mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301220 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DORMIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Dormieu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 37,94 euros au titre des arriérés de salaire dus pour son emploi au centre pénitentiaire de Beauvais durant le mois de juillet 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le montant du salaire qu'il a perçu au titre du mois de juillet 2021 est erroné ;
- sa créance est non sérieusement contestable.
La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice.
Par un mémoire en défense, produit dans le dossier n°2301258 par le ministre de la justice et communiqué au requérant également dans la présente instance, le garde des sceaux, ministre de la justice, demande au tribunal de rejeter la requête.
Il soutient que l'administration a proposé au requérant de lui verser une somme de 29,28 euros par un courrier du 9 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de sécurité sociale ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 37,94 euros, à titre de provision. Il soutient qu'au titre de son activité professionnelle au centre pénitentiaire de Beauvais, il a été rémunéré à un taux inférieur à celui prévu par les dispositions du code de procédure pénale et que les cotisations sociales prélevées sur ses revenus d'activité ont été calculées de manière erronée.
Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, applicable au litige : " () La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article
L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production / 33 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe I ; / 25 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe II ; / 20 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe III. Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, détermine la répartition des emplois entre les différentes classes en fonction du niveau de qualification qu'exige leur exécution. () ".
4. Ces dispositions réglant entièrement les conditions de la rémunération du travail des personnes détenues et excluant pour leur application toute recherche de concessions réciproques et équilibrées entre les parties, la circonstance que l'administration ait proposé au requérant, par un courrier du 9 mars 2023, de lui attribuer une somme de 29,28 euros au titre d'un complément de rémunération pour le mois de juillet 2021, en lui transmettant un protocole transactionnel dont il n'est d'ailleurs ni établi ni allégué qu'il ait été signé par l'intéressé, protocole qui a vocation à régler un litige n'ayant pas pour objet de réparer un préjudice mais exclusivement d'assurer le versement des salaires légalement dus à M. B, ne saurait faire obstacle à la saisine du juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Cette proposition, d'un montant au demeurant inférieur à celui réclamé par l'intéressé dans le cadre de la présente instance, n'est pas davantage de nature à faire regarder la créance comme sérieusement contestable.
5. D'autre part, aux termes de l'article D. 433-4 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale ( )". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 de ce code prévoit que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Selon l'article D. 242-4 de ce code, la part salariale du taux de cotisation des assurances vieillesse et veuvage est fixée à compter du 1er janvier 2017, à 6,90 % de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3 et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération. L'article R. 381-105 du même code précise que : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 381-107 du même code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105.
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariale et patronale, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue.
7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; () ". Aux termes du III de l'article L. 136-1-1 du code de la sécurité sociale, applicable à compter du 1er janvier 2020 : " III. -Par dérogation au I, sont exclus de l'assiette de la contribution mentionnée à l'article L. 136-1 les revenus suivants : 1° () e) Un pourcentage fixé par décret de la rémunération versée aux personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8, qui ne peut excéder 40 % de cette rémunération ; () ". Les personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8 sont les détenus exécutant un travail pénal. Enfin, le II de l'article D. 136-1, du même code, applicable à compter du 1er juin 2021, prévoit que : " Le pourcentage de la rémunération mentionné au e du 1° du III de l'article L. 136-1-1 est égal à
38 %. "
8. Aux termes de l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale : " I.- Pour le calcul de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du présent code, les revenus bruts suivants bénéficient d'une réduction représentative de frais professionnels fixée à 1,75 % pour leur montant inférieur à quatre fois la valeur du plafond mentionné à l'article L. 241-3: / 1° Les revenus d'activité, () II.- La contribution est établie sur l'assiette correspondant aux cotisations forfaitaires applicables aux catégories de salariés ou assimilés visées par les décrets pris en application de l'article L. 242-4-4, dans leur rédaction en vigueur à la date de publication de la dernière loi de financement de la sécurité sociale. ".
9. Aux termes de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " I.- Il est institué une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code. () ". Ces dispositions sont rendues applicables aux rémunérations dues, sur le fondement des dispositions susmentionnées du code de procédure pénale, aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent, par les articles 717-3, D. 366, et D. 433-4 du code de procédure pénale.
10. Enfin, en application des dispositions des articles L. 136-1-1, L. 136-2, L. 136-8 et
D. 242-2-1 du code de la sécurité sociale, la contribution sociale mentionnée à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale s'élève en 2017 à 7,5 % du montant brut des rémunérations, et depuis le 1er janvier 2018, à 9,2% du montant brut des rémunérations, préalablement réduit de 1,75%, et, entre le 1er janvier 2020 applicable et le 31 mai 2021, après exclusion de l'assiette de la contribution de 38 % des revenus concernés. Et en application des dispositions des articles 14 et 19 de l'ordonnance n° 96-50, la contribution prévue par l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 s'élève à 0,5% de ce montant, préalablement réduit de 1,75%.
11. Il résulte de l'instruction que durant le mois de juillet 2021, M. B a été affecté aux services généraux classe I. Conformément aux dispositions mentionnées ci-dessus de l'article
D. 432-1 du code de procédure pénale, sa rémunération brute ne pouvait être inférieure à 33 % du taux horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance, lequel était en brut de 10, 25 euros de janvier à septembre 2021 inclus. En application de l'ensemble des dispositions précitées du code de la sécurité sociale, du code de procédure pénale et de l'ordonnance du 24 janvier 1996, devaient être déduites de sa rémunération brute la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) selon les modalités et les taux indiqués précédemment. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux emplois occupés par le requérant durant les périodes citées au point 1 et compte tenu du nombre d'heures travaillées, et des salaires effectivement perçus par l'intéressé au titre de ces périodes, la somme correspondant au reliquat de salaire non perçu durant le mois de juillet 2021 s'élève à la somme de 28,95 euros.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que l'administration reste redevable, au titre de ses arriérés de salaire, de la somme de 28,95 euros, laquelle correspond à une créance non sérieusement contestable. Par suite, il y a seulement lieu de condamner l'Etat à lui verser une provision de ce montant.
Sur les frais liés au litige :
13. M. B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle et n'a déposé aucune demande d'aide juridictionnelle en cours d'instruction. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Etat versera à M. B la somme de 28,95 euros à titre de provision.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Dormieu, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Amiens, le 13 août 2024.
La juge des référés
Signé :
C. Galle
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.