mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102291 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2021 sous le n°2102291, et un mémoire enregistré le 24 novembre 2021, la communauté de communes du territoire Nord Picardie, venant aux droits de la communauté de communes du Bernavillois, représentée par Me Chivot, demande au juge des référés de prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer les désordres affectant l'école maternelle située rue du Général Leclerc sur le territoire de la commune de Fienvillers et les moyens d'y remédier en présence de :
- M. E F ;
- Mutuelle des architectes français (MAF) ;
- SA SMAC ;
- la société mutuelle d'assurances du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) ;
- M. E A ;
- SA MMA ;
- SAS Qualiconsult ;
- et SA AXA France Iard.
Il est fait valoir que :
- la communauté de communes du territoire Nord Picardie, venant aux droits de la communauté de communes du Bernavillois a entrepris des travaux d'extension de l'école maternelle située sur le territoire de la commune de Fienvillers et dans le cadre de ce chantier, a confié la maîtrise d'œuvre à M. E F, architecte ;
- le lot charpente a été attribué à l'entreprise Dominique A et le lot étanchéité zinguerie à la société SMAC ;
- la mission de contrôleur technique a été confiée à la société Qualiconsult ;
- les travaux ont été réceptionnés le 19 juillet 2011 avec réserves pour certains lots ;
- une levée des réserves a été régularisée le 20 février 2013 pour le lot n°3 et le lot n°2 ;
- des désordres affectant la couverture de l'extension, notamment la membrane en EPDM et des traces de blanchiment des sous-faces de plafond avec écoulement d'eau dans la zone cuisine ont été relevés et ont été déclarés par la communauté requérante auprès de son assureur dégâts des eaux ;
- une réunion d'expertise a été organisée le 19 avril 2021 par le cabinet Saretec experts aux fins d'examiner les désordres au contradictoire des entreprises concernées, à savoir pour le lot charpente, l'entreprise A assurée auprès des MMA, pour le lot étanchéité, la SMAC IDF Nord Normandie assurée auprès de la SMABTP, M. E F assuré à la MAF et la société Qualiconsult assurée par la société AXA France Iard ;
- il résulte du rapport établi par le cabinet Saretec à la suite de la réunion d'expertise, que les travaux consistant en la réalisation du toit terrasse sont manifestement viciés ;
- dans le cadre de la réunion, l'entreprise SMAC acceptait d'intervenir en réparation à la différence de l'entreprise A ;
- dans ces conditions, la mesure d'expertise sollicitée s'avère donc utile pour déterminer la nature et la cause des nombreux désordres constatés.
Par un mémoire, enregistré le 15 juillet 2022, la société Qualiconsult et la société AXA France Iard, représentées par Me Grardel, demandent au juge des référés de dire et juger qu'elles sont recevables et bien fondées en ce qu'elles émettent toutes protestations et réserves sur la demande d'expertise et qu'elles se réservent le droit d'opposer aux parties toute fin de non-recevoir, nullité ou moyen de fait et de droit, ainsi que l'opportunité d'exercer tout recours à l'encontre d'entités dont la responsabilité pourrait s'avérer engagée dans le cadre des faits soumis à la présente juridiction et de réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2021, la société MMA Iard, représentée par la
SCP Cottignies Cahitte Desmet, demande au juge des référés, de constater qu'elle s'en rapporte à justice sur le mérite de la demande d'expertise judiciaire et qu'elle formule toutes protestations et réserves et de condamner la communauté requérante aux dépens.
Elle fait valoir que M. A a souscrit une police d'assurance couvrant sa responsabilité décennale ayant pris effet le 1er avril 1992 et résiliée depuis le 1er janvier 2016.
Par un mémoire, enregistré le 22 juillet 2021, la société MMA Iard et la société MMA Iard Assurances Mutuelles, représentées par la SCP Cottignies Cahitte Desmet, demandent au juge des référés de dire recevable l'intervention volontaire de la société MMA Iard Assurances Mutuelles, de constater qu'elles s'en rapportent à justice sur le mérite de la demande d'expertise judiciaire et qu'elles formulent toutes protestations et réserves et de condamner la communauté requérante aux dépens.
Elle font valoir que M. A a souscrit une police d'assurance couvrant sa responsabilité décennale ayant pris effet le 1er avril 1992 et résiliée depuis le 1er janvier 2016 et qu'il appartiendra à la commune requérante de produire les pièces démontrant que les garanties peuvent être mobilisées.
Par des mémoires, enregistrés les 29 juillet et 3 août 2021, M. E F et la mutuelle des architectes français (MAF), représentés par la SCP Frison et associés, demandent au juge des référés de prendre acte de leurs protestations et réserves quant à la demande de désignation d'un expert judiciaire, de dire que les opérations d'expertise seront communes et opposables aux sociétés Qualiconsult exploitation, AXA France Iard, SMAC, SMABTP, A, MMA Iard assurances mutuelles dès lors que leur responsabilité est susceptible d'être recherchée, y compris à titre de garantie et de réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 5 août 2021, la société menuiserie charpente A, représentée par Me Tourbier, demande au juge des référés, de prendre acte de ses protestations et réserves quant à la demande de désignation d'un expert judiciaire formulée par la communauté de communes du territoire Nord Picardie et de réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2021, la société SMAC, représentée par
Me Philippon, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'elle ignore l'objet de la demande et les éléments qui peuvent être versés au débat justifiant d'un motif légitime à l'instauration d'une mesure d'expertise et déclarera irrecevable la demande présentée à son encontre.
Il est fait valoir que la demande est irrecevable alors que le siège social de la société SMAC a changé et est actuellement au 143 rue de Verdun à Issy les Moulineaux et qu'elle n'a donc jamais reçu notification de la requête.
La requête a été communiquée à M. E A (B n° 310 156 245 00022) et à la société SMABTP, qui n'ont pas produit d'observations dans le délai imparti.
La présidente a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction " et aux termes de l'article R. 621-1 du même code : " () La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties. ".
Sur l'utilité et l'étendue de la mission de l'expert :
2. L'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il revient au juge des référés, pour déterminer l'utilité de la mesure d'expertise, de se prononcer sur le bien-fondé d'une irrecevabilité ou d'une prescription qui est opposée.
3. Il résulte de l'instruction que la communauté de communes du territoire Nord Picardie, venant aux droits de la communauté de communes du Bernavillois en sa qualité de maître d'ouvrage des travaux d'extension de l'école maternelle situé rue du Général Leclerc sur le territoire de la commune de Fienvillers, a confié la maîtrise d'œuvre à M. E F, architecte. Le lot charpente a été attribué à M. E A et le lot étanchéité zinguerie à la société SMAC. La mission de contrôleur technique a été confiée à la société Qualiconsult. Les travaux ont été réceptionnés le 19 juillet 2011 avec réserves pour certains lots. Une levée des réserves a été régularisée le 20 février 2013 pour les lots n°s 2 et 3. Des problèmes affectant la couverture de l'extension, notamment la membrane en EPDM, et des traces de blanchiment des sous-faces de plafond avec écoulement d'eau dans la zone cuisine ont été relevés et déclarés par la communauté requérante auprès de son assureur dégâts des eaux. Il résulte d'un rapport établi à l'issue de la réunion d'expertise du 19 avril 2021, organisée au contradictoire des entreprises concernées, par le cabinet Saretec, dépêché par l'assureur de la communauté requérante, que les travaux consistant en la réalisation du toit terrasse seraient manifestement viciés. Les panneaux supports ne sont pas adaptés à cet usage, l'absence de pare-vapeur en face chaude ayant permis des infiltrations d'airs humides dans le complexe isolant et l'ayant endommagé. La mise en œuvre sur ce complexe de l'étanchéité EPDM, commercialisée par la société Firestone sous les références Rubberguard, ne semble d'ailleurs pas autorisée et a favorisé la déformation du panneau support. Ces désordres sont susceptibles d'expliquer les infiltrations d'eau à l'intérieur et la solidité de l'ouvrage n'est pas pérenne. L'entreprise SMAC acceptait d'intervenir en réparation à la différence de l'entreprise A. Dès lors, la demande de la communauté requérante tendant à ce qu'il soit prescrit une expertise contradictoire ordonnée par la juridiction s'avère utile et il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il sera précisé à l'article 3 de la présente ordonnance.
Sur les intervenants à mettre en cause :
4. En premier lieu, par un mémoire enregistré le 22 juillet 2021, la société "MMA Iard assurances mutuelles" tend à intervenir volontairement au motif qu'elle est également l'assureur de M. A, conjointement avec la société "MMA Iard". Il y a lieu d'admettre cette intervention et de l'attraire aux opérations d'expertise, dès lors que ni cette société, ni la société "MMA Iard", qui admettent leur qualité de co-assureurs de M. E A jusqu'au 1er janvier 2016, ne démontrent être manifestement étrangères au litige en se bornant à soutenir qu'il appartiendra à la collectivité demanderesse de produire les pièces démontrant que leurs garanties peuvent être mobilisées.
5. En deuxième lieu, si la société Menuiserie Charpente A (B n° 538 760 745 00017) est intervenu volontairement à l'instance, il résulte de l'instruction que l'acte d'engagement du lot n°2 " Charpente " de l'opération a été conclu par M. E A(B
n° 310 156 245 00022), sans que cette société ne démontre ni d'ailleurs ne soutienne venir aux droits de ce dernier. Il s'ensuit que l'intervention de cette société ne peut être admise, dès lors qu'elle est, en l'état de l'instruction, manifestement étrangère au litige susceptible d'être engagé devant le juge du fond, contrairement à M. E A, qui, n'ayant pas produit d'observation, ne conteste pas l'utilité de sa mise en cause.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la procédure a été communiquée le
12 novembre 2021 au mandataire de la société SMAC, qui en a accusé la réception le 16 novembre suivant. Il s'ensuit qu'en dépit du changement d'adresse de son siège social, cette société n'est pas fondée à soutenir que la demande d'expertise serait irrecevable à son encontre à raison de l'absence de communication de la requête et de ses pièces annexes.
7. Il résulte de ce qui précède que les opérations d'expertise seront effectuées au contradictoire des intervenants mentionnés à l'article 4 de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
8. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
9. Enfin aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard par les parties sont dépourvues d'objet et, par suite, doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : L'intervention volontaire de la société MMA Iard assurances mutuelles est admise.
Article 2 : L'intervention volontaire de la société Menuiserie Charpente A n'est pas admise.
Article 3 : M. D C domicilié 542 rue du Maréchal Leclerc à Sainghin en Mélantois (59262) est désigné en qualité d'expert, avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, à savoir l'école maternelle située rue du Général Leclerc à Fienvillers (80750) ;
2°) se faire communiquer tout document et entendre toute personne qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;
3°) décrire la nature et l'étendue des dommages et désordres dont est affecté l'ouvrage ;
4°) établir les causes et origines des désordres, en fournissant tout élément technique et de fait permettant au juge d'apprécier les responsabilités encourues, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;
5°) fournir tout élément technique et de fait permettant au juge d'établir si les désordres dont est affecté l'ouvrage sont de nature le rendre impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité ;
6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires à la sauvegarde de ces travaux et évaluer leur coût ;
7°) de manière générale, fournir tous éléments techniques et de fait, de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie au fond de déterminer les responsabilités encourues ;
8°) fournir au juge les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices subis par la communauté de communes du territoire Nord Picardie et notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires à réparer les désordres.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles
R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de :
- la communauté de communes du territoire Nord Picardie ;
- M. E F ;
- la Mutuelle des architectes français (MAF) ;
- la SA SMAC ;
- la société mutuelle d'assurances du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) ;
- M. E A ;
- la SA MMA ;
- la SA MMA Iard assurances mutuelles ;
- la SAS Qualiconsult ;
- et la SA AXA France Iard.
Article 5 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.
Article 7 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires au plus tard pour le 30 septembre 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes du territoire Nord Picardie, à M. E F, à la mutuelle des architectes français (MAF), à la société SMAC, à M. E A, à la société menuiserie charpente A, à la société Mutuelles du Mans Iard, à la société Mutuelle du Mans Iard assurances mutuelles, à la société Qualiconsult, à la société AXA France Iard, à la société mutuelle assurances du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) et à M. D C, expert.
Fait à Amiens le 25 octobre 2022.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés,
Signé :
S. Thérain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.