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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201329

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201329

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201329
TypeDécision
Avocat requérantSOREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, Mme D C, représentée par Me Jamet, demande au juge des référés, de :

1°) prescrire, en présence de la commune de le Crotoy, de la société SMACL Assurances et de la caisse primaire d'assurance maladie du Cher, une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et les conséquences dommageables de la chute dont elle a été victime le 14 juin 2021 dans un regard resté ouvert suite au départ des forains dans la commune de Le Crotoy ;

2°) dire que l'expert pourra en cas de nécessité, se faire assister par tout praticien de son choix, dans une spécialité médicale distincte de la sienne ;

3°) dire que l'expert devra adresser un pré-rapport aux seuls conseils des parties, qui, dans les quatre semaines de sa réception, lui feront connaître leurs observations, auxquelles l'expert répondra de manière précise et circonstanciée dans son rapport définitif.

Elle fait valoir que :

- elle a été victime d'une chute, lors de ses vacances, dans un regard resté ouvert après le départ de marchands forains sur le territoire de la commune de Le Crotoy le 14 juin 2021 ;

- elle a été transportée au centre hospitalier d'Abbeville par les services de secours qui ont constaté notamment un traumatisme du pied ;

- les examens radiologiques réalisés ont révélé une fracture fermée au niveau des deuxième, troisième et quatrième métatarses nécessitant qu'elle soit plâtrée ;

- le plâtre a été retiré le 7 juillet 2021 et remplacé par une chaussure orthopédique avec un appui protégé ; des séances de kinésithérapie lui ont été prescrites ;

- elle conserve depuis des difficultés à se déplacer lui rendant pénible la vie quotidienne ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère donc utile pour déterminer les causes et les conséquences dommageables de son accident qui est de nature à engager la responsabilité de la commune de Le Crotoy.

Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Blois informe le juge des référés de ce qu'elle n'a pas d'observation à formuler sur la demande de Mme C.

Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2022, la commune de Le Crotoy et la société SMACL Assurances, représentées par Me Leprêtre, concluent à titre principal, au rejet de la requête comme étant dépourvue d'utilité, à titre infiniment subsidiaire, de leur donner acte de leurs plus vives protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée.

Elles font valoir que la mesure d'expertise demandée ne présente aucun caractère d'utilité dès lors que les dommages dont Mme C se plaint se rapportent à un ouvrage public dont l'entretien n'incombe pas à la commune et qu'ils sont entièrement imputables à la seule imprudence de la victime de sorte qu'ils ne pourraient donner lieu à réparation par la commune de Le Crotoy dans le cadre d'un litige devant la juridiction administrative.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article R. 532-1 du même code : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

3. Mme C soutient avoir été victime d'une chute dans un regard resté ouvert sur la voie publique de la commune de Le Crotoy le 14 juin 2021, dont est notamment résulté un traumatisme au pied qui a nécessité un suivi médical important et qu'elle conserve de cet accident d'importantes séquelles.

4. La commune du Crotoy et son assureur, pour s'opposer à l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée, font valoir que la requérante doit être regardée comme tiers à l'ouvrage public constitué par ce regard abritant un compteur électrique qui n'est pas sous la garde de la commune, quoi qu'il soit situé sur le domaine public communal, que le préjudice dont la réparation est demandée ne présente aucune caractère grave et spécial et qu'il est exclusivement imputable à l'imprudence de la victime, de sorte qu'aucun contentieux indemnitaire ne pourrait prospérer devant le juge du fond.

5. Toutefois les éléments que Mme C verse au dossier, sont de nature, en l'état de l'instruction, à établir la vraisemblance de la chute sur la voie publique communale dont elle fait état. Si l'appréciation des responsabilités encourues au titre d'un dommage accidentel causé par un ouvrage public relève du juge du fond dans la perspective du dépôt d'un recours en responsabilité, elle ne saurait au stade de la procédure de référé, qui avant tout procès au fond ne tend qu'à ordonner toute mesure d'expertise ou d'instruction, faire obstacle à la mesure sollicitée. Dans ces conditions, la demande d'expertise présentée par Mme C, qui a pour objet de déterminer les préjudices imputables à son accident, susceptible de résulter, au vu des éléments soumis au juge des référés, d'un ouvrage public implanté sur le domaine public de la commune de Le Crotoy, entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les réserves exprimées :

7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur B A exerçant CHU La Milétrie - Service d'orthopédie traumatologique - BP 577 à Poitiers (86021) est désigné en qualité d'expert et a pour mission de :

1°) de convoquer Mme D C et l'examiner ;

2°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme C et se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé ;

3°) de décrire l'état de santé de Mme C ;

4°) de préciser les circonstances dans lesquelles le dommage est intervenu ;

5°) de dire si le dommage subi par Mme C est anormal au regard de son état de santé antérieur comme de l'évolution prévisible de celui-ci ;

6°) d'en déterminer les causes et la nature ;

7°) en évaluer l'étendue en ce qui concerne exclusivement la part imputable au fait générateur et au regard, notamment :

* du caractère de gravité tel que défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, à savoir :

) taux d'incapacité permanente partielle ;

) durée de l'incapacité temporaire du travail, totale ou partielle ;

) inaptitude définitive à poursuivre l'activité professionnelle exercée au moment du dommage ;

) troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence ;

* des postes de préjudices temporaires suivants (avant consolidation) :

) préjudices patrimoniaux :

- perte de gains professionnels actuels : durée des arrêts temporaires d'activités professionnelles déjà subies ;

- dépenses de santé actuelles ;

- frais divers : aide d'une tierce personne, spécialisée ou non, et si oui selon quelle fréquence et sur quelle durée, aide matérielle ;

- déficit fonctionnel temporaire ;

- souffrances endurées évaluées sur une échelle de 0 à 7 ;

- préjudice esthétique temporaire évalué sur une échelle de 0 à 7.

) Préjudices extrapatrimoniaux :

Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent évalué sur une échelle de 0 à 7 ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement : perte de chance ou de possibilité de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité du handicap permanent.

8°) fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.

Article 2 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 28 avril 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher, à la commune de Le Crotoy, à la société SMACL Assurances et au docteur B A, expert.

Fait à Amiens, le 13 octobre 2022.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2201329

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