lundi 23 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2506548 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | LEBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juin 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 juin 2025, Mme B A, représentée par Me Leblanc, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne (sous-préfet de Palaiseau) sur sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Leblanc, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, il est sollicité que le versement soit réalisé au bénéfice de Mme A.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne la condition d'urgence : elle est satisfaite, dès lors qu'il s'agit d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; en outre, son attestation de prolongation ayant expiré le 20 avril 2025, son employeur l'a informée ne plus pouvoir lui proposer de travail du fait de l'absence de titre régularisant son séjour en France ; de plus, l'accès au versement des aides de la CAF ont été suspendus depuis le mois d'avril, du fait de l'absence de renouvellement de son titre de séjour ;
- en ce qui concerne le doute sérieux : en premier lieu, la décision en litige est insuffisamment motivée, alors qu'une communication des motifs a été demandée ; en deuxième lieu, la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en troisième lieu, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en quatrième lieu, la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction de la demande de la requérante lui a été délivrée le 7 mai 2025, laquelle est valable jusqu'au 6 août 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience du 17 juin 2025, à 15 heures 15.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 19 décembre 1969, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne (sous-préfet de Palaiseau) sur sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En outre, aux termes de l'article R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ".
5. Si la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, il résulte toutefois de l'instruction que Mme A était titulaire, lors de l'introduction de sa requête, d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, valable du 7 mai 2025 au 6 août 2025, dont elle n'a pas fait état dans ses écritures, contrairement à ce qui ressort clairement des mentions du relevé AGDREF versé par la préfète de l'Essonne. La requérante n'établit pas que ladite attestation ne lui ouvrirait pas des droits similaires à l'attestation précédemment détenue, notamment le droit de travailler et celui de percevoir des droits sociaux. A cet égard, si elle soutient que les versements opérés par la CAF ont été suspendus, les pièces versées au dossier ne l'établissent pas. Ainsi, en l'état de l'instruction, Mme A n'établit pas que les effets de la décision qu'elle conteste porteraient une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.
6. Par suite, l'une des conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions présentées par la requérante sur ce fondement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et au titre de l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 23 juin 2025.
La juge des référés,
signé
E. Marc
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.