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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203476

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203476

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203476
TypeDécision
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens, statuant en référé, a condamné l'État à verser une provision de 106,44 euros à M. B, un détenu employé au centre pénitentiaire de Laon, en raison d'une erreur dans le calcul de sa rémunération et des cotisations sociales pour les mois de janvier et février 2022. La juridiction a jugé que la créance n'était pas sérieusement contestable, car les textes applicables (articles 717-3 et D. 432-1 du code de procédure pénale, ainsi que les articles R. 381-99 et suivants du code de la sécurité sociale) imposent un taux horaire minimal et des modalités de cotisation spécifiques que l'administration n'avait pas respectés. La proposition transactionnelle faite par le ministre de la justice en cours d'instance n'a pas été considérée comme un obstacle à cette demande de provision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Dormieu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 106,44 euros au titre des arriérés de salaires dus pour ses emplois au centre pénitentiaire de Laon durant les mois de janvier et février 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les salaires perçus au titre des mois de janvier et février 2022 sont erronés ;

- sa créance est non sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

La créance ne présente un caractère sérieusement contestable dès lors qu'il a reçu postérieurement à l'introduction de sa requête une proposition d'indemnisation à hauteur de

107,49 euros et que le préjudice moral allégué n'est pas établi.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2021-151741 du 22 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 106,44 euros, à titre de provision. Il soutient qu'au titre de son activité professionnelle au centre pénitentiaire de Laon, il a été rémunéré à un taux inférieur à celui prévu par les dispositions du code de procédure pénale et que les cotisations sociales prélevées sur ses revenus d'activité ont été calculées de manière erronée.

Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " () La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article

L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Aux termes de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : "Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; / () ".

4. En application des dispositions combinées des articles 717-3 et D. 432-1 du même code, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires ne peut être inférieure à des taux horaires qui varient suivant la nature des activités exercées par la personne détenue.

5. Ces dispositions réglant entièrement les conditions de la rémunération du travail des personnes détenues et excluant pour leur application toute recherche de concessions réciproques et équilibrées entre les parties, la seule circonstance que le garde des sceaux, ministre de la justice, ait fait parvenir en cours d'instance à M. B une proposition de protocole transactionnel, qui a vocation à régler un litige n'ayant pas pour objet de réparer un préjudice mais exclusivement d'assurer le versement des salaires légalement dus à M. B, ne saurait faire obstacle à la saisine du juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que la créance n'est pas sérieusement contestable doit être écarté.

6. D'autre part, aux termes de l'article D. 433-4 du code de procédure pénale, alors applicable au litige : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue () sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : " Le taux de la cotisation d'assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l'employeur () ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 de ce code prévoit que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Aux termes de l'article R. 381-105 de ce même code : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration () ". Enfin, aux termes de l'article R. 381-107 du même code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105 ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariales et patronales, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue. La part salariale du taux de cotisation des assurances vieillesse et veuvage est fixée en application de l'article D. 242-4 du code de la sécurité sociale à 6,90 % de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3, et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération depuis le 1er janvier 2017.

8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 136-1-1 du code de la sécurité sociale, applicable à compter du 1er janvier 2020 : " I.-La contribution prévue à l'article

L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte.() III. Par dérogation au I, sont exclus de l'assiette de la contribution mentionnée à l'article L. 136-1 les revenus suivants : 1° () e) Un pourcentage fixé par décret de la rémunération versée aux personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8, qui ne peut excéder 40 % de cette rémunération ; () ". Les personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8 sont les détenus exécutant un travail pénal. Enfin, selon le II de l'article D. 136-1 de ce code, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er juin 2021, le " pourcentage de la rémunération mentionné au e du 1° du III de l'article L. 136-1-1 est égal à 38 % ".

9. Aux termes de l'article L. 136-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige :

" I.- Pour le calcul de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du présent code, les revenus bruts suivants bénéficient d'une réduction représentative de frais professionnels fixée à

1,75 % pour leur montant inférieur à quatre fois la valeur du plafond mentionné à l'article

L. 241-3 : 1° Les revenus d'activités () ". De plus, aux termes du I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " Il est institué une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code. () ". Il résulte de ces dispositions que la rémunération due aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans le cadre d'activité de production est assujettie à la contribution sociale généralisée, ainsi qu'à la contribution au remboursement de la dette sociale.

10. Enfin, en application des dispositions des articles L. 136-2 et L. 136-8 du code de la sécurité sociale ainsi que des articles 14 et 19 de l'ordonnance du 24 janvier 1996, la contribution sociale mentionnée à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale s'élève à 9,2 % du montant brut des rémunérations préalablement réduit de 1,75%, et la contribution prévue par l'article 14 de cette ordonnance à 0,5 % de ce montant également préalablement réduit de 1,75 %.

11. Il résulte de l'instruction qu'au titre des mois de janvier et février 2022, M. B a été affecté aux ateliers du centre pénitentiaire Laon. Conformément aux dispositions mentionnées

ci-dessus de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale, sa rémunération brute ne pouvait être inférieure à 45 % du taux horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance, lequel était de 10,57 euros bruts par heure pendant la période concernée. En application de l'ensemble des dispositions précitées du code de la sécurité sociale, du code de procédure pénale et de l'ordonnance du 24 janvier 1996, devaient être déduites de sa rémunération brute la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) selon les modalités et les taux indiqués précédemment, auxquelles s'ajoute, s'agissant d'un emploi aux ateliers, la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse. Il résulte de l'instruction qu'eu égard à l'emploi en activité de production occupé par le requérant durant les mois de janvier et février 2022 compte tenu du nombre d'heures travaillées, et des salaires effectivement perçus par l'intéressé au titre de ces périodes, la somme correspondant au reliquat des salaires non perçus durant les périodes précitées s'élève au total à la somme de 107,67 euros.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir, dans la limite de ses conclusions, que l'administration reste redevable, au titre de ses arriérés de salaire, de la somme de 106,44 euros, laquelle correspond à une créance non sérieusement contestable. Par suite, il y a seulement lieu de condamner l'Etat à lui verser une provision de ce montant.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat versera à M. B la somme de 106,44 euros à titre de provision.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Dormieu, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Amiens, le 12 août 2024.

La juge des référés

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2203476

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