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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300225

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300225

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300225
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 janvier 2023 et le 25 janvier 2023, M. A M'Bala M'Bala représenté par Me Verdier demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le maire de Compiègne a interdit la représentation de son spectacle " A dans foutu pour foutu " prévue le 27 janvier 2023 sur le territoire de cette commune ;

2°) d'enjoindre au maire de Compiègne de laisser cette représentation se dérouler ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Compiègne le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est établie dès lors que cet arrêté n'a été porté à sa connaissance que le 19 janvier 2023 par ses échos dans la presse locale et que cette interdiction tardive l'expose à des conséquences financières dommageables ;

- cette interdiction porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'expression, à la liberté de réunion et la liberté du travail qui constituent des libertés fondamentales dès lors qu'aucune considération relative à l'ordre ou à la sécurité public ne la justifie.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2023, la commune de Compiègne représentée par Me Portelli conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant du versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête ne satisfait ni à la condition d'urgence, dès lors que l'arrêté a fait l'objet, le jour même de son édiction, d'une mesure de publication suffisant à en permettre sa prise de connaissance par M. M'Bala M'Bala, ni à celle de l'atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées, compte tenu des risques de troubles à l'ordre public sur le territoire de la commune présentés par le spectacle en cause.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 30 juin 1881 sur la liberté de réunion ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 25 janvier 2023 à 16 heures 30 en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés,

- les observations de Me Decroos, substituant Me Portelli qui reprend en les développant les arguments exposés dans le mémoire de la commune de Compiègne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A M'Bala M'Bala demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le maire de Compiègne a interdit la représentation de son spectacle " A dans foutu pour foutu " prévue le 27 janvier 2023 sur le territoire de cette commune.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. L'exercice de la liberté d'expression est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il appartient aux autorités chargées de la police administrative de prendre les mesures nécessaires à l'exercice de la liberté de réunion. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police administrative de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées pour prévenir la commission des infractions pénales susceptibles de constituer un trouble à l'ordre public sans porter d'atteinte excessive à l'exercice par les citoyens de leurs libertés fondamentales. Dans cette hypothèse, la nécessité de prendre des mesures de police administrative et la teneur de ces mesures s'apprécient en tenant compte du caractère suffisamment certain et de l'imminence de la commission de ces infractions ainsi que de la nature et de la gravité des troubles à l'ordre public qui pourraient en résulter.

4. Il résulte des dispositions ci-dessus rappelées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative qu'une demande présentée au titre de cette procédure implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté aurait fait l'objet de mesures suffisant à ce qu'il soit porté à la connaissance de M. M'Bala M'Bala avant le 19 janvier 2023 ainsi que celui-ci le fait valoir. Par suite, l'interdiction du spectacle prévu le vendredi 27 janvier 2023, à 20h00 est en elle-même de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Pour justifier l'interdiction prononcée, le maire de Compiègne s'est fondé sur la circonstance que " les représentations données par M. A M'Bala M'Bala, en raison de leur contenu, peuvent être de nature à troubler l'ordre public " et que, dans ces conditions, l'évènement prévu le 27 janvier 2023 ne présente pas de garanties de sécurité suffisantes, en l'absence d'information concernant le lieu exact de son déroulement. Toutefois, le maire de Compiègne, en se référant à des décisions judicaires ayant trait à des spectacles de l'intéressé remontant en dernier lieu à l'année 2015, ne fait état d'aucune attitude ni d'aucun propos récents de la part du requérant qui auraient été de nature à porter un trouble à l'ordre public, ni même que de récents spectacles auraient généré des troubles graves de cette nature, notamment à l'occasion de celui qui s'est tenu en septembre 2022 à proximité de Compiègne, alors qu'il ressort des décisions juridictionnelles produites par le requérant que les spectacles qu'il a organisés au cours des dernières années se sont déroulés sans incident. En outre, la commune de Compiègne n'apporte aucune précision quant au contenu du spectacle objet de l'interdiction en litige qui serait susceptible d'engendrer de tels troubles.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en décidant l'interdiction du spectacle de M. M'Bala M'Bala alors qu'aucune circonstance particulière ne permet de tenir pour établi le risque allégué de trouble à l'ordre public, le maire de Compiègne a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'expression et à la liberté de réunion. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance, au regard de la suspension des effets de l'arrêté portant interdiction du spectacle qu'elle prononce, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle au versement de la somme que la commune de Compiègne demande sur leur fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. M'Bala M'Bala au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Compiègne a décidé l'interdiction du spectacle de M. M'Bala M'Bala, prévu le 27 janvier 2023 est suspendue.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A M'Bala M'Bala et à la commune de Compiègne

Fait à Amiens, le 26 janvier 2023,

Le juge des référés

:

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300225

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