vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200471 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP CARBONNIER - LAMAZE-RASLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 février et 15 mars 2022, la communauté d'agglomération du Beauvaisis, représentée par Me Grand d'Esnon, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la société Helvetia Assurances de lui accorder sa garantie "tous risques chantier" issue du marché de services d'assurances souscrit entre elles le 9 mars 2018 s'agissant des dommages résultant de l'incendie du 23 juillet 2020 d'un immeuble en cours de construction à usage de théâtre ;
2°) de condamner la société Helvetia Assurances à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure demandée a nécessairement un caractère provisoire compte tenu de qu'elle s'achèvera lorsque le juge du fond, dument saisi, se prononcera ;
- l'urgence est établie, dès lors, d'une part, que l'expertise de l'origine du sinistre en cours génère des frais importants, de même que des travaux de décontamination dont le montant est évalué à 500 000 euros toutes taxes comprises et que, d'autre part, le refus de garantir les dommages opposés par la société d'assurance est de nature à menacer le bon fonctionnement du service public ;
- la mesure est utile ;
- elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors, d'une part, que la garantie est contractuellement due, alors notamment que l'article 1er du cahier des clauses particulières du marché fixe comme terme de la garantie la réception des travaux, comme devant d'entendre de la seule intervention d'un acte du maître d'ouvrage, n'est pas entachée de nullité et que, d'autre part, le cocontractant ne peut se délier unilatéralement de ses obligations contractuelles.
Par un mémoire, enregistré le 18 février 2022, la société Helvetia Assurances, représentée par Me Ciron, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de
5 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération du Beauvaisis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête ne tend pas à ce que soit accordée des mesures provisoires ;
- l'urgence n'est pas établie ;
- la mesure demandée se heurte à une contestation sérieuse, dès lors, d'une part, que la garantie de l'assureur prenait fin, selon les pièces contractuelles et notamment les conditions particulières souscrites le 10 octobre 2018 par la communauté d'agglomération, à la date de réception des travaux qui s'entend de la date prévisionnelle de cette réception fixée au 30 octobre 2019, et que, d'autre part, l'absence de termes précis de la garantie aux termes des autres pièces contractuelles entacherait une telle clause de nullité.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération du Beauvaisis demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à ce qu'il soit enjoint à la société Helvetia Assurances de lui accorder sa garantie "tous risques chantier" issue du marché de services d'assurances conclu entre cet établissement et la société le 9 mars 2018 relatif à la construction d'un immeuble à usage de théâtre, à la suite des dommages causé par l'incendie de cet immeuble lors de sa construction le 23 juillet 2020.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. En premier lieu, en se bornant, d'une part, à soutenir que l'expertise de l'origine du sinistre en cours génère des frais importants, de même que des travaux de décontamination dont le montant est évalué à 500 000 euros toutes taxes comprises, la communauté d'agglomération ne produit aucune pièce de nature à démontrer pas que ces frais seraient susceptibles d'avoir une incidence grave ni même notable sur son équilibre budgétaire, ce qu'elle ne soutient au demeurant pas. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la mesure qu'elle sollicite serait indispensable au rétablissement du bon fonctionnement du service public, alors que le bâtiment ayant subi les dommages était en cours de construction, ni que ce sinistre serait, fut-ce indirectement, de nature à compromettre l'exécution d'autres services dont elle a la charge. Ainsi, la communauté d'agglomération ne démontre pas que ses demandes répondraient à une situation d'urgence.
4. En second lieu, la contestation opposée par la société Helvetia Assurances, tirée de ce que les conditions particulières souscrites le 10 octobre 2018 par la communauté d'agglomération prévoient le terme de la garantie de l'assureur à la date de réception des travaux, entendue comme la date prévisionnelle de cette réception fixée au 30 octobre 2019 selon cette même pièce, n'est pas dénuée de caractère sérieux, alors même que d'autres pièces contractuelles de rang supérieur se bornent à prévoir le terme de cette garantie à la réception des travaux, et soulève un différend quant à l'interprétation qu'il convient de porter sur l'ensemble de ces stipulations relevant en l'espèce du juge du fond.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions que la communauté d'agglomération du Beauvaisis présente sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que les parties présentent sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la communauté d'agglomération du Beauvaisis est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Helvetia Assurances sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération du Beauvaisis et à la société Helvetia Assurances.
Fait à Amiens, le 29 décembre 2023.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés
Signé :
S. Thérain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.