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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202121

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202121

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202121
TypeDécision
Avocat requérantDORMIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 août 2022, M. B C, représenté par Me Dormieu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

- de prescrire une expertise en vue de déterminer précisément les parties des locaux du centre pénitentiaire de Laon concernées par des risques d'exposition à l'amiante, hors les zones déjà vérifiées, d'indiquer les éventuels travaux nécessaires pour faire cesser les risques de contamination à l'amiante, et de déterminer et de chiffrer les préjudices de tous ordres qu'il subit ;

- de mettre les frais d'expertise à la charge de l'Etat dès lors qu'il est bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il a entendu dire par d'autres détenus qu'il existait des niveaux d'amiante assez élevés dans l'établissement à la suite d'une visite visant à relever la présence d'amiante ;

- l'amiante n'a pas été recherchée dans toutes les cellules, ce qui n'a pas permis de prendre les mesures nécessaires à la conservation de la santé des détenus ;

- sa demande au chef d'établissement d'effectuer un constat est restée sans réponse ;

- le rapport relatif au repérage du 22 septembre 2021 ne concerne que les zones dans lesquelles des travaux sont à effectuer et il demeure à ce jour des zones pour lesquelles il n'existe aucune certitude d'absence d'amiante, dans lesquelles il a pu séjourner notamment les cellules du quartier disciplinaire 101, 103, 104, 105 et 106 ;

- toute exposition à des fibres d'amiante dans l'air peut entraîner un risque de cancer ou de maladie pulmonaire chronique ;

- il souhaite la réalisation d'une expertise afin d'évaluer les risques pour sa santé et y remédier le plus rapidement possible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- la mesure d'expertise sollicitée ne présente pas de caractère d'utilité dès lors que l'intéressé n'a formé aucune demande d'information auprès de la direction de l'établissement et n'a pas sollicité la communication du rapport du 12 octobre 2021 qui lui aurait permis de prendre connaissance des informations pour lesquelles il souhaite qu'un expert soit désigné ;

- l'utilité du référé est contestable au regard des informations fournies à l'appui du mémoire en défense, dès lors que le rapport précité a établi que la présence d'amiante n'a été détectée que dans deux cellules non occupées par le requérant ;

- en outre en l'absence de travaux préconisés dans les espaces contaminés la présence d'amiante n'est pas de nature à présenter des risques pour la santé des personnes présentes au sein de l'établissement ;

- le requérant n'établit la réalité d'aucun préjudice ;

- il n'est pas utile de désigner un expert pour indiquer les conséquences possibles d'une exposition à l'amiante qui fait l'objet de nombreuses publications scientifiques.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du

6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

3. M. C demande, dans le dernier état de ses écritures, que soit ordonnée une expertise aux fins de déterminer les parties du centre pénitentiaire de Laon qui contiennent de l'amiante et qui n'ont pas déjà été vérifiées, d'indiquer les travaux à réaliser pour mettre fin au risque de contamination, et aux fins de déterminer et de chiffrer les préjudices qu'il subit.

4. Toutefois, en premier lieu, l'administration produit en défense un rapport détaillé établi le 12 octobre 2021, en vue d'identifier et de localiser, au sein du centre pénitentiaire de Laon, tous les matériaux et produits contenant de l'amiante situées dans la zone impactée par les travaux envisagés, à savoir le percement de trous dans 340 cellules sur 370 pour la fixation de postes fixes téléphoniques. Ce rapport liste de manière détaillée l'ensemble des pièces visitées, et conclut à la présence d'amiante dans deux cellules uniquement, qui n'ont pas été occupées par le requérant. Si M. C fait valoir que d'autres locaux du centre pénitentiaire où il a séjourné, en particulier cinq cellules du quartier disciplinaire, n'ont pas fait l'objet d'une inspection dans le cadre de l'établissement du rapport du 12 octobre 2021, de sorte que l'absence d'amiante n'y est pas certaine, il ne résulte ni de la liste des locaux non visités dressée au point 1.2 ni de la liste des locaux visités dressée au point 3.2.6, que les cellules QDDISC 101, 103, 104, 105, 106 listées par le requérant n'auraient pas fait l'objet d'une inspection. En tout état de cause, à supposer que ces cinq cellules n'aient pas été visitées alors qu'elles pourraient potentiellement contenir des matériaux amiantés, le requérant n'apporte aucune précision de nature à établir que sa simple présence ponctuelle dans l'une de ces cinq cellules, pourrait lui avoir fait courir un risque de contamination à l'amiante, alors qu'il résulte des informations présentées en partie 7.5 du rapport précité du 12 octobre 2021 (intitulée " Annexe - Recommandations générales de sécurité "), comme d'ailleurs de l'ensemble des sources d'information publiques disponibles, que les risques d'exposition à l'amiante surviennent lors de la libération de fibres d'amiante en cas d'usure ou lors d'interventions mettant en cause l'intégrité des matériaux et produits contenant de l'amiante, notamment en cas de perçage, ponçage, découpe, activités qu'il n'a manifestement pas pu réaliser lors de son placement au quartier disciplinaire, quartier dont il n'allègue pas davantage qu'il serait caractérisé par une usure susceptible de libérer des fibres d'amiante. Le requérant n'allègue pas non plus qu'un autre détenu se serait trouvé dans une situation présentant un risque de libération de fibres d'amiante au sein du centre pénitentiaire de Laon. Par suite, la demande de M. C tendant, dans le but qu'il soit remédié aux éventuels risques pour sa santé et celle de ses codétenus, à ce qu'une expertise soit prescrite pour déterminer la présence d'amiante dans les parties du centre pénitentiaire de Laon non déjà vérifiées, et pour indiquer les travaux à réaliser afin de mettre fin au risque de contamination, ne présente aucun caractère d'utilité.

5. En second lieu, si le requérant demande qu'une expertise soit prescrite en vue de déterminer et de chiffrer ses préjudices en vue d'en obtenir réparation, il n'allègue pas souffrir d'une quelconque pathologie, et ne précise pas la nature du préjudice qu'il dit subir. En l'état du dossier, l'absence manifeste de préjudice ne permet pas de considérer que la mesure d'expertise sollicitée présente une quelconque utilité en vue d'un contentieux indemnitaire.

6. Dans ces conditions, l'utilité de la mesure sollicitée devant le juge des référés ne peut être regardée comme établie et la demande du requérant doit être rejetée.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

7. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () ; / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle peut intervenir en cours d'instance et jusqu'à un an après la fin de l'instance. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie. ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. "

8. Il résulte de l'instruction qu'avant l'introduction de la présente requête, et alors même que le requérant indique avoir eu connaissance d'une visite de repérage des matériaux et produits contenant de l'amiante dans l'établissement, le requérant n'a présenté aucune demande au chef d'établissement tendant à la communication des résultats de cette visite ou à la transmission d'informations sur la présence d'amiante dans le bâtiment avant de saisir le tribunal. Son conseil s'est contenté, après l'introduction de la requête, de solliciter du chef d'établissement la réalisation d'un " constat d'huissier " " afin de relever les niveaux d'amiante ". Compte tenu de ce contexte et du contenu de la requête de M. C tel que rappelé aux points 4 et 5, la présente procédure engagée par M. C, bénéficiant de l'aide juridictionnelle, présente un caractère abusif. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à

M. C par la décision n°2022/005818 visée ci-dessus du 6 juillet 2022.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : L'aide juridictionnelle accordée à M. C par la décision n°2022/05818 du

6 juillet 2022 est retirée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Dormieu, au centre hospitalier de Laon et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau d'Avesnes-sur-Helpe et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Fait à Amiens, le 8 novembre 2022.

La juge des référés,

Signé :

C. A

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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