jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202939 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHELIP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 septembre 2022 et 20 septembre 2023, M. B D, représenté par Me Phelip, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à la suppression de son inscription au FINIADA, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le premier mémoire en défense n'a pas été signé par la préfète de l'Oise, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de justice administrative, si bien qu'il doit être écarté des débats ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas eu connaissance du rapport administratif du 11 janvier 2022 établi par la gendarmerie nationale, de sorte qu'il n'a pas pu formuler ses observations de manière éclairée ;
- il est fondé sur les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, qui ne s'appliquent pas en l'espèce ;
- il repose sur des faits de violence en date du 2 janvier 2021 qui ne sont matériellement pas établis ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2023 et 23 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Phelip, représentant M. D.
M. D a produit une note en délibéré qui a été enregistrée le 15 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a fait usage d'une arme à feu à l'occasion d'une chasse à courre le 22 décembre 2021 sur le territoire de la commune de Morienval (Oise). Par un arrêté du 4 mars 2022, la préfète de l'Oise lui a ordonné de se dessaisir des armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser. M. D a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 9 mai 2022, qui n'a donné lieu à aucune réponse de l'administration. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les écritures de l'Etat :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de justice administrative : " L'Etat est représenté en défense par le préfet () lorsque le litige, quelle que soit sa nature, est né de l'activité des administrations civiles de l'Etat dans le département () ".
3. Eu égard au caractère règlementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 23 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 mars 2023, la préfète de l'Oise a donné à M. C A, directeur de cabinet, délégation à l'effet de signer tout acte, arrêté, correspondance, décision, requête et circulaire relevant des attributions de l'Etat et nécessité par une situation d'urgence, à l'exception d'actes limitativement énumérés au titre desquels ne figurent pas les mémoires présentées devant la juridiction administrative. Dès lors, M. A pouvait légalement signer le mémoire en défense. Il s'ensuit que les conclusions du requérant tendant à ce que le tribunal écarte des débats les écritures de la préfète de l'Oise doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. Toutefois, lorsque l'interdiction d'acquisition et de détention des armes, des munitions et de leurs éléments est prise en application des articles L. 312-3 et L. 312-3-2, les dispositions relatives au respect de la procédure contradictoire prévues au troisième alinéa du présent article ne sont pas applicables. "
5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 20 janvier 2022, l'administration a informé M. D des griefs formulés à son encontre et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. L'intéressé a pu utilement présenter des observations par un courrier du 8 février 2022. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait la communication préalable du rapport de gendarmerie du 11 janvier 2022 et sur lequel s'est fondée la préfète de l'Oise pour prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si la préfète de l'Oise vise, à tort, l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. ". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; () ". Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : ()3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. / Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. () ".
8. L'arrêté attaqué est essentiellement fondé sur la circonstance que, le 22 décembre 2021, M. D a " effectué des tirs d'arme à feu à proximité immédiate d'habitations afin de tuer un cerf, au mépris de la sécurité des personnes et des biens ". A cet égard, il ressort du rapport de gendarmerie versé au dossier que le requérant a abattu de plusieurs coups de feu un cerf lors d'une chasse à courre qui s'est poursuivie à l'intérieur du hameau du Four d'en Haut à Morienval, alors que cet animal était bloqué entre une butte de terre et le grillage d'un terrain d'habitation. Le rapport indique que le poste de tir du chasseur était situé à vingt-sept mètres de l'habitation la plus proche. Si M. D se prévaut de sa prudence dans le maniement des armes à proximité immédiate des habitations, il est constant qu'il a reconnu les faits en cause devant le tribunal judiciaire de Senlis, qui l'a notamment condamné à 4 000 euros d'amende le 2 juin 2022. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. D présentait un risque pour l'ordre public et la sécurité des personnes.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lebdiri, président,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le président,
signé
S. Lebdiri
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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