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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203580

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203580

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203580
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSTOUFFS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 et 17 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Stouffs, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a implicitement rejeté sa demande de nomination en qualité de notaire sur un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de prononcer cette nomination à titre provisoire dans un délai de trois jours à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée crée une situation d'urgence, dès lors qu'elle doit procéder à la régularisation du compromis de vente de ses futurs locaux professionnels avant le 20 novembre 2022 et qu'elle est actuellement sans emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, par méconnaissance du principe du contradictoire, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de prendre connaissance des éléments nouveaux dont se prévaut l'administration et qui ont justifié la saisine pour avis du procureur général près la cour d'appel d'Amiens ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'aucune disposition n'impose de recueillir préalablement l'avis du procureur général près la cour d'appel territorialement compétente ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que l'administration ne verse pas aux débats les éléments nouveaux qui ont justifié la saisine pour avis du procureur général près la cour d'appel d'Amiens et qu'il n'est dès lors pas démontré qu'il pourrait justifier un refus de nomination.

Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête enregistrée le 11 novembre 2022 sous le n° 2203573 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 ;

- le décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 ;

- le décret n° 2014-1277 du 23 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président ;

- les observations de Me Stouffs, assistant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en soutenant, en outre, que la situation d'urgence est constituée par la circonstance que la décision contestée l'empêche d'exercer sa profession sans aucune raison valable.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, dont la demande de nomination dans un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens a été tirée au sort en application de l'article 53 du décret du 5 juillet 1973, a déclaré maintenir sa candidature à cette nomination le 4 juillet 2022 à l'invitation du même jour de l'administration. Elle a présenté le 29 octobre 2022 au juge des référés du tribunal une demande fondée sur l'article L. 521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de se prononcer sur sa demande de nomination, laquelle a été rejetée le 10 novembre 2022, au motif qu'une décision implicite de rejet de l'administration était déjà intervenue. Mme B demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de cette dernière décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. En premier lieu, l'exécution de la décision attaquée a pour effet d'empêcher Mme B, actuellement sans profession, de reprendre, après son retrait en octobre 2020 d'un précédent office, l'exercice de sa profession de notaire, alors que l'administration se borne à se prévaloir que seule l'absence d'avis du procureur général près la cour d'appel d'Amiens, consulté à raison d'éléments nouveaux, s'opposerait à sa nomination. En outre, Mme B, qui pouvait raisonnablement espérer sa nomination à l'issue du délai d'instruction de sa demande tirée au sort dans les conditions évoquées au point 1., a conclu un compromis de vente portant sur l'acquisition de ses futurs locaux professionnels qu'elle est mise en demeure de réitérer avant le 20 novembre 2022, ou à tout le moins à très brève échéance. Dès lors que l'administration ne saurait être regardée comme justifiant en l'espèce d'un intérêt public s'attachant à l'exécution de la décision attaquée alors qu'elle ne produit ni même ne décrit les éléments nouveaux dont elle se prévaut, cette décision, par le seul fait qu'elle fait obstacle à la reprise d'activité professionnelle de la requérante, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts, alors même qu'elle bénéficie d'un revenu de remplacement.

4. En second lieu, alors même qu'il était loisible à l'administration de solliciter l'avis du procureur général près la cour d'appel territorialement compétente avant de se prononcer sur la demande de nomination de Mme B en qualité de notaire, le moyen tiré de ce que l'absence d'intervention de cet avis n'est pas au nombre des motifs pouvant légalement justifier la décision attaquée est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité.

5. Il s'ensuit que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

6. L'exécution de la présente ordonnance implique, au cas d'espèce, qu'il soit enjoint, dès sa date de signature, au garde des sceaux, ministre de la justice, de prononcer sans délai la nomination provisoire de Mme A B en qualité de notaire sur un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du lundi 21 novembre 2022.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a implicitement rejeté la demande de nomination de Mme A B en qualité de notaire sur un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de prononcer, sans délai à compter de la date de la présente ordonnance, la nomination, à titre provisoire dans l'attente de l'examen du fond de l'affaire, de Mme A B en qualité de notaire sur un office à créer au sein de la zone n° 3202 d'Amiens, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du 21 novembre 2022.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance est exécutoire dès sa date de signature en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Amiens, le 17 novembre 2022.

Le juge des référés,

Signé :

S. Thérain

La greffière,

Signé :

N. Wrobel

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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