jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200028 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP DELARUE - VARELA - MARRAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, Mme D C et M. B A, représentés par Me Varela Fernandes, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence de la commune de La Chapelle Saint Pierre, en vue de déterminer la nature et la cause des désordres affectant leur propriété et les moyens d'y remédier ;
2°) de dire et juger que l'expert communiquera aux parties un pré-rapport et leur laissera un temps nécessaire pour formuler leurs observations et leurs dires.
Ils font valoir que :
- ils sont propriétaires d'une maison à usage d'habitation au à La Chapelle Saint Pierre (60730), depuis le ;
- ils ont pu constater des fissures sur la façade de leur maison, lesquelles se sont progressivement agrandies au fils des ans, engendrant des infiltrations d'eau ;
- le couvreur qui a procédé à la réfection de leur toiture en 2020 a constaté l'existence des fissures et a également indiqué que des infiltrations d'eau ont lieu lors de pluies et que cette eau vient s'infiltrer sous la maison en raison d'un affaissement de la voirie ;
- l'expert, missionné par leur assureur à la suite de cette découverte, a relevé dans l'angle de l'immeuble un tassement localisé du sol, qui pourrait provenir d'une fuite sur le réseau public d'eau potable, de venues d'eaux pluviales depuis la chaussée ou d'un écoulement parasite et a indiqué que des analyses géotechniques portant sur le domaine public étaient nécessaires pour déterminer l'origine des désordres ; les vérifications menées par le gestionnaire du réseau de distribution d'eau potable n'ont révélé pour leur part aucune fuite sur celui-ci ;
- aucun accord amiable n'ayant pu intervenir, la mesure d'expertise s'avère nécessaire pour déterminer la nature et l'origine des désordres relevés sur l'immeuble, les travaux intérieurs et extérieurs de nature à y remédier et les préjudices subis.
Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2022, la commune de la Chapelle Saint Pierre fait valoir que l'expert missionné par son propre assureur n'a relevé aucun lien de causalité entre les eaux pluviales et les fissures et que les désordres dont il est fait état étaient visibles lors de l'acquisition de l'immeuble.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article
R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. Les mesures d'expertise demandées par Mme D C et M. B A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : M. E F exerçant à Conty (80160), est désigné en qualité d'expert et a pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, à savoir, à La Chapelle Saint Pierre (60730) après avoir convoqué les parties dans les conditions définies par l'article R. 621-7 du code de justice administrative ;
2°) se faire communiquer tous documents qu'il jugera nécessaires à l'accomplissement de sa mission et entendre tout sachant ;
3°) décrire les désordres affectant la propriété de Mme D C et M. B A située à La Chapelle Saint Pierre (60730), parcelle cadastrée section ;
4°) rechercher l'origine, l'étendue et la cause desdits désordres ;
5°) évaluer le coût des travaux de reprise propres à remédier aux désordres et à l'ensemble des préjudices subis par les requérants, et notamment celui portant sur un trouble de jouissance ;
6°) fournir tous les éléments permettant au juge du fond ultérieurement saisi de se prononcer.
Article 2 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.
Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 31 mars 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à M. B A, à la commune de la Chapelle Saint Pierre et à M. E F, expert.
Fait à Amiens, le 7 juillet 2022.
Le juge des référés,
Signé :
C. BINAND
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200028