mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203271 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 7 novembre 2021, la préfète de l'Oise demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme B C, et tous occupants de son chef, occupants de l'appartement situé 4, rue du Maine, à Beauvais (60000) relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Coallia situé 172 avenue Marcel Dassault à Beauvais (60000) ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser la préfète à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du foyer Coallia afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de la famille C.
Elle soutient que :
- Mme C se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA Coallia Beauvais dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure ;
- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies ;
- les éléments produits par Mme C relatifs à son état de santé ne permettent pas de caractériser des circonstances exceptionnelles.
Mme C, représentée par Me Pereira, a produit des pièces, enregistrées le
31 octobre 2022.
Vu :
- la décision par laquelle Mme A a été désignée comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 7 novembre 2022 à 14 h en présence de Mme Grare, greffière, ont été entendus :
- le rapport de Mme Galle, juge des référés,
- les observations de Me Pereira, pour Mme C, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence n'est pas établie dès lors que la préfète n'a saisi le tribunal qu'en octobre 2022 alors que la notification de sortie du lieu d'hébergement indiquait une date de sortie au 30 novembre 2021 et que la mise en demeure de quitter les lieux a été notifiée le 19 juillet 2020 ; elle soutient également que des circonstances exceptionnelles font obstacle à ce que l'urgence soit reconnue dès lors que Mme C est atteinte de surdité, qu'elle a déposé une demande de titre de séjour pour soins sur laquelle il n'a pas encore été statué, que ses enfants sont scolarisés et qu'elle n'a pas trouvé d'autre solution d'hébergement.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par l'autorité préfectorale d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
3. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le
30 avril 1986, a sollicité le statut de réfugié et a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un CADA géré par Coallia à Beauvais. Elle a deux enfants, nés le 15 avril 2007 et 28 février 2014. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 octobre 2021. La demande d'asile présentée par ses deux enfants a été rejetée le 29 novembre 2019. Par un arrêté du 15 novembre 2021, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un courrier du 20 octobre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à Mme C une date de sortie d'hébergement au 30 novembre 2021. Par un courrier du 19 juillet 2022, la préfète de l'Oise a vainement mis en demeure l'intéressée de quitter le CADA dans un délai de
5 jours. Cette mise en demeure a fait l'objet d'une remise en mains propres le 19 juillet 2022. Il s'ensuit que le droit de Mme C de se maintenir sur le territoire français a pris fin et qu'elle ne jouit plus du droit d'être hébergée en CADA.
4. Les besoins d'accueil des demandeurs d'asile et le nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile sont justifiés de façon suffisamment précise par les données actualisées en août 2022 présentées au dossier, qui font état d'une situation de tension élevée quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile, y compris dans le département de l'Oise, dont le taux d'occupation de 96 %, compte tenu des disponibilités du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile. Ainsi, l'expulsion demandée vise à assurer le bon fonctionnement du centre d'accueil des demandeurs d'asile afin de permettre l'accueil des personnes durant la période d'instruction de leur demande d'asile afin qu'elles puissent bénéficier de l'accompagnement social et administratif auquel elles peuvent prétendre et rendu possible par cet hébergement. Les données produites par la préfète ne sont pas contredites par Mme C.
5. Pour contester l'urgence, Mme C soutient en premier lieu que sa sortie du CADA l'expose à des dangers en raison de son état de santé, et produit à l'instance un certificat médical du 9 mai 2022, indiquant qu'elle est atteinte de surdité bilatérale, d'une pathologie psychiatrique et qu'elle est suivie dans un service hospitalier pour une pathologie médicale chronique nécessitant un suivi continu, ainsi que plusieurs résultats d'analyses médicales. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence de circonstances exceptionnelles liées à l'état de santé de Mme C. De même, la circonstance, révélée par la production d'un certificat médical à destination de l'OFII, que Mme C a déposé une demande de titre de séjour pour soins, sur laquelle l'autorité préfectorale ne s'est pas encore prononcée, ne permet pas davantage de caractériser une telle circonstance exceptionnelle.
6. En second lieu, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de ce que l'urgence n'est pas avérée au motif que l'administration aurait tardé à mettre en œuvre la procédure d'expulsion qu'elle déplore, dès lors que, informée officiellement depuis le mois d'octobre 2021 de l'obligation qui pèse sur elle de libérer le local, elle s'y maintient illégalement depuis plus de
11 mois.
7. Enfin, aucun élément concernant la situation particulière des deux enfants, hormis le fait qu'ils serait scolarisés, n'est invoqué, et Mme C ne produit aucun élément probant de nature à démontrer qu'elle a engagé des démarches effectives en vue d'une alternative de relogement ou hébergement.
8. Par suite, pour les motifs exposés aux points 4 à 7, la situation de vulnérabilité de
Mme C et de ses enfants ne constitue pas, dans les circonstances de l'espèce, des circonstances exceptionnelles qui ôteraient à la demande d'expulsion du CADA son caractère d'urgence.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux demandes de la préfète de l'Oise tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme C du logement qu'elle occupe au
4 rue du Maine à Beauvais et relevant du CADA géré par Coallia, au 172 avenue Marcel Dassault à Beauvais. Faute pour l'intéressée et toute personne l'accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour
Mme C d'avoir emporté ses effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme C ainsi qu'à tous occupants de son chef de libérer le local qu'elle occupe au 4, rue du Maine à Beauvais (60000) relevant du CADA géré par Coallia Beauvais situé 172 avenue Marcel Dassault à Beauvais.
Article 2 : La préfète de l'Oise est autorisée à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme C et de tout occupant de son chef.
Article 3 : La préfète de l'Oise est autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile Coallia de Beauvais, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme C d'avoir emporté ses effets personnels.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme C.
Copie en sera transmise à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 8 novembre 2022.
La juge des référés,
Signé :
C. A
La greffière
Signé :
S. Grare La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203271