mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102727 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RAPP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2021 sous le n°2102727 et des mémoires enregistrés le 16 septembre 2021 et 1er septembre 2022, la commune de Fontaine Uterte, représentée par
Me Berthelot, dans le dernier état de ses écritures, demande au juge des référés, de :
1°) prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer la nature et les causes des désordres constatés sur le bâtiment abritant la mairie et en chiffrer les préjudices, en présence de la SMACL Assurances ;
2°) dire que l'expert pourra s'adjoindre tous spécialistes de son choix ;
3°) fixer la consignation à la charge de la commune requérante ;
4°) enjoindre à la société SMACL Assurances de communiquer le rapport d'expertise amiable ;;
5°) condamner la société SMACL Assurances à lui payer la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
6°) réserver les dépens.
Il est fait valoir que :
- la commune de Fontaine Uterte, située dans l'Aisne est confrontée au phénomène de retrait et gonflement des argiles, ce qui entraîne des mouvements de terrains, associés aux phases de sécheresse et de réhydratation des sols ;
- la commune a souscrit le 27 janvier 2014 auprès de la SMACL Assurances une police d'assurance " dommages aux biens ", en vue de couvrir les dommages subis par les biens dont elle est propriétaire ;
- l'importante sécheresse au cours des années 2018-2019 a malheureusement entraîné la rétractation du sol et endommagé le bâtiment abritant la mairie, ainsi que plusieurs autres immeubles situés sur la commune ;
- le bâtiment abritant la mairie n'a cessé de se fragiliser, au point que des étais ont dû être mis en place pour éviter son effondrement ;
- la commune a déclaré ce sinistre auprès de son assureur le 18 juillet 2019 et une réunion d'expertise s'est tenue le 20 septembre 2019 ;
- aucun rapport d'expertise n'a, à ce jour été communiqué qui permettrait de conforter l'origine des dommages et ce malgré plusieurs relances ;
- la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle par arrêté du 19 novembre 2019, en raison de mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols ;
- un constat a été établi par Me Grouselle, huissier de justice le 1er avril 2021 ;
- le coût des travaux de remise en état est à minima de 35 916 euros TTC selon devis établi par l'entreprise Bazin Bâtiment ;
- la société SMACL Assurances a formulé une proposition d'indemnisation de ce sinistre, l'origine des désordres n'est pas précisément déterminée ; elle propose d'indemniser ce sinistre uniquement au titre de la garantie effondrement et refuser de mobiliser sa garantie catastrophes naturelles, ce qui emporte des conséquences, notamment au regard de l'application de la franchise et du montant de l'indemnité versée ;
- il est donc déterminant de connaître l'origine exacte du sinistre ;
- la commune de Fontaine Uterte est donc bien fondée à demander l'organisation d'une mesure d'expertise afin de pouvoir notamment décrire les désordres, en déterminer l'origine précise, chiffrer le coût des travaux de remise en état et donner tous éléments de nature à déterminer les responsabilités et les préjudices subis.
Par des mémoires, enregistrés les 29 août 2022, 11 mars 202 et 4 octobre 2022, la société SMACL Assurances, représentée par Me Rapp, demande au juge des référés, au principal, de rejeter la demande d'expertise sollicitée par la commune requérante et la condamner reconventionnellement au paiement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, de lui donner acte de ce qu'elle formule toutes protestations et réserves sur la demande d'expertise sollicitée.
Il est fait valoir que l'expert mandaté par l'exposante ayant validé la somme de 35 916 euros a sollicité de la commune par courrier du 28 septembre 2020 la communication d'un RIB pour proposer : - un règlement immédiat de 22 654, 95 euros et un règlement différé et après travaux et sur justificatifs de 7 308,90 euros soit un montant total d'indemnité pris en charge de 30 551,85 euros. Le montant des travaux a été validé à la somme de 42 882 euros, montant prenant une facture de 588 euros de recherche de fuite normalement non prise en charge par le contrat dans le cadre d'une garantie catastrophe naturelle mais qu'elle a réglé à titre commercial à la société Nuwa puisqu'il était nécessaire de vérifier si l'affouillement du sol ne trouvait pas son origine dans une éventuelle fuite de canalisation. Les dommages du bâtiment ont été évalués à 29 652 euros qui se répartissent pour 22 343,10 euros en règlement immédiat et pour 7 308,90 euros en règlement différé. Les frais de démolition et déblais chiffrés à 6 264 euros et les frais de maîtrise d'œuvre chiffrée à 6 378 euros ont une prise en charge conventionnellement limitée à 15 % du montant hors taxes des travaux conformément à l'article 5.1.1 du contrat ALEASSUR, soit 3 706,50 euros inclus dans l'indemnité immédiate. Elle a adressé un chèque par courrier du 25 février 2021 à la commune de Fontaine Uterte qui n'a pas toujours pas été débité. La commune n'est pas indemnisée à ce jour, simplement parce que le maire de cette commune refuse qu'elle le soit dans les conditions proposées qui d'ailleurs ne sont pas contestées.
La présidente a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".
2. Il résulte de l'instruction que la commune de Fontaine Uterte a souscrit une police d'assurance " dommages aux biens le 27 janvier 2014 auprès de la société SMACL Assurances. La commune requérante soutient que l'importante sécheresse au cours des années 2018-2019, qui a notamment donné lieu à un arrêté du 18 novembre 2019 reconnaissant comme catastrophe naturelle sur son territoire les "Mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er octobre au 31 décembre 2018", a entraîné la rétractation du sol et a endommagé le bâtiment abritant la mairie .Des étais ont dû être mis en place pour éviter l'effondrement du bâtiment. La commune a déclaré ce sinistre auprès de son assureur le 18 janvier 2019. Une réunion d'expertise s'est tenue le 20 septembre 2019 sans qu'aucun rapport ne soit à ce jour diffusé. Le coût des travaux pour remédier aux désordres constatés sur le bâtiment abritant la mairie a été chiffré à la somme de 35 916 euros TTC selon devis établi par l'entreprise Bazin Bâtiment.
3. En premier lieu, l'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il revient au juge des référés, pour déterminer l'utilité de la mesure d'expertise, de se prononcer sur le bien-fondé d'une irrecevabilité ou d'une prescription qui est opposée.
4. Il résulte expressément des écritures de la société SMACL Assurances que cette dernière ne conteste ni la réalité, ni, aux termes de son mémoire du 4 octobre 2022, l'origine des désordres dont est affecté le bâtiment, qu'elle admet imputables à la cause relevée par la commune, ni enfin leur évaluation, alors qu'il est constant que cette dernière a servi de fondement à la proposition d'indemnisation soumise à la commune après application des clauses du contrat.
5. Il s'ensuit qu'en admettant même qu'un différend demeurerait sur le montant de l'indemnisation proposée par l'assureur, lequel serait dû, selon la commune requérante, à la circonstance que l'assureur a mobilisé sa garantie "effondrement" et non celle prévue en cas de catastrophe naturelle, alors qu'il n'est au demeurant pas démontré en l'état de l'instruction que le montant de l'indemnisation contractuellement due en serait modifié, ce point relèverait en tout état de cause d'un litige relatif à l'étendue et à la portée des garanties telles qu'elles résultent des stipulations du contrat d'assurance, lequel ne dépend pas des constatations ou des appréciations de fait susceptibles de faire l'objet d'une mission d'expertise sur le fondement des dispositions citées au point 1. Par suite, l'expertise sollicitée par la commune requérante ne présente pas, en l'état de l'instruction, d'utilité pour le contentieux susceptible de l'opposer à son assureur devant le juge de l'action.
6. En second lieu, si la commune de Fontaine Uterte demande également à ce qu'il soit enjoint à la société SMACL de communiquer le rapport d'expertise établi à la demande de cette dernière consécutivement à la déclaration de sinistre effectuée par la commune, il résulte de ce qui a été dit que, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point précédent, cette communication ne présente pas de caractère d'utilité, alors que ce document n'est pas indispensable à l'action que la commune est susceptible d'engager devant le juge de l'action.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions que la commune de Fontaine Uterte présente sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les réserves exprimées :
8. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande de fixation d'une consignation :
9.. Les frais d'expertise sont régis par les dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative, qui ne prévoient pas de procédure de consignation. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande des parties sur le fondement de ces dispositions.
Sur les dépens :
12. Aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard par les parties sont dépourvues d'objet et, par suite, doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la commune de Fontaine Uterte est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société SMACL Assurances sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Fontaine Uterte et à la société SMACL Assurances.
Fait à Amiens le 25 octobre 2022.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés,
Signé :
S. Thérain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.