée le 4 février 2025 à la sous-préfecture d'Evry-Courcouronnes pour déposer une demande titre de séjour sur le fondement l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle doit, en application de ces dispositions, être déposée avant le dix-neuvième anniversaire de l'intéressée. La décision en litige, par laquelle l'agent au guichet a refusé d'enregistrer cette demande, créé une rupture dans le droit au séjour de Mme B dès lors que jusqu'à la date de cette décision, elle se trouvait en situation régulière, étant arrivée mineure sur le territoire et ayant introduit sa demande de titre de séjour avant ses 19 ans. Par ailleurs, la décision litigieuse met en péril la poursuite de sa scolarité en ce qu'elle l'empêche de réaliser un stage professionnel obligatoire pour valider son année. Dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence doit donc être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

10. En l'état de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé au point 6 de la présente ordonnance, les avis d'imposition d'un ressortissant étranger présentant sa demande sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile ou de ses parents ne sont pas au nombre des pièces mentionnées aux articles R. 431-10 et R. 431-11 de ce code ainsi qu'à l'annexe 10 à ce code. Dès lors, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propreà créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

11. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

13. Le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni décider l'annulation d'une décision administrative ni prononcer une injonction qui, ayant des effets identiques à la mesure d'exécution que devrait prendre l'administration à la suite d'une annulation pour excès de pouvoir, n'aurait pas le caractère d'une mesure provisoire.

14. La suspension de la décision de refus d'enregistrement implique seulement mais nécessairement que soit fixée une nouvelle date de rendez-vous pour permettre à Mme B de déposer son dossier de demande de titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et que sa demande d'enregistrement de ce dossier soit réexaminée au regard des motifs de cette ordonnance, en particulier ceux exposés aux points 6 et 10.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision du 4 février 2025 portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la préfète de l'Essonne d'inviter Mme B à se présenter aux services des étrangers pour déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de 15 jours suivant la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande d'enregistrement de ce dossier au regard des motifs exposés aux points 6 et 10 de la présente ordonnance.

Article 3 :L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros (huit cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur

Fait à Versailles, le 3 avril 2025.

La juge des référés,

signé

J. Lellouch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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