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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202522

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202522

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202522
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPIERLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, Mme E B et M. D C, agissant en leur nom personnel ainsi qu'en qualité de représentants légaux de leur fille A C, représentés par Me Pierlot, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Chauny à leur verser une provision de 166 098 euros au titre des préjudices qu'ils estiment avoir été subis par leur fille A ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Chauny à verser à Mme B une provision de 82 050,12 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Chauny à verser à M. C une provision de 70 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Chauny la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier de Chauny a commis des fautes dans la prise en charge de l'accouchement de Mme B et de la naissance de leur fille A ;

- les fautes commisses par le centre hospitalier de Chauny justifient une réparation intégrale des préjudices qu'ils ont subis, sans qu'il y ait lieu d'y imputer le taux de perte de chance évalué par les experts diligentés par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) dans leur rapport du 9 juillet 2020 ;

- en ce qui concerne les préjudices temporaires propres de A, ils s'élèvent à :

- 118 368 euros au titre de l'assistance à tierce personne ;

- 5 000 euros s'agissant de son préjudice scolaire ;

- 8 640 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

- 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 14 000 euros s'agissant de son préjudice esthétique temporaire ;

- en ce qui concerne les préjudices temporaires communs à Mme B et à M. C, ils s'élèvent à :

- 30 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection ;

- 40 000 euros chacun s'agissant de leur préjudice d'accompagnement ;

- 90 euros au titre du remboursement des frais divers déboursés pour l'achat d'un siège adapté au handicap de A ;

- en ce qui concerne le préjudice temporaire propre de Mme B, il s'élève à 12 050,12 euros au titre de la perte de gains professionnels.

Par un mémoire enregistré le 18 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise, agissant par délégation de la CPAM de l'Aisne, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Chauny à lui verser la somme de 46 584, 92 euros au titre des débours exposés, assortie des intérêts légaux à compter de la date du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Chauny la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que la responsabilité du centre hospitalier de Chauny est engagée et qu'elle a droit au remboursement des prestations qu'elle a servies.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2023, le centre hospitalier de Chauny, représenté par la SCP Lebegue Derbise, conclut à ce que les sommes demandées par les requérants soient réduites à de plus justes proportions, et à ce que leur soit appliqué, ainsi qu'aux débours de la CPAM de l'Oise, un taux de perte de chance de 50 %.

Il fait valoir que :

- il s'en rapporte au tribunal en ce qui concerne sa responsabilité ;

- il y a lieu de retenir le taux de perte de chance de 50 % évalué par les experts diligentés par la CCI ;

- sur les frais divers, les requérants ne justifient pas que cette somme n'a pas déjà été prise en charge par leur mutuelle ou au titre de la prestation de compensation du handicap ;

- il n'y a pas lieu d'indemniser l'assistance par une tierce personne qui n'a pas été retenue par les experts ;

- le préjudice scolaire de l'enfant n'est pas établi ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de l'enfant ne saurait excéder la somme de 1 113,13 euros ;

- l'indemnisation des souffrances endurées par l'enfant au cours de son hospitalisation du 24 juillet au 10 septembre 2018 ne saurait excéder la somme de 3 500 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique de l'enfant durant son hospitalisation ne saurait excéder la somme de 500 euros ;

- le lien entre la réduction du temps de travail de Mme B, à l'origine d'une perte de gains professionnels, et la faute commise par le centre hospitalier de Chauny n'est pas établi ;

- l'indemnisation du préjudice d'affection des parents ne saurait excéder la somme de 5 000 euros chacun ;

- la réalité et l'étendue du préjudice d'accompagnement des parents ne sont pas établis en l'état ;

- il convient de déduire des débours de la CPAM de l'Oise les frais d'hospitalisation en maternité.

Par une ordonnance du 19 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 novembre 2023.

Les requérants ont été invités, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

Les requérants ont produit des pièces, enregistrées le 29 mars 2024 et communiquées le 5 avril 2024 au centre hospitalier de Chauny et à la CPAM de l'Oise.

Par des lettres du 26 mars 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de ce que :

- les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les requérants sont irrecevables, en tant qu'elles sont dirigées à l'encontre de l'État qui n'est pas partie à l'instance ;

- les conclusions présentées par la CPAM de l'Oise tendant à lui verser les intérêts moratoires à compter du jugement sont sans objet dès lors que tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait nécessairement courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.

Des observations en réponse au premier moyen d'ordre public ont été présentées le 29 mars 2024 par les requérants, et ont été communiquées le 5 avril 2024 au centre hospitalier de Chauny et à la CPAM de l'Oise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Denys, représentant le centre hospitalier de Chauny.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été admise au centre hospitalier de Chauny dans la nuit du 24 août 2018 à la suite de contractions. Elle a donné naissance à 8 h 52 à sa fille A, née en état de mort apparente, avant d'être intubée à 6 minutes et 30 secondes de vie. Présentant une anoxo-ischémie cérébrale, l'enfant a été transférée le jour même au service de réanimation néonatale du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, puis au centre hospitalier de Laon à compter du 31 août 2018, avant de rejoindre le domicile de ses parents le 10 septembre suivant.

2. Mme B a présenté une demande d'indemnisation devant la CCI laquelle a diligenté une expertise et a rendu un avis le 8 septembre 2020 aux termes duquel elle conclut que le centre hospitalier de Chauny a commis des manquements susceptibles d'engager sa responsabilité à hauteur d'une perte de chance de 50 % d'éviter le dommage subi. L'assureur du centre hospitalier de Chauny a présenté à Mme B une offre d'indemnisation par un courrier du 2 février 2021, qui n'a pas été acceptée. Mme B et M. C ont saisi le centre hospitalier de Chauny d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 27 juillet 2022. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Chauny à leur verser une provision au titre des préjudices temporaires qu'ils estiment avoir subis du fait des fautes commises par cet établissement.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise en date du 9 juillet 2020 que les ralentissements profonds du rythme cardiaque fœtal, révélés par le monitorage, survenus à partir de 7 h 20, et devenus préoccupants dès 7 h 40, justifiaient de prendre la décision de faire accoucher en urgence Mme B. Or, alors qu'il lui appartenait, du fait des anomalies constatées, de faire intervenir sans délai un médecin, la sage-femme en charge de la surveillance de

Mme B s'est bornée à lui administrer de l'oxygène à 7 h 45, avant de rejoindre une autre parturiente. Ce n'est qu'à 8 h 30 qu'un médecin a pu être appelé auprès de Mme B, et celui-ci a attendu entre 6 et 8 minutes avant de faire réaliser à Mme B des efforts expulsifs, puis de procéder à l'extraction par forceps de l'enfant. Le rapport d'expertise révèle enfin que la prise en charge de A à sa naissance a été défaillante dès lors que, née en état de mort apparente, il n'a été procédé à son intubation qu'au bout d'environ 6 minutes. Il résulte de ce qui précède que le défaut de surveillance de Mme B et les retards dans la prise en charge de son accouchement et de la naissance de A constituent des fautes de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Chauny.

Sur la perte de chance :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 9 juillet 2020 que le handicap dont est affectée A du fait de l'anoxo-ischémie cérébrale dont elle a souffert aurait pu être évité en cas de prise en charge appropriée dès lors que les anomalies du monitorage fœtal indiquaient le risque d'une asphyxie fœtale antérieurement à la commission des fautes retenues au point 4. Si les requérants soutiennent qu'il n'y a pas lieu d'appliquer le taux de perte de chance de 50 % évalué par les experts, ils n'apportent aucun élément de nature à remettre en question le bien-fondé de cette évaluation. Dès lors, il y a lieu de retenir que les fautes commises par le centre hospitalier de Chauny ont fait perdre à l'enfant une chance d'éviter le dommage de 50 %.

Sur la demande de provision :

7. Le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.

8. Toutefois, l'absence de consolidation, impliquant notamment l'impossibilité de fixer définitivement un taux d'incapacité permanente, ne fait pas obstacle à ce que soient mises à la charge du responsable du dommage les dépenses futures dont il est d'ores et déjà certain qu'elles devront être exposées à l'avenir, ainsi que la réparation de l'ensemble des conséquences déjà acquises de la détérioration de l'état de santé de l'intéressé.

9. Ainsi, les requérants sont en droit d'obtenir une réparation définitive au titre de la part d'ores et déjà certaine des préjudices imputables aux fautes commises par le centre hospitalier de Chauny, en ce compris ceux qui seront acquis postérieurement à la consolidation de l'état de santé de l'enfant, à charge pour eux, s'ils s'y croient fondés, de demander ultérieurement une ou plusieurs indemnisations complémentaires au regard de l'évolution de son état de santé.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de A C :

S'agissant de l'assistance à tierce personne :

10. Si les requérants soutiennent que leur fille A a besoin de l'assistance d'une tierce personne pour l'aider dans les actes de la vie quotidienne, il résulte de l'instruction que les experts ne se sont pas prononcés sur ce point. Aussi, et alors que la nécessité d'une telle assistance ne peut être exclue en l'espèce compte-tenu du handicap de l'enfant, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de statuer sur ce chef de préjudice tant dans son principe que, le cas échéant, dans son quantum. Il y a donc lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise sur ce point, dans les conditions définies par le dispositif du présent jugement.

S'agissant du préjudice scolaire :

11. Le préjudice scolaire tend à réparer la perte d'une ou plusieurs années d'études, l'allongement du temps des études, la modification ou le renoncement à certaines orientations, l'échec scolaire induit par le fait générateur, l'interruption d'une scolarité ordinaire ou l'impossibilité totale d'être scolarisé.

12. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, que A C aurait interrompu sa scolarité du fait de son handicap. La circonstance que l'enfant, inscrite à l'école maternelle depuis septembre 2021, ne puisse s'y rendre deux après-midis par semaine en raison de ses rendez-vous médicaux et du fait de sa fatigabilité n'est pas de nature à caractériser l'existence d'un préjudice scolaire. Un tel préjudice n'étant pas d'ores-et-déjà acquis à la date du présent jugement, les requérants ne sont pas fondés à solliciter pour leur enfant une réparation à ce titre dans le cadre de la présente instance.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

13. Il résulte de l'instruction que A C, hospitalisée du 24 août au 10 septembre 2018, a souffert à compter de son arrivée au domicile parental d'un déficit fonctionnel temporaire estimé à 25 % par les experts. Aussi, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi pour la période du 24 août 2018 au 9 juillet 2020, date de la réalisation de l'expertise, en l'évaluant à 1 387,50 euros après application du taux de perte de chance.

14. Il y a lieu en revanche d'ordonner avant-dire droit une expertise s'agissant de la période postérieure au 9 juillet 2020 pour laquelle les requérants ont demandé une réparation, dès lors que les experts n'ont apporté aucune précision quant à l'évolution future prévisible du déficit fonctionnel temporaire de l'enfant.

S'agissant des souffrances endurées :

15. Il résulte du rapport d'expertise que A C a souffert au cours de son hospitalisation de souffrances physiques en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier de Chauny, dont les experts ont évalué la gravité à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au cours de cette période en allouant, compte tenu du taux de perte de chance retenu, la somme de 1 000 euros.

Sur le préjudice esthétique temporaire :

16. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par la jeune A au cours de son hospitalisation, du fait notamment de son intubation et de mouvements anormaux de ses membres, évalué par les experts à 3 ou 4 sur une échelle de 7, en lui accordant, compte tenu du taux de perte de chance retenu, la somme de 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices de Mme B et de M. C :

Sur le préjudice d'affection :

17. Les parents d'un enfant dont l'état de santé et ses conséquences les affectent sont fondés à réclamer la réparation d'un préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les parents de la jeune A en leur allouant la somme de 5 000 euros chacun, après application du taux de perte de chance retenu.

Sur le préjudice d'accompagnement :

18. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement subi par

Mme B et M. C du fait des troubles subis dans leurs conditions d'existences, en lien avec le handicap de leur fille, en leur allouant la somme de 3 000 euros chacun, après application du taux de perte de chance retenu.

Sur les frais divers :

19. Il résulte de l'instruction que les requérants justifient avoir exposé des frais restés à leur charge pour l'achat d'un siège adapté au handicap de leur fille, à hauteur de 90 euros. Ce préjudice sera donc réparé à hauteur de 45 euros après application du taux de perte de chance retenu.

En ce qui concerne le préjudice temporaire de Mme B :

20. Il résulte de l'instruction, et notamment de la décision de la maison départementale des personnes handicapées du 18 décembre 2020 produite par les requérants, que la situation de handicap de A C a justifié que Mme B réduise de 20 % son activité professionnelle par rapport à une activité à temps plein. La perte de gains professionnels de l'intéressée étant toutefois susceptible d'être couverte par l'indemnisation qui sera, le cas échéant, accordée au titre de l'assistance à tierce personne, il y a lieu de surseoir à statuer sur ce point dans l'attente de l'expertise ordonnée avant dire droit.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

21. La CPAM de l'Oise justifie de frais d'hospitalisation et de prise en charge en établissement médico-social, de frais médicaux, paramédicaux, de dispositifs médicaux et de transports à hauteur de la somme de 46 584, 92 euros, par la production d'un relevé détaillé de ses débours. L'attestation établie par son médecin-conseil atteste de l'imputabilité des prestations fournies aux faits à l'origine de l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier de Chauny. Il y a donc lieu, après application du taux de perte de chance de 50 % retenu, de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme de 23 292,46 euros.

Sur les intérêts :

22. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi la demande de la CPAM de l'Oise tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du présent jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier de Chauny a été condamné à lui verser, est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

23. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

24. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de mettre à la charge du centre hospitalier de Chauny la somme de 1 191 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Chauny est condamné à verser à Mme B et à M. C, agissant au nom et pour le compte de leur fille A C, la somme globale de 2 887,50 euros au titre des préjudices subis par cette dernière.

Article 2 : Le centre hospitalier de Chauny est condamné à verser à Mme B et à M. C la somme de 8 000 euros chacun au titre de leurs préjudices propres.

Article 3 : Il sera, avant de statuer définitivement, procédé à une expertise aux fins de déterminer le besoin d'assistance par tierce personne de A C pour la période du 10 septembre 2019 au 24 août 2024, et le taux de son déficit fonctionnel temporaire au-delà du 9 juillet 2020, en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier de Chauny.

Article 4 : Le centre hospitalier de Chauny est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, en remboursement de ses débours, la somme de

23 292,46 euros.

Article 5 : Le centre hospitalier de Chauny versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise est rejeté.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. D C, au centre hospitalier de Chauny et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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