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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203452

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203452

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203452
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSTOUFFS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 octobre et 9 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Stouffs, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au garde des sceaux, ministre de la justice de se prononcer sans délai et au plus tard le 16 novembre 2022 sur sa demande de nomination en qualité de notaire sur un office créé, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande de nomination en qualité de notaire dans un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens a été tirée au sort en application de l'article 53 du décret n° 73-609 du juillet 1973, puis elle a confirmé cette demande le 4 juillet 2022 ;

- en dépit de ces circonstances, et alors même que le calendrier d'instruction publié par l'administration prévoyait l'intervention de la nomination à prononcer pour la zone n° 3202 au plus tard au 31 août 2022, aucune décision n'a été prise par le garde des sceaux, ministre de la justice ;

- il y a urgence à enjoindre à l'administration de prendre une décision, alors que le délai raisonnable d'instruction est dépassé, qu'elle doit procéder à la régularisation du compromis de vente de ses futurs locaux professionnels avant le 20 novembre 2022 et qu'elle est actuellement sans emploi ;

- la mesure est utile, dès lors que l'administration précise que sa demande est toujours en cours d'instruction et qu'il résulte des dispositions applicables qu'aucune décision implicite ne s'est formée ;

- il n'existe aucune contestation sérieuse, alors que l'administration indique être en attente d'un avis du procureur général quant à son honorabilité, lequel n'est pas prévu par les textes et ne revêt aucun caractère d'utilité dès lors que le conseil supérieur du notariat n'a émis aucune réserve sur ce point ;

- il n'est fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 ;

- le décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 ;

- le décret n° 2014-1277 du 23 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Aux termes de l'article 53 du décret du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire, applicable aux décisions de nomination en qualité de notaire dans un office créé : " () lorsque le nombre des demandes de création d'office enregistrées dans les vingt-quatre heures suivant la date d'ouverture du dépôt des demandes précisée à l'article 50 du présent décret est supérieur, pour une même zone, aux recommandations, l'ordre de ces demandes est déterminé par tirage au sort en présence d'un représentant du Conseil supérieur du notariat dans les conditions prévues par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. / () Lorsqu'une demande est tirée au sort, le demandeur indique, par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice, selon des modalités fixées par arrêté du garde des sceaux, s'il maintient sa demande dans un délai de dix jours francs suivant la publication du procès-verbal du tirage au sort () ".

3. Aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Selon l'article L. 231-6 du même code : " Eu égard à l'objet de certaines décisions ou pour des motifs de bonne administration, l'application de l'article L. 231-1 peut être écartée par décret en Conseil d'Etat et en conseil des ministres ". Il résulte de l'article 1er du décret du 23 octobre 2014 et de son annexe que le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande de nomination en qualité de notaire dans un office créé ou vacant vaut décision implicite de rejet. Compte tenu des dispositions citées au point précédents, qui prévoient une procédure de tirage au sort lorsque le nombre de demandes est supérieur au nombre d'office à créer dans une zone, ce délai court nécessairement, dans une telle hypothèse, à compter de la date à laquelle le candidat tiré au sort a déclaré maintenir sa demande.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B, dont la demande de nomination dans un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens a été tirée au sort sur le fondement des dispositions citées au point 2, a confirmé cette même demande au plus tard le 4 juillet 2022. Si l'administration indique poursuivre toujours l'instruction de cette demande dans l'attente d'un avis du procureur général près la cour d'appel territorialement compétente et si cette circonstance est susceptible d'induire en erreur la requérante sur le délai de recours susceptible de lui être opposé, elle est en revanche sans incidence sur la formation même de la décision implicite rejetant cette demande, qui ne dépend que des dispositions légales et réglementaires citées ci-dessus, lesquelles impliquent, au cas d'espèce, qu'une telle décision s'est formée le 4 septembre 2022.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B ne peut utilement demander à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de se prononcer sur sa demande de nomination en qualité de notaire, alors que cette décision est déjà intervenue. Les conclusions qu'elle présente à cette fin, ensembles celles qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent, par suite, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Amiens, le 10 novembre 2022.

Le président de la 3ème chambre,

Juge des référés

Signé :

S. Thérain

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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