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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202162

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202162

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202162
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantLUDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, Mme H A épouse D, représentée par Me Ludot, demande au juge des référés de :

1°) prescrire une expertise, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes, du centre hospitalier de Laon, du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et du docteur C, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge de son frère Frédéric A par le centre hospitalier de Laon pour une sleeve gastrectomie le 16 décembre 2014 ;

2°) dire que l'expert devra déposer un pré-rapport ;

3°) fixer le montant de la provision à valoir sur l'expert.

Elle soutient que :

- son frère a bénéficié d'une sleeve gastrectomie le 16 décembre 2014 au centre hospitalier de Laon ;

- il a été admis ensuite aux urgences du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, en raison de la dégradation de son état de santé après l'opération ;

- son frère est décédé le 26 décembre 2014 ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour constater les fautes de l'établissement et déterminer le montant des préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 16 juillet 2022, le centre hospitalier de Laon, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à sa participation à une mesure d'expertise, sous toute réserve de responsabilité, de confier la mission d'expertise habituelle complète de la juridiction en matière de responsabilité médicale à un collège d'experts constitué d'un expert chirurgien digestif et d'un expert anesthésiste-réanimateur avec possibilité pour eux de s'adjoindre un sapiteur d'une spécialité distincte de la leur et de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport et accorder aux parties un délai d'un mois pour faire valoir leurs dires.

Il fait valoir que la prise en charge de M. A s'est faite tant dans le cadre de l'activité libérale du docteur C que dans le cadre de son activité hospitalière, et que l'expertise devra prendre soin de distinguer dans quel cadre s'est effectuée la prise en charge.

Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2022, le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, représenté par Me Cantaloube, indique ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il formule les protestations et réserves d'usage, de désigner un expert spécialisé en chirurgie digestive et compétent en chirurgie bariatrique, de rejeter toute autre demande et de réserver les dépens.

La procédure a été communiquée au Dr B C et à la caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes, qui n'ont pas présenté d'observations dans le délai imparti.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Il résulte de l'instruction que les mesures d'expertise demandées par Mme A épouse D sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur la demande de fixation d'une consignation :

4. Les frais d'expertise sont régis par les dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative, qui ne prévoient pas de procédure de consignation. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les dépens :

5. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Dr E F exerçant Hôpital privé la Louvière - 69 rue de la Louvière à Lille (59000) est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1° Se faire communiquer le dossier médical de M. G A et tous documents utiles relatifs à sa prise en charge par le centre hospitalier de Laon puis par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et aux conditions de son décès ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles auront eu communication de ces documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;

2° Préciser l'état de santé antérieur à la prise en charge ;

3° Décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;

4° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ; distinguer en particulier si les manquements relevés ont été commis dans le cadre de l'activité libérale du praticien mis en cause ou dans le cadre de son activité hospitalière ;

5° Déterminer les causes du décès ; dire s'il a un rapport avec l'état initial de

M. G A ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du décès présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier de Laon, en distinguant la part à mettre en relation avec l'état initial, toute pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause comme un aléa thérapeutique ou un accident médical non fautif, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ;

6° Dire si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre une chance sérieuse de survie, au moins partielle ; donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue d'éviter le décès en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

7° Donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis avant le décès et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé.

8° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

9° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H A épouse D, au centre hospitalier de Laon, au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, à la caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes, au docteur B C et au Dr E F, expert.

Fait à Amiens, le 28 septembre 202Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°220216

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