vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2204055 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP DONNETTE-LOMBARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, Mme F A épouse B, Mme D G et M. C A, agissant en leur qualité de cohéritiers de leur père et grand-père Michel A, représentés par Me Donnette, demandent au juge des référés de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier (CH) de Saint-Quentin et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge par l'établissement de santé précité de M. E A à compter du
14 février 2022 jusqu'à son décès le 22 avril 2022.
Ils soutiennent que :
- M. E A a été hospitalisé le 4 février 2022 au centre hospitalier de
Saint-Quentin à la suite d'une chute provoquée par la fracture d'une prothèse totale de la hanche droite ;
- il a subi deux interventions chirurgicales les 14 février et 24 mars 2022 ;
- il résulte du compte-rendu opératoire que M. A a subi un sepsis sur prothèse, et que par ailleurs, il a contracté la covid-19 lors de son hospitalisation ;
- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier de Saint-Quentin et les préjudices subis.
Par un mémoire, enregistré le 3 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne, informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de désignation d'un expert et précise que si la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Quentin est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.
Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2022, le centre hospitalier de Saint-Quentin, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au juge des référés, de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à sa participation à une mesure d'expertise, sous toutes réserves de responsabilité, d'étendre les opérations d'expertise à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de confier la mission d'expertise habituelle complète de la juridiction en matière de responsabilité médicale à un expert chirurgien orthopédiste, avec possibilité pour lui de s'adjoindre un sapiteur d'une spécialité distincte de la sienne, et notamment un infectiologue, suivant mission qu'il décrit.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique, à l'expertise sollicitée qui sera confiée à tel expert qu'il plaira à la juridiction avec mission d'expertise telle que décrite dans le corps des présentes, dire que l'expert rédigera un
pré-rapport qui sera adressé aux parties aux fins d'observations auxquelles il sera répondu dans le rapport définitif et de statuer ce que de droit sur les dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par les consorts A sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur la demande de désignation d'un sapiteur :
4. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander à la présidente du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.
Sur les dépens :
5. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Le professeur H I de Mazancourt exerçant Hôpital Ambroise Paré - Laboratoire de biochimie et physique - 9 avenue Charles de Gaulle à Boulogne Billancourt (92100) est désigné pour procéder, en présence de Mme F A épouse B, de Mme D G, de M. C A, du centre hospitalier de
Saint-Quentin, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :
1° Se faire communiquer le dossier médical de M. E A et tous documents utiles relatifs à sa prise en charge par le centre hospitalier de Saint-Quentin et aux conditions de son décès ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles aient eu communication de ces documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;
2° Préciser l'état de santé antérieur à la prise en charge ;
3° Décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;
4° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;
5° Déterminer les causes du décès ; dire s'il a un rapport avec l'état initial de
M. E A ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du décès présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier de Saint-Quentin, en distinguant la part à mettre en relation avec l'état initial, toute pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause comme un aléa thérapeutique ou un accident médical non fautif ;
6° Dans le cas où le décès aurait pour origine au moins partielle une infection nosocomiale, se prononcer sur le comportement de l'équipe médicale dans la prévention du risque ; préciser à quelle date les premiers signes d'infection ont été constatés, le diagnostic porté et la thérapeutique mise en œuvre ; se prononcer sur la qualité de prise en charge de l'infection ; dire quel acte est à l'origine de l'infection et par qui il a été pratiqué ; dire quels sont les types de germes identifiés ; préciser si l'infection a pu être favorisée par d'autres facteurs ; préciser si la conduite diagnostique et thérapeutique de cette infection a été conforme aux règles de l'art et en cas de réponse négative dire qu'elles auraient été les conséquences prévisibles de cette infection en l'absence de défaut de prise en charge ;
7° Dire si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre une chance sérieuse de survie, au moins partielle ; donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue d'éviter le décès en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
8° Donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis avant le décès et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé, et en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
9° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A épouse B, à Mme D G, à M. C A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, au centre hospitalier de Saint-Quentin, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et au professeur H I de Mazancourt, expert.
Fait à Amiens, le 14 avril 2023.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2204055