jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202770 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GAUDIN JUNQUA-LAMARQUE & CALONI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2022, la SAS Bureau Veritas Exploitation, représentée par Me Junqua-Lamarque, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public social médico-social intercommunal (EPSMSI) Amiens-Gézaincourt, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 933,32 euros augmentée des intérêts moratoires dans les conditions prévues aux articles L. 2192-13 et R. 2192-32 du code de la commande publique ;
2°) sur le même fondement, de condamner le même établissement à lui payer à titre de provision la somme de 187,66 euros hors taxes au titre des indemnités légales ;
3°) de mettre à la charge de l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt la somme de 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- malgré mise en demeure et relance, l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt n'a pas réglé trois factures émises en exécution d'un contrat de vérification d'installations techniques signé en septembre 2008 ;
- le paiement de ces factures lui est dû assorti des intérêts moratoires et des indemnités légales prévues par les articles L. 2192-13 et D. 2192-35 du code de la commande publique.
La requête a été communiquée à l'établissement public social médico-social intercommunal (EPSMSI) Amiens-Gézaincourt qui n'a présenté aucune écriture en défense.
Par courrier du 3 février 2023, dont il a été accusé réception, l'établissement public social médico-social intercommunal (EPSMSI) Amiens-Gézaincourt a été mis en demeure de produire, dans le délai de quinze jours, ses observations en défense, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement public social médico-social intercommunal (EPSMSI)
Amiens-Gézaincourt a, par un contrat conclu les 24 et 30 septembre 2008, confié à la SAS Bureau Veritas Exploitation une mission de vérification de ses installations techniques, pour une durée de trois ans renouvelables. Dans le cadre de l'exécution de ce contrat, la SAS Bureau Veritas Exploitation a adressé à son client trois factures n°21840774 et 21840812 du
6 décembre 2021 et n°21923305 du 29 décembre 2021, pour des montants respectifs de
611,05 euros, 101,41 euros et 220,86 euros. Par un courrier de mise en demeure du 22 juin 2022 dont il a été accusé réception le 23 juin 2022 et un courrier de relance du 7 juillet 2022, la
SAS Bureau Veritas Exploitation a demandé à l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt de lui payer ces factures arrivées à échéance, ainsi que des intérêts moratoires et des indemnités au titre des frais de recouvrement. Ces demandes sont restées sans réponse. La requérante demande au juge des référés de condamner l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt au paiement d'une provision de
933,32 euros augmentée des intérêts moratoires et de 187,66 euros hors taxes au titre des indemnités légales.
Sur la demande de provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne l'acquiescement aux faits :
3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit d'écritures en défense est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.
4. En l'espèce, une copie de la requête a été communiquée le 30 août 2022 à l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt. En dépit de la mise en demeure qui lui a été notifiée par courrier du 3 février 2023, l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt n'a pas produit de mémoire en défense ni même d'observations. Il en résulte qu'il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante qui ne sont pas contredits par les pièces du dossier.
En ce qui concerne la demande relative aux factures impayées :
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, la SAS Bureau Veritas Exploitation a adressé à l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt trois factures n°21840774 et 21840812 du 6 décembre 2021 et n°21923305 du 29 décembre 2021, pour des montants respectifs de 611,05 euros, 101,41 euros et 220,86 euros. Par un courrier de mise en demeure du 22 juin 2022 dont il a été accusé réception le 23 juin 2022 et un courrier de relance du 7 juillet 2022, la SAS Bureau Veritas Exploitation a demandé à l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt de lui payer ces factures arrivées à échéance, ainsi que des intérêts moratoires et des indemnités au titre des frais de recouvrement. Ces demandes sont restées sans réponse. La requérante soutient ne pas avoir eu paiement des sommes demandées, ce à quoi est réputé avoir acquiescé le défendeur.
6. D'une part, il résulte des termes du contrat signé en 2008 entre les parties que les factures sont payables sans escompte à réception. Ces factures sont produites par la requérante ainsi que le rapport de mission correspondant à la prestation effectuée dont la réalisation est admise par acquiescement aux faits par le client. Il s'ensuit que l'obligation de paiement de ces factures n'est pas sérieusement contestable et qu'il y a lieu d'allouer à ce titre une provision de 933,32 euros à la requérante.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2192-13 du code la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires () ". Aux termes de l'article R. 2192-31 du même code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage ". Aux termes de l'article R. 2192-32 du même code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt doit également à son prestataire le paiement d'intérêts moratoires sur les sommes dues au titre des factures impayées, dans les conditions qu'elles fixent.
En ce qui concerne la demande relative aux indemnités légales au titre des frais de recouvrement :
9. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire./ Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur./ Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire./ Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ". Aux termes de l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ".
10. Il résulte de ces dispositions que la SAS Bureau Véritas a droit au versement d'une indemnité forfaitaire de 40 euros pour chacune des factures restées impayées, soit 120 euros. Dès lors que la requérante ne justifie pas avoir exposé plus de 67,66 euros TTC de frais de recouvrement, soit une somme inférieure à l'indemnité forfaitaire, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande tendant au paiement d'une indemnisation complémentaire. Il s'ensuit que l'obligation de l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt de verser une somme au titre des indemnités légales de frais de recouvrement n'est pas sérieusement contestable dans la limite de 120 euros.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'EPSMSI
Amiens-Gézaincourt à verser une provision de 1053,32 euros, dont 933,32 euros assortis des intérêts moratoires, à la SAS Bureau Veritas Exploitation.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EPSMSI Amiens-Gézaincourt la somme de 700 euros au titre des frais exposés par la SAS Bureau Veritas Exploitation et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'EPSMSI Amiens-Gézaincourt est condamné à verser à la SAS Bureau Veritas Exploitation une provision de 1053,32 euros, augmentée des intérêts au taux légal sur la somme de 933,32 euros dans les conditions prévues par les articles R. 2192-31 et R. 2192-32 du code de la commande publique.
Article 2 : L'EPSMSI Amiens-Gézaincourt versera une somme de 700 euros à la SAS Bureau Veritas Exploitation en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Bureau Veritas Exploitation est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Bureau Veritas Exploitation et à l'établissement public social médico-social intercommunal Amiens-Gézaincourt.
Fait à Amiens, le 30 mars 2023.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202770