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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300166

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300166

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300166
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2023, M. A B représenté par Me Porcher, demande au juge des référés de prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en présence de la commune de Canny-sur-Matz, du syndicat d'assainissement de la vallée du Matz et de la société par actions simplifiée Nord Ingénierie en vue de se prononcer sur la conformité aux règles de l'art des différents travaux de raccordement de son habitation située 308 rue de Picardie à Canny-sur-Matz au réseau d'assainissement collectif, sur les désordres résultant de l'exécution de ces travaux et d'évaluer les moyens d'y remédier.

Il soutient que :

- les travaux de raccordement de sa propriété au réseau collectif d'assainissement n'ont pas été exécutés conformément aux modalités convenues, en ce qu'une pompe de relevage a été installée, que l'atelier situé sur son terrain n'a pas été raccordé et que les travaux de remise en état du site n'ont pas été effectués ;

- la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité dès lors qu'elle permet de déterminer la conformité des travaux en cause aux règles de l'art, et ce au regard des contraintes techniques que pouvait présenter ce chantier.

La présidente a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

-le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable devant le juge administratif, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. M. B demande au juge des référés de prescrire une expertise afin d'apprécier la conformité des travaux de raccordement de sa propriété située à Canny-sur-Matz au réseau d'assainissement collectif, de déterminer les désordres en ayant résulté et les moyens d'y remédier.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales : " II. - Les communes assurent le contrôle des raccordements au réseau public de collecte, la collecte, le transport et l'épuration des eaux usées, ainsi que l'élimination des boues produites. Elles peuvent également, à la demande des propriétaires, assurer les travaux de mise en conformité des ouvrages visés à l'article L. 1331-4 du code de la santé publique, depuis le bas des colonnes descendantes des constructions jusqu'à la partie publique du branchement, et les travaux de suppression ou d'obturation des fosses et autres installations de même nature à l'occasion du raccordement de l'immeuble. ". L'article L. 1331-4 du code de la santé publique dispose : " Les ouvrages nécessaires pour amener les eaux usées à la partie publique du branchement sont à la charge exclusive des propriétaires () ".

4. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales que le service public de l'assainissement présente le caractère d'un service public industriel et commercial. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs aux dommages causés aux usagers à l'occasion de la fourniture du service, peu important que la cause des dommages réside dans un vice de conception, l'exécution des travaux publics ou l'entretien d'ouvrages publics, ou encore à un refus d'autorisation de raccordement au réseau public. En revanche, un litige né du refus de réaliser ou de financer des travaux de raccordement au réseau public de collecte, lesquels présentent le caractère de travaux publics, relève de la compétence de la juridiction administrative

5. En l'espèce, les prestations de raccordement au réseau d'assainissement collectif dont M. B fait état à l'appui de sa requête constituent un prolongement direct des missions pouvant être prises en charge par les personnes publiques, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales dans le cadre du service public de l'assainissement collectif. Dès lors, le dommage dont il se plaint, qui se rapporte à un vice dans la conception et l'exécution de ces prestations, doit être regardé comme un dommage causé à un usager du service public de l'assainissement, lequel a le caractère d'un service public industriel et commercial ainsi qu'il a été dit, et dont il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître.

6. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expertise présentée par M. B est manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif et doit, dès lors, être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Amiens le 2 février 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Juge des référés,

Signé :

C. Binand

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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