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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301384

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301384

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301384
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023 M. A B, représenté par Me Chartrelle, demande au juge des référés de prescrire, en présence du ministère des armées, une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et les conséquences de l'accident du 4 septembre 2021 dont il a été victime lors d'une séance d'exercices d'aguerrissement en milieu naturel.

Il est fait valoir que :

- M. B a signé un contrat initial de militaire engagé pour servir en qualité d'élève officier de carrière pour une durée de deux ans, à compter du 25 août 2021 ;

- le 4 septembre 2021, après avoir passé la journée dans la boue et ce dans le cadre d'exercices d'aguerrissement en milieu naturel, il a été pris en charge par une infirmière militaire en raison d'un léger malaise vagal et d'ampoules aux pieds ; il a ensuite réintégré le groupe sans aucune indication médicale ou restriction ; il a fait l'objet le 24 septembre suivant d'une campagne de vaccination à l'issue de laquelle il a constaté une importante fatigue ;

- par la suite, il a consulté l'antenne médicale de Lanveoc en raison de la persistance d'une fatigue et d'une fièvre importantes ainsi que de douleurs à la marche avec les chaussures de cérémonie militaire ; il a été pris en charge le 30 septembre 2021 pour une endocardite infectieuse ;

- par décision du 1er août 2022 il a été mis fin au contrat initial de militaire engagé pour servir en qualité d'élève officier de carrière en raison du constat de son inaptitude définitive à servir dans la Marine Nationale ;

- par une décision du 30 août 2022, le requérant s'est vu notifier la prise en charge de son accident présumé imputable au service pour la période du 4 septembre 2021 au 7 septembre 2023 ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les causes et l'ensemble des conséquences dommageables de l'accident survenu le 4 septembre 2021 et susceptibles d'ouvrir droit à indemnisation.

Par un mémoire, enregistré le 8 juin 2023, le ministre des armées indique au juge des référés qu'il ne s'oppose pas à ce qu'il soit fait droit à l'expertise sollicitée par le requérant, toutes réserves étant cependant faites sur le fond.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. En l'espèce, les mesures d'expertise demandées par M. A B, qui visent à déterminer les conséquences d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle dont a été victime un agent public, entrent dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le collège d'experts composé du docteur C E (cardiologue) exerçant 28 rue Cardinet à Paris (75017) et du docteur D F (infectiologue) exerçant Hôpital Cochin - 27 rue du Faubourg Saint Jacques à Paris (75014) est désigné et a pour mission de :

1°) de convoquer M. A B et l'examiner ;

2°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de M. B et se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé ;

3°) de décrire l'état de santé de M. B ;

4°) de préciser les circonstances dans lesquelles le dommage est intervenu ;

5°) de dire si le dommage subi par M. B est anormal au regard de son état de santé antérieur comme de l'évolution prévisible de celui-ci ;

6°) d'en déterminer les causes et la nature ;

7°) en évaluer l'étendue en ce qui concerne exclusivement la part imputable au fait générateur et au regard, notamment :

* du caractère de gravité tel que défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, à savoir :

) taux d'incapacité permanente partielle ;

) durée de l'incapacité temporaire du travail, totale ou partielle ;

) inaptitude définitive à poursuivre l'activité professionnelle exercée au moment du dommage ;

) troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence ;

* des postes de préjudices temporaires suivants (avant consolidation) :

) préjudices patrimoniaux :

- perte de gains professionnels actuels : durée des arrêts temporaires d'activités professionnelles déjà subies ;

- dépenses de santé actuelles ;

- frais divers : aide d'une tierce personne, spécialisée ou non, et si oui selon quelle fréquence et sur quelle durée, aide matérielle ;

- déficit fonctionnel temporaire ;

- souffrances endurées évaluées sur une échelle de 0 à 7 ;

- préjudice esthétique temporaire évalué sur une échelle de 0 à 7.

) Préjudices extrapatrimoniaux :

Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent évalué sur une échelle de 0 à 7 ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement : perte de chance ou de possibilité de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité du handicap permanent.

8°) fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.

Article 3 : Le collège d'experts, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toutes les opérations, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts avertiront les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 20 septembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministère des armées, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la caisse nationale militaire de sécurité sociale au docteur C E et au docteur D F, experts.

Fait à Amiens, le 11 mars 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2301384

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