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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203311

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203311

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203311
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantBLUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022, et des mémoires complémentaires enregistrés les 27 novembre et 10 décembre 2022, l'Association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches (AAVE) demande au juge des référés de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur le système hydraulique de noues fossés et bassins en rive gauche et sur les terrassements en rive droite réalisés dans le cadre des travaux d'extension du stade de football de Chambly, en vue de :

- décrire les aménagements précités ;

- évaluer la conformité des travaux réalisés pour ces aménagements avec les règles de l'art, et la règlementation ;

- déterminer les causes et origines des désordres et les responsabilités encourues et préjudices subis ;

- dire si les aménagements hydrauliques sont situés plus bas que le toit de la nappe phréatique et s'ils ont pour fonction de rabattre les remontées de nappe ou seulement d'assurer la gestion des eaux pluviales ;

- déterminer si les exhaussements réalisés en rive droite sur le parking et le terrain d'entraînement sont justifiés par des considérations techniques de stabilisation des sols en zone humide.

L'AAVE soutient que :

- à l'appui de sa requête en annulation de l'arrêté environnemental du 30 mai 2022, il convient de faire réaliser une expertise afin : d'établir clairement la fonctionnalité de l'aménagement hydraulique et de noues fossés et bassins en rive gauche, en l'espèce implanté plus bas que le toit la nappe, afin de préciser s'il a pour objet de rabattre les remontées de la nappe phréatique ; d'établir si le choix de réaliser des exhaussements en rive droite est justifié ; d'établir la matérialité des désordres engendrés par la réalisation de fonds de bassin plus bas que la nappe ;

- les exhaussements en rive droite jusque 3 mètres de hauteur ont été réalisés alors qu'ils sont interdits par l'arrêté du 15 janvier 2016 ;

- ces aménagements n'ont fait l'objet d'aucune autorisation au titre de la loi sur l'eau dans la décision d'autorisation environnementale du 30 mai 2022 ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'utilité dès lors que les conclusions de l'expertise peuvent nécessiter que l'autorité administrative édicte en urgence des mesures de nature à protéger la zone humide sur la parcelle AR 3 et la nappe phréatique ;

- l'objet de l'expertise sollicitée est différent de l'objet de la requête dirigée contre l'autorisation environnementale dès lors qu'il concerne la protection de la zone humide fragile ; les résultats de l'expertise sont également déterminants en vue de l'annulation contentieuse de la décision d'autorisation environnementale ;

- l'expertise est nécessaire en vue d'informer les autorités compétentes en cas d'atteinte environnementale avérée et d'avoir les moyens de mettre fin à une telle atteinte ;

- l'objet de l'expertise est de lever les contradictions entre le rapport du commissaire enquêteur et le contenu de l'étude d'impact, et entre les conclusions du commissaire enquêteur et le contenu de l'autorisation environnementale, en ce qui concerne la nappe, et en ce qui concerne la justification des exhaussements réalisés en rive droite ;

- l'objet de l'expertise est un constat technique sur des travaux déjà réalisés est différent de l'objet de la requête en annulation ;

- il existe un lien avec la requête en annulation dirigée contre l'autorisation environnementale du 30 mai 2022, laquelle pourra être annulée au vu des résultats de l'expertise dès lors que les aménagements réalisés l'ont été sans étude impact, et sans information du public, et sans autorisation environnementale ;

- son recours au fond contre le permis de construire de la Halle des Sports sera nécessairement reconsidéré au regard des résultats de l'expertise, de même que l'appel du procureur et de l'AAVE contre l'ordonnance du juge pénal rejetant son référé pénal environnemental contre la halle des sports.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'expertise sollicitée ne présente pas de caractère d'utilité compte tenu des mesures que le juge peut ordonner dans le cadre de l'instruction de la requête dirigée contre l'autorisation environnementale du 30 mai 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 28 décembre 2022, ce dernier non communiqué, la commune de Chambly, représentée par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'AAVE la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'expertise sollicitée ne se rattache pas de manière suffisamment claire à un litige principal, qu'il n'est pas justifié de circonstances particulières conférant à la mesure sollicitée un caractère d'utilité de celui de la mesure que le juge pourrait ordonner dans le cadre de la requête n°2201975 dirigée contre l'autorisation environnementale, et que la demande ne présente pas de caractère d'utilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () "

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

3. Par un arrêté du 15 janvier 2016, le préfet de l'Oise a autorisé, au titre des dispositions du I de l'article L. 214-3 du code de l'environnement, le projet de construction par la commune de Chambly d'un complexe sportif comprenant notamment la réalisation, sur une parcelle cadastrée AR n° 36, d'un nouveau terrain de football à proximité de terrains déjà existants au sein du stade Walter Luzi, que la préfète de la région Picardie a dispensé d'évaluation environnementale par arrêté du 4 août 2015. La commune de Chambly a souhaité apporter des modifications à son projet en prévoyant notamment l'extension de sa superficie de 4,4 à 10,2 hectares. Par un arrêté du 7 décembre 2018 modifiant l'arrêté du 15 janvier 2016, le préfet de l'Oise a autorisé ces modifications. Par une décision du 20 octobre 2020, le Conseil d'Etat a suspendu, sur le fondement de l'article L. 122-2 du code de l'environnement, l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Oise du 7 décembre 2018, au motif qu'il n'avait pas été précédé d'une évaluation environnementale. Le tribunal administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 7 décembre 2018 par un jugement du 12 mai 2021. A la suite de cette annulation, confirmée par un arrêt de la cour administrative de Douai en date du 18 octobre 2022, la commune de Chambly a procédé à une évaluation environnementale de son projet, et organisé une enquête publique. Par un arrêté du

30 mai 2022, la préfète de l'Oise a délivré à la commune de Chambly une autorisation environnementale pour la réalisation de l'extension du stade de football Walter Luzi. L'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches (AAVE) a demandé au tribunal, par une requête enregistrée sous le n°2201975 le 20 juin 2022, l'annulation de cet arrêté. Par la présente requête, l'AAVE demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise portant sur les aménagements hydrauliques de noues fossés et bassins réalisés en rive gauche et sur les exhaussements réalisés en rive droite, ces travaux, autorisés par l'arrêté du 7 décembre 2018, ayant été réalisés avant l'annulation contentieuse de cet arrêté, et de nouveau autorisés par l'arrêté du 30 mai 2022.

4. Dans le dernier état de ses écritures, l'AAVE soutient que sa demande d'expertise a un double objet.

5. En premier lieu, l'association requérante fait valoir que l'objet de sa demande d'expertise est de faire constater les travaux déjà réalisés en matière d'aménagements hydrauliques en rive gauche ainsi que les terrassements visant à stabiliser le sol en rive droite. Elle fait valoir que les aménagements autorisés par l'arrêté du 30 mai 2022 impliquent la réalisation d'aménagements hydrauliques et de terrassements qui portent atteinte, dès lors qu'ils se trouvent sous le niveau de la nappe phréatique, à la zone humide fragile, et qu'il existe des contradictions au sujet de ces travaux entre l'étude d'impact d'une part et le rapport du commissaire enquêteur d'autre part, qu'il conviendrait de " lever " par la réalisation d'une expertise. Elle fait également valoir que les aménagements hydrauliques n'ont fait l'objet d'aucune autorisation préalable au titre de la loi sur l'eau, et n'ont pas été mentionnés dans l'étude d'impact, ce qui constitue une infraction environnementale. Enfin, l'AAVE précise que les conclusions de l'expertise peuvent nécessiter que l'autorité administrative prenne des mesures d'urgence et de conservation de l'environnement.

6. Toutefois, il résulte de l'instruction que la consistance des travaux réalisés a déjà été présentée de manière suffisamment détaillée dans l'étude d'impact et le rapport du commissaire enquêteur établis préalablement à l'arrêté portant autorisation environnementale du 30 mai 2022. D'autre part, en se bornant à soutenir que la réalisation d'aménagements hydrauliques sous le niveau de la nappe phréatique, menée selon l'association requérante sans autorisation environnementale, et que la réalisation d'exhaussements en rive droite, interdite par l'arrêté du 15 janvier 2016 et injustifiée sur le plan technique, constituent des " infractions environnementales ", l'association requérante n'apporte aucun élément précis, en dehors de citations du rapport du commissaire enquêteur dont aucune ne vient étayer cette thèse, de nature à laisser penser que des atteintes à l'environnement ont été causées par les travaux précités. Enfin, l'AAVE se borne à soutenir que l'autorité administrative devrait prendre des mesures conservatoires en cas de constatation d'atteintes à l'environnement par l'expertise, mais n'indique pas dans la perspective de quel litige actuel ou éventuel l'expertise sollicitée serait susceptible d'avoir une utilité. Par suite, la demande d'expertise en vue de " lever des contradictions " du rapport du commissaire enquêteur ou de constater des infractions environnementales, ne présente, en état l'instruction, aucun caractère utile.

7. En deuxième lieu, l'AAVE fait également valoir que sa demande d'expertise est utile afin d'établir l'illégalité, dont est, selon elle, entachée l'autorisation environnementale du 30 mai 2022 attaquée par l'AAVE sous le n° 2201975. Elle soutient également que l'expertise sollicitée pourra être utile afin d'établir l'illégalité de la décision attaquée dans sa requête dirigée contre le permis de construire accordé à la halle des sports située à proximité du stade, et afin d'obtenir satisfaction devant le juge judiciaire dans l'instance en appel contre l'ordonnance rejetant son référé pénal environnemental.

8. Toutefois, s'il résulte de l'article R. 625-1 du code de justice administrative qu'il peut être fait application des dispositions de l'article R. 532-1, alors même qu'une requête à fin d'annulation est en cours d'instruction, il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure demandée sur ce fondement. En l'espèce, aucune circonstance particulière ne confèrerait à la mesure qu'il est ainsi demandé au juge des référés d'ordonner un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le juge du plein contentieux, saisi de la requête n° 2201975 dirigée contre l'autorisation environnementale, ou que le juge de l'excès de pouvoir, saisi de la requête dirigée contre un permis de construire d'un projet voisin, pourra décider, le cas échéant, dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction. En particulier, la requérante ne fournit au juge des référés aucun élément de nature à justifier qu'il fasse usage du pouvoir qu'il tient des dispositions citées ci-dessus, sans attendre que la formation de jugement chargée de l'instruction de ces requêtes ait pu elle-même en apprécier l'utilité. Enfin, la circonstance que l'expertise sollicitée pourrait également avoir une utilité dans le cadre d'une instance distincte portée devant une juridiction judiciaire ne permet pas d'établir son utilité au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le litige principal auquel cette expertise pourrait alors se rattacher ne relevant pas de la compétence de la juridiction administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'AAVE doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AAVE une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à la commune de Chambly.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches est rejetée.

Article 2 : L'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches versera une somme de 1000 euros à la commune de Chambly en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches, à la commune de Chambly et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 19 janvier 2023.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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