jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203290 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SADOUDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal le 13 octobre 2022, sous le
n° 2203290, M. A B, représenté par Me Sadoudi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision en date du 20 juillet 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient :
- que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies dès lors qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité professionnelle de plâtrier, emploi qu'il exerce seul, mais aussi au regard des nécessités de la vie quotidienne son épouse étant enceinte et son état nécessitant un suivi médical ;
- qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une personne habilitée, qu'elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route et d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant d'une personne dont le casier judiciaire est vierge.
Par mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient :
- qu'il n'est pas justifié de l'urgence à suspendre la décision contestée dès lors que les contraintes professionnelles ne sont génératrices d'aucune immunité et que les préjudices dont il est fait état ne sont pas établis ;
- qu'il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu la décision attaquée.
Vu :
- la requête n° 2202897 enregistrée le 6 septembre 2022 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, dans les fonctions de juge des référés.
Les parties ayant été régulièrement convoquées à l'audience ;
Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience publique qui s'est tenue le
9 novembre 2022 à 14 heures, en présence de Mme Grare, greffière et entendu les observations de Me Sadoudi et M. B.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à 14 heures 30.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : "Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ()". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : "La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l 'urgence de l'affaire".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que M. B a été contrôlé par le BMO de Crépy-en-Valois, le 19 juillet 2022 à 17h40, sur la RD 1324 traversant le territoire du hameau de Trumilly (Oise) à une vitesse de 142 km/ h (retenue pour 134) pour une vitesse autorisée de 80 km/h, les contrôles effectués ayant, au surplus, révélé un taux d'alcool de 0,52 mg/l d'air expiré (retenu pour 0,47). Le 20 juillet 2022 à 14h33, la préfète de l'Oise a pris à son encontre une décision de suspension de son permis de conduire pour une durée de neuf mois. Si M. B soutient que la décision par laquelle la préfète lui a notifié la suspension de son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à ses conditions d'existence s'agissant d'une personne ayant besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité professionnelle, activité qu'il exerce seul et qui nécessite la détention d'un permis de conduire pour les déplacements professionnels ainsi les nécessités de la vie quotidienne s'agissant d'une personne dont l'activité constitue l'unique source des ressources du foyer et l'épouse, enceinte, nécessite un suivi médical, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route commise par l'intéressé à savoir la conduite d'un véhicule à une vitesse retenue de
134 km/h pour une vitesse autorisée de 80 sous l'emprise de l'alcool. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux exigences de sécurité routière, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement n'est pas remplie alors même que l'intéressé n'a jamais été condamné dans une situation où il n'a saisi la juridiction que le 13 octobre 2022 d'une décision datée du 20 juillet 2022. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin de suspension de la décision le concernant ainsi que de celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 10 novembre 2022.
Le magistrat désigné, La greffière,
Signé : signé :
G. Truy S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203290