jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2503326 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MALEKIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2025, M. A B, représenté par Me Malekian, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, renouvelable pendant toute la durée d'instruction de la requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de la condition d'urgence : elle est satisfaite, dès lors qu'il s'agit d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; il se retrouve sans droit au séjour, dès lors qu'il n'a pas été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction ; il risque une rupture définitive de son contrat de travail ;
- s'agissant de la condition tenant au doute sérieux : en premier lieu, la décision en litige est insuffisamment motivée ; en deuxième lieu, elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il aurait dû se voir délivrer une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande ; en troisième lieu, la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le titre III du Protocole annexe à l'accord franco-algérien et les articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en quatrième lieu, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 avril 2025, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Marc ;
- et les observations de Me Malekian, pour M. B, présent, qui persiste en ses conclusions et moyens ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience, à 11 heures 23.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 1er février 2000, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. S'agissant de l'urgence, la condition doit être regardée comme remplie dès lors qu'il n'est pas contesté que la demande déposée par M. B est une demande de renouvellement de titre de séjour.
5. S'agissant du doute sérieux, et l'état de l'instruction, la préfète de l'Essonne n'ayant pas présenté d'observation ni produit de pièce à la suite de la communication de la requête et n'étant ni présente ni représentée à l'audience, le moyen soulevé tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant, doit être regardé comme de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
6. Il résulte de ce qu'il précède qu'il y a lieu de prononcer la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
7. La suspension de l'exécution de la décision contestée implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. B, dans un délai de huit jours, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de munir M. B d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision suspendue.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros (huit cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.
Fait à Versailles, le 10 avril 2025.
La juge des référés,
signé
E. Marc
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.